ACTIOK DE L'HOMME SUR TA 1M.ANTI
Un exemