‹ L'Agriculture moderneChapitre 15 sur 84 · M. Charles Pictet · texte numérisé non relu

M. Charles Pictet

TRANSFORMATION DES SYSTÈMES DÉ < I lit RE 35

« Le cultivateur ayant, en toute saison, des terres qui ont reçu une bonne préparation, soit pour des végétaux de commerce, soit pour des plantes destinées à Ja nourriture des animaux, peut toujours, lorsque le besoin s en fait sentir, en changer la destination et obtenir, dans un très court espace de temps, des aliments pour lui et pour ses concitoyens; et il né manquera jamais de le faire, car ses intérêts sont ici parfaitement d'accord avec les besoins de la population.

« La récolte qui lui offre le plus de profit est toujours celle dont la demande sur le marché lui assure le débouché le plus avantageux. »

La transformation dont parle M. de Dombasle a été successivement accomplie dans les pays de l'Europe occidentale. Le développement des cultures industrielles comme celles de la betterave à sucre et de la pomme de terre a précipité ces progrès.

L'accroissement de la richesse agricole a provoqué elle-même l'augmentation de la production industrielle assurée, à son tour, des matières premières dont elle avait besoin et des débouchés qui lui étaient indispensables pour grandir.

Une population plus nombreuse a exigé d'autre part des aliments nouveaux et la surface nécessaire à leur production a été empruntée surtout à la sole des a juché res », c'est-à-dire à la portion de territoire que la pratique surannée de l'assolement biennal ou triennal laissait improductive.

Enfin, les épargnes agricoles plus amples ont permis aux agriculteurs de grossir leurs capitaux de culture, c'est-à-dire de proportionner les avances aux

territoires nouveaux que l'utilisation des «jachères» permettait de mettre en valeur.

Pour marquer d'un trait précis cette transformation il suffît de comparer la répartition des terres labourables entre les diverses cultures à deux dates extrêmes, en 1789 et en 1859 par exemple, comme l'a t'ait Léonce de Lavergne*.

Voici le tableau qu'il a dressé :

Milliers d'hectares.

Seigles et autres grains. . .

Prairies artificielles ....

On voit que la jachère a diminué de 5 millions d'hectares, ou de moitié. L'accroissement de surface des terres cultivées a permis d'étendre La culture du froment, et celle de l'avoine utilisée par les moteurs animés dé l'industrie et du commerce aussi bien que par les chevaux de ferme; la surface consacrée aux prairies artificielles a triplé ; la production des racines — des racines fourragères surtout — est pratiquée sur deux millions d'hectares et non plus sur 100.000; enfin les cultures diverses, c'est-à-dire celles des oléagineux, des textiles, des betteraves à sucre, ont quintuplé «l'étendue.

Léonce de Lavergne signale immédiatement les causes de cette transformation en même temps qu'il en dégage les conséquences 2 .

1. Economie rurale de la France, introduction, p. 52. Paris, chez Guillaumin, 1801, in-18.

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