LA QUESTION DE L'EAU
« Il en serait tout autrement si elles étaient régulièrement arrosées ; la condition nécessaire au travail des ferments serait réalisée et ils pourraient montrer la puissance de leur action. Ouand, en effet, l'eau arrive sur de bonnes terres, bien fumées au fumier de ferme et renfermant des quantités suffisantes d'acide pliosphorique,de potasse et de chaux, la végétation devient luxuriante, même dans la région septentrionale et encore bien davantage dans le Midi, où les pluies sont insuffisantes pour fournir à l'évaporation excessive des plantes herbacées soumises à Faction d'un soleil brûlant.
« Tous nos efforts doivent donc tendre à favoriser les entreprises d'irrigation ; les surfaces arrosées s'accroissent en effet peu à peu ; sans compter les prairies couvertes pendant l'hiver par les crues des rivières (1.308.000 hectares au moment de l'enquête de 1892), les terres qui reçoivent les eaux amenées par les travaux d'art comprennent aujourd'hui 1.400.000 hectares.
« Arroser le sol de la France est la grande entreprise qui fera la gloire du xx e siècle et assurera la prospérité agricole, car l'eau est la première condition de la fertilité» *.
C'est là l'opinion d'un des savants les plus autorisés, mais les praticiens ne sont pas moins convaincus, et le comte de Gasparin, par exemple, signale d'une façon précise les bienfaits de l'irrigation :
« Dans le Midi, l'irrigation rend certain le résultat des troisièmes et quatrièmes coupes de luzerne; le produit en est accru d'une moitié en plus. L'irrigation double le produit des prairies et rend le foin plus fin et de meilleure qualité. Elle assure la récolte du blé
1. Dehéraix. Traité de Chimie agricole, avertissement, p. x. Paris, Masson, 1902.
conhv La sécheresse <lu printemps et en augmente la production, En permettant. de faire des récoltes dérobées entre les moissons et le nouvel ensemencement d'automne, elle ajoute de même un quart et plus souvent un tiers à' la valeur des terrains » 4 .
Avec plus de précision encore, il cite les chiffres constatés à la suite d'essais nombreux.
Le passage vaut d'être noté car il se rapporte à un fait général :
« Dans une luzerne de deux ans située dans le midi de la France, maintenue fraîche par un seul arrosage après chaque coupe, voici quel a été le produit de chaque coupe :
Foin sec.
Ire coupe 3.400 kilogrammes.
Total. . . . 15.300 kilogrammes.
« Supposons maintenant la troisième coupe réduite o\e moitié et la quatrième supprimée par la sécheresse, nous avons seulement 9.050 kilogrammes 2 ».
Pour les mêmes régions, et à propos de la culture des céréales, le même auteur dit encore :
« Quand, dans les pays chauds et même tempérés, on peut se procurer de l'eau à volonté, on retire un très grand avantage de l'irrigation dos blés. M. A. de Gasparin a recueilli les faits suivants sur ce genre de culture qui se pratique en grand à Cavaillon ( Vaucluse) :
« On donne quatre arrosages au blé ; le premier avant les semailles sur le terrain nu. On dispose ainsi la terre à la culture et à rendre plus facile la sortie des