‹ L'Agriculture moderneChapitre 35 sur 84 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le Dry farming.

Au iieu d'apporter de l'eau pour satisfaire aux exigences de la vie végétale, il convient parfois de conserver celle « (ne le sol a emmagasinée et de s'opposer, par des Curons eullurales bien courues, à l'évaporaliou qui équivaut à une perte. C'est là, en deux mois, toute l'économie du s\stème baptisé par les Américains du nom de Dry farming.

11 s'agit là d îme méthode nouvelle caractérisant l'Agriculture moderne. Nous ne pouvons donc pas nous dispenser «le la décrire rapidement.

L'expression de « Dry farming » peut être traduite : h culture en régions sèches ».

Il faut toutefois comprendre que la culture en régions sèches est celle des terres qui ne peuvent pas être irriguées et ne reçoivent pas assez de pluies d'une façon régulière, avec une bonne répartition de la chute des eaux durant les diverses saisons.

Aux Etats-Unis, d'immenses régions se trouvent exposées à de pareils inconvénients, et les céréales notamment risquent d'y donner des récoltes misérables ou nulles quand les pluies viennent à faire défaut. Des succès éclatants ont prouvé cependant qu'il était parfaitement possible de triompher de la sécheresse en

ul ilisant des méthodes spéciales qui constituent le « Dry farming ». On conçoit sans peine que ces résultats et toutes les études relatives à la culture en terres sèches intéressent, en Europe ou en Afrique, les agriculteurs placés dans des conditions analogues à celles que l'on observe à l'ouest des Etats-Unis.

En 1910. l'Algérie et la Tunisie ont envoyé à Spokane, dans l'Etat de Washington, un colon, M. Malcor, qui a assisté au congrès spécial réuni pour discuter les questions soulevées par le « Dry farming ». En outre, M. Malcor a visité les fermes où l'on a expérimenté et appliqué les méthodes nouvelles.

Il dit à ce propos :

« J'ai parcouru les Etats de l'Ouest, visitant les fermes et les stations d'expériences. J'ai donné une attention particulière à VUtak (c'est le nom d'un Etat de l'Ouest », à cause de sa similitude avec les hauts plateaux algériens. A Nephi, par exemple, où Ton trouve une station d'e\|>< riences, et quelques-uns des «Dry farmers » (cultivateurs en régions sèches) les plus connus de l'Ouest.

« On es1 1.800 mètres d'altitude. Les hivers sont rigoureux. La végétation s'arrête de décembre à mars. L'été, le thermomètre monte jusqu'à 37°. La moyenne annuelle des pluies est de 366 millimètres avec des écarts aussi grands qu'en Afrique, 493 millimètres dans l'année agricole 1905-1906, c'est-à-dire, du 1 er août au 31 juillet suivant, et 250 seulement en 1909-1910.

« Eh bien ! avec ces 250 millimètres, les bons fermiers ont encore fait 14 quintaux et demi de blé à l'hectare. La moyenne des rendements, depuis sept ans que la station d'expériences observe la production du pays, a été de 15 quintaux dans les fermes bien tenues. C'est ce qui explique que, ne vendant le blé, en

1 F. DKV FA 11 M INC

moyenne, que 13 et 14 francs par quintal, et payant la main-d'œuvre — réduite, il est vrai, par l'emploi des machines — jusqu'à dix francs par jour, ils gagnent encore de l'argent. Vous pouvez être sûrs que des Américains ne travailleraient pas à perte ».

Voici maintenant une conclusion bien précise de M. Malcor :

« L'impression que j'ai retirée de ces visites est qu'il y a un point bien acquis et désormais hors de doute : dans unie terre préalablement bien labourée et ensuite fréquemment hersée, on peut conserver l'humidité d'une année à l'autre et faire ainsi de deux ans en deux ans des récoltes assez régulières et rémunératrices. »

L'auteur cite l'exemple d'une ferme de Californie qui donnait des récoltes misérables ou nulles, avant l'application des méthodes du « Dry farmhig ». Les terres ont donné depuis :

En 1905-1906 .

Pour cultiver 320 hectares, le fermier emploie 34 mules et 5 juments, soit un équipage de 8 bêtes par 80 hectares et 7 bêtes haut-le-pied, dont 5 percheronnes, 3 charrues à disques, 2 bisocs, 2 herses à dents, 1 rouleau, 3 semoirs, 1 moissonneuse-lieuse, 2 charrues et 5 socs.

Il cultive 105 hectares en blé, 40 en orge, 5 en seigle, 10 en pois du Canada pour engrais vert, 15 en luzerne; il laisse 145 hectares en jachère cultivée.

Le fermier fait un labour à 20 centimètres environ avec 8 mules par charrue. Il n'y a pas d'interruption entre les semailles et le premier labour qui est ter-

11,5 quintaux par hectare.

oo

miné fin mars ou avril. Ces labours sont hersés ou traités avec la herse à disques le jour même où ils sont il faits. Aussitôt la récolte enlevée, la terre est déchaussée de façon à ce que Vévaporation soit moindre et à ce que, au labour, la terre effritée de la surface passe i au fond de la raie. Entre le premier labour et les semailles d'automne, il donne de 3 à 5 hersages pour né jamais avoir de croûte à la surface du sol. Enfin, il emploie des engrais verts qui lui ont donné 30 °/ 0 L d'excédent de récolte.

En rendant compte de ces expériences, M. Marès, >| professeur d'agriculture en Algérie, ajoute les réflexions suivantes sur lesquelles on ne saurait trop insister :

« Le « Dry farming » primitif des pionniersde l'Ouest américain se réduirait à la pratique des opérations suivantes :

« 1° Labours profonds, c'est-à-dire de 15 à 18 cen-i timètres ;

< 2° Labours préparatoires d'hiver en terre mouillée immédiatement hersée et rehersée après chaque pluie : « 3° Semailles hâtives :

« 4° Hersage des récoltes en période de croissance. \ « Le « Dry farming », relativement moins étendu « aux Etats-Unis qu'en Algérie, y est arrive'' plus tard et ses méthodes, sauf le hersage, ressemblent, à s'y] méprendre, aux nôtres. Mais, établies comme les nôtres sur des bases empiriques, elles manquaient de cette souplesse que les pratiques agricoles doivent posséder | pour se plier aux conditions régionales et devenir d'une application possible en toutes occasions.

« C'est alors qu'entrent en jeu les Universités qui posent le problème et le résolvent. Le problème de conservation de l'humidité oblige à coordonner et à diriger tous les faits établis par la science vers l'utilisation d'une quantité limitée de pluie de la façon la

LE DRY FARMING

plus fructueuse pour la végétation <iuc porte le s « » I ou qu'il est appelé à porter, pour la tra\ ersée d'une période de sécheresse qui, chez nous cpmme chez les Américains de l'Ouest, est sensiblement de six mois.

« La solution consiste à èmniàgasiîier dans le sol et à y conserver la quantité d'oan de pluie nécessaire à une récolte qui devra elle-même ne pas nécessiter une quantité d'eau supérieure à celle qui est emmagasinée. Il s'agit donc d'une méthode souple... »

Notons enfin cette conclusion que l'on ne saurait trop méditer, en France, où il est de mode de railler la science et les savants :

« Le secret delà réussite des Américains, c'est, qu'instruits des lois de la circulation de l'eau dans le sol, des phénomènes de capillarité, des besoins en eau de la plante, du mode de restitution des éléments fertilisants au sol par l'eau, par la potasse, par la chaux, l'acide phosphorique, par l'azote, ils sèment clair, ils hersent après la pluie quand la terre est suffisamment ressuyée, non pas avec des herses légères, mais avec de lourdes herses pénétrant dans le sol à 8 ou 10 centimètres. En créant ainsi une couche très meuble, rapidement desséchée, rétablie chaque fois qu'il a plu par un nouvel hersage, ils l'isolent pour ainsi dire du sol sur lequel elle constitue un écran que les Américains appellent « mullJi » et que nos jardiniers qui le font en partie, appellent «couche». Ce « mullh » est maintenu à la surface du sol pendant toute la durée de l'existence du blé, d'abord avec la herse, puis avec l'instrument appelé «weeder ». Comme le u mullh" est constamment sec et friable, l'action de la capillarité y est rompue ; il oppose à Vécap ovation une barrière in franchissable , de sorte que les réserves d'eau contenues dans le sol restent ainsi à la disposition des plantes. »

l'agriculture mode ris ;e

Le Dry farming en Algérie.

< >n voit de suite l'intérêt que peut olTrir l'application de cet te méthode pour la mise en valeur de nos terres d'Afrique.

La productivité du sol en Algérie et en Tunisie est étroitement liée à la présence de l'eau en quantité suffisante. Dans les régions sèches de notre colonie de l'Afrique du Nord là où la hauteur d'eau tombée sous forme de pluie ne dépasse pas 250 ou 300 millimètres, les récoltes en général, et les récoltes de céréales en particulier, sont très irrégulières et parfois fort mauvaises, bien que l'on ait pris soin de favoriser la pénétration de l'eau par des labours profonds. Il paraît, en effet, démontré que les terres se dessèchent rapidement par suite de l'évaporation rapide et intense due notamment à la capillarité.

l u praticien connu et estimé, M. Ryff, avait déjà signalé, en 1898, un moyen de conserver l'eau en luttant efficacement contre les pertes dues à l'évaporation \ ses essais, poursuivis sur un champ de démonstration à Sétif, l'avaient amené à conclure que Pameublissement superficiel du sol par des binages répétés réduisait l'évaporation et assurait par suite le succès régulier des cultures.

Son système consistait, notamment pour les céréales, à semer, au semoir, deux lignes distantes de 0 m ,20 et séparées par des planches ou espaces non cultivés de 0 m ,70à 0 m ,80; cet intervalle, constitué parla terre nue, était constamment nettoyé et ameubli par des binages donnés en mars, avril et mai. L'humidité maintenue dans cette bande constituait une réserve mise à ladisposition de la double rangée de céréales qui l'encadrait.

La récolte étant faite, il suffirait, d'après M. liylf, de

LE DRY FARMING

cultiver la partie laissée en jachère, c'est-à-dire la bande de 0 m ,70 à O m ,80 en y semant deux lignes de céréales, et d'encadrer ces dernières par deux espaces de terre nue bien brisée et ameublie.

« Nous sommes convaincu, dit-il, que dans ces conditions aucune sécheresse ne compromettrait la récolte. On obtiendrait évidemment une production plus ou moins abondante, mais le système assurerait toujours une récolte moyenne. »

Cette méthode paraît avoir inspiré celle que suit un habile agriculteur, propriétaire à Rivoli (département d'Oran). Dans ses propriétés situées aux environs de Mostaganem, M. Bourdiol cultive l'orge, l'avoine et le blé, sur des lignes largement espacées.

Voici d'ailleurs comment la technique opératoire est analysée par M. Le Men, professeur d'agriculture 1 :

« Dans un champ quelconque, mais cependant suffisamment nettoyé par des travaux préparatoires si l'état du champ l'exige, on trace une première raie de charrue de 0 m ,08 à 0 m ,10 de profondeur dans laquelle on sème à la volée la quantité de semences nécessaire.

« Le premier principe à observer est que l'on doit semer de 1/4 à 1/5 plus épais que de coutume. A une certaine distance de cette première raie, distance qui varie entre 70 et 120 centimètres (chiffres acquis par l'expérience) et que l'on peut fixer à 80 ou 90 centimètres en moyenne, on trace une seconde raie de charrue que l'on ensemence dans les mêmes conditions que la première, et ainsi de suite. Ce genre de labour divise le champ en bandes incultivées d'une largeur donnée, séparées par des raies de 15 à 20 centimètres qui sont seules ensemencées. Les grains confiés au sol germeront.

1. Voir le Bulletin de la Société nationale d'agriculture, numéro de juin 1911.

NO

« Dès que les lignes de céréales seront bien visibles, et si l'état <lu soi le permet, on fera un léger labour ou un binage interlinéaire au moyen d'une charrue simple ou d'une herse américaine, selon le degré de propreté <le ces bandes et la dure!/' du sol. Ce binage sera dorénavant répété au moins une fois par mois en hiver si les pluies ne se succèdent pas trop rapidement, et sans faute après chaque pluie, des que la croûte superficielle se dessèche et se fendille.

• Le second principe est le suivant : les binages ne doivent être faits ni trop tôt ni trop tard après les pluies, pour leur permettre de produire le maximum (KelVot utile. Ils seront répétés régulièrement en temps sec toutes les trois semaines environ pendant les mois de mars, avril, mai. et môme juin si l'état des récoltes pendantes permet, à cette date, le passage des outils et des animaux, — puis deux fois au moins pendant l'été, après la moisson faite.

(( Enfin, le troisième principe peut être ainsi indiqué : Le- deux binages d'été, très importants, né doivent jamais, et sous aucun prétexte, être négliges. Donc, il tant exécuter au moins six binages etau plus dix binages pendant Tannée complète. On ne doit pas oublier qu'un ou deux roulages faits en temps utile ont une heureuse influence sur le tallage et la vigueur des plantes.

« A la deuxième année de cette pratique culturale, on peut, dès le commencement d'octobre, commencer les semailles en ensemençant cette fois le milieu des bandes interlinéaires de la culture précédente. Et ainsi de suite. »

Quels sont les résultats obtenus ?

Malgré la faible surface occupée par les céréales, ces dernières fournissent un nombre d'épis au moins égal

LE DRY FARMING

à celui < j 1 1 < ' l'on obtiendrait avec une culture ordinaire. La largeur des bandes non cultivées est d'ailleurs variable avec la quantité d'eau tombant ordinairement. Cette largeur est augmentée quand les pluies sont rares et quand la terre est pauvre. En somme, la récolte obtenue est équivalente à celle que l'on obtiendrait avec les procédés ordinaires, si cette méthode avait permis d'obtenir une récolte, et c'est là un point essentiel. Le système «le M. Bourdiol permet, en effet, de triompher de la sécheresse, alors que les procédés suivis jusqu'ici exposent le cultivateur à un insuccès qui est parfois complet.

Enfin, la production des céréales peut, semble-t-il, être obtenue i liaque année, tandis que lasuccession ordinaire des récoltes comporte une année ou même deux sur trois de jachère. La surface totale des terres devient ainsi productive. En outre, le nettoyage du sol est très satisfaisant, puisque les mauvaises herbes sont enlevées par les binages successifs au nombre de six ou dix.

Quant à la vigueur de la végétation, malgré la sécheresse, elle est tout à fait satisfaisante. M. Bourdiol insiste lui-même sur ce fait capital en disant :

« J'ai cette année, à Rivoli, une trentaine d'hectares cultivés en bandes. Cette superficie est divisée en plusieurs parcelles dont quelques-unes sont ensemencées sans discontinuité depuis cinq ans sans aucun labour. Or, au 5 avril 1909, le seul reproche que l'on pouvait faire à ces emblavures était une trop grande vigueur dan- la végétation.

« Pourtant, à cette date, les céréales souffraient énormément du manque d'eau. La tranche de pluie tombée dans la région atteignait 270 millimètres. J'avais la certitude d'obtenir, malgré cela, un rendement satisfaisant, car, si les terres de mes voisins étaient complètement desséchées, les miennes, surtout sur le

milieu des bandes binées, étaient encore suffisamment humides. Le ton de mes céréales était d'un vert Poncé, tandis <jue celui des autres était d'un jaune roussi. EL chaque année, bien quej'aie complètement cessé tout apport d'engrais chimique ou organique, et bien que j'opère dans des terrains maigres et paraissant épuisés, je constate une végétation plus vigoureuse. Je suis amené à conclure que le sol s'enrichit spontanément. C'est ce qui explique qu'en semant chaque année dans les bandes binées l'année précédente, il est possible d'obtenir sans discontinuité des récoltes successives et rémunératrices. Celadure ainsi chezmoi depuis cinq ans. Combien de temps cela durera-t-il encore ? En admettant qu'il me faille avoir prochainement recours à quelque engrais chimique, ce dont je doute très fort, on ne saurait nier que mon système est très avantageux, en même temps que très efficace contre la sécheresse.. »

.Nous avons souligné plus haut deux mots qui ont une grande importance d'ordre technique et financier. M. Bourdiol déclare expressément qu'il cultive et récolte sans aucun labour^ c'est-à-dire sans aucun des labours profonds classiques qui aèrent et ameublissent le sol jusqu'à 20 ou 25 centimètres. Les binages lui suffisent, et le semis fait à la charrue n'est pas complété par le labour des intervalles non cultivés.

Nous reviendrons tout à l'heure sur ce point.

Auparavant, il est intéressant de savoir si les observations de M. Bourdiol sont exactes et si ses conclusions ne sont pas optimistes. M. Le Men déclare, à ce propos, qu'il a vu, de ses yeux vu, les récoltes obtenues à l'aide de la méthode nouvelle des binages répétés. Les résultats, dit-il, sont remarquables, et il cite, de plus, un exemple intéressant de l'influence exercée par le système de M. Bourdiol.

LE DRY FARMING

Dans la région de Zourg, sur des terres appartenant à cet habile cultivateur, il n'était pas tombé plus de 300 millimètres d'eau. De plus, M. Bourdiol avait mis en culture un terrain très sableux dont certaines parties étaient salées. Les céréales s'étaient succédé sur cette terre depuis dix ans. Au moment des semailles, le temps fut très sec et la levée des graines d'avoine fut même irrégulière sur les 60 hectares emblavés. - Trente hectares de blé ensemencés plus tard se trouvaient également dans de mauvaises conditions.

« Au mois de mars, affirme alors M. Le Men, la récolte semblait perdue. Cependant, quelques pluies étant survenues, la régularité et l'à^propos des binages firent qu'au moment de la maturité, les champs de M. Bourdiol présentaient un aspect satisfaisant et qu'il obtint un rendement de dix quintaux par hectare pour l'avoine, malgré un orage qui coucha la récolte la veille de la moisson, et huit quintaux pour le blé, alors que des propriétaires voisins s'étaient vu obligés de faucher leurs avoines qui n'auraient pu épier, et qui cependant avaient été ensemencées dans des terres propres, bien labourées, ayant même, pour quelques-unes, reçu des labours préparatoires . »

Toutes ces observations confirment le mérite du système de M. Bourdiol, et fixent l'attention de tous ceux qui s'intéressent au développement de la production dans les terres sèches.

Nous voudrions insister maintenant sur quelques points qui méritent une mention toute spéciale.

Les labours profonds sont considérés par M. Bourdiol comme inutiles. Si cette méthode est susceptible de fournir les mêmes résultats dans d'autres situations, il est clair que la suppression des façons culturales laites avec les fortes charrues remuant le sol à une grande profondeur, compor-

l'agriculture aioderxe

tera des économies très importantes : 1° au point de vue de l'achat d'instruments coûteux ; 2° au point de vue de la réduction possible des attelages nécessaires pour mettre ces instruments en action. Les binages superficiels répétés seront beaucoup moins coûteux et, cependant, resteront beaucoup [dus efficaces.

Les résultats des essais de M. Bourdiol étant confirmés par des expériences nouvelles, il serait démontré que les façons culturales superficielles répétées permettent à l'eau de pénétrer dans le sol, ameublissent ce dernier au point d'éviter toute perte dangereuse provenant de la capillarité, et, enfin, favorisent l'activité des ferments nitrificateurs dans la terre, puisque l'on peut obtenir plusieurs récoltes successives sans apport d'engrais, et plus spécialement sans apport d'engrais azotés.

Un fait curieux est signalé par M. Bourdiol. Ce dernier, après maintes observations, affirme que la température à la surface du sol, dans les champs ensemencés en lignes espacées, est. inférieure de 8 à 10° à celle que l'on constate dans les champs soumis à la culture ordinaire. Il en conclut que Pévaporation doit être moins active. En outre, le tallage et Vépiaison seraient meilleurs. La moisson se fait, en outre, plus facilement et plus rapidement sur les terres semées en lignes avec larges espaces libres encadrant les céréales.

M. Le Men formule les conclusions générales au sujet de la portée que pourrait avoir l'application «lu système de M. Bourdiol. Il dit à ce propos :

« La possibilité de l'extension de la culture des céréales en Algérie avait surtout attiré l'attention de M. le D' Trabut, à la séance de la Société des Agriculteurs dans laquelle il fut fait mention, pour

LE 1MIY l'AR.Ml.\(;

i la première fois, des essais ci-dessus exposés. Il est facile, en effet, d'expliquer que les nouvelles t méthodes donneraient en région sèche des résultats i encourageants.

« En maintenant constamment l'humidité dans le i sol. elles régulariseraient les rendements et permetb traient d'étendre la culture des céréales dans les > régions considérées comme infertiles. En travaillant \ et en binant, comme il est dit, les nouvelles terres à p mettre en valeur dans les zones à chutes d'eau peu ( abondantes, l'eau tombée pendant la première année i 1 de culture sera en grande partie conservée dans le sol.

« Pendant la deuxième année, les pluies nouvelles I viendront augmenter le degré d'humidité du terrain, I degré qui sera alors suffisant pour produire une récolte i au moins passable. Ce degré augmentera encore I pendant la troisième année et bientôt on pourra I escompter des rendements réguliers, puisque, grâce | au binage, l'évaporation ne sera jamais assez i intense pour laisser échapper une quantité d'eau I égale aux chutes pluviales, à moins que ces chutes I ne soient à peu près nulles et ne descendent par I exemple au-dessous de 100 millimètres par an. I Dans les régions telliennes et les hauts plateaux, il sera possible d'ensemencer, sans attendre les fortes pluies d'automne, les terres demeurant suffisamment humides à 0 m ,08 de la surface pour assurer une bonne germination, ce qui permettra de généraliser les semailles hâtives. »

On voit que ces conclusions ne sont encore basées l que sur des hypothèses. Il convient donc d'attendre, I de suivre les essais nouveaux, et de souhaiter que I ces derniers se multiplient pour asseoir, sur des bases solides, une pratique dont la portée serait évidemment très haute à tous les points de vue.

Toutefois, il reste bien démontré que les essais de M. Bourdiol offrent le plus grand intérêt, et notre conviction, à cet égard, reste entière.

Conclusion.

Ainsi, partout où l'irrigation est impossible au point de vue technique ou financier, la méthode du « dry farming », modifiée,* complétée au besoin, et surtout adaptée aux conditions spéciales de la culture dans chaque région sèche, peut rendre à coup sûr de très grands services.

Il ne s'agit pas seulement d'un procédé de culture capable d'augmenter les rendements. C'est l'exploitation même des terres sèches qui devient possible dans d'immenses régions où l'insuffisance des pluies rend le sol stérile puisque sa culture ne donne pas de profits. L'application du « dry farming » équivaut à la conquête de territoires nouveaux.

Elle intéresse d'une façon spéciale nos colons de l'Afrique du Nord; elle doit contribuer au développement rapide de la production agricole dans des régions où l'eau constitue un élément indispensable dont l'absence entraîne la stérilité absolue, dont la présence, au contraire, fait naître l'abondance et la richesse.

Page 1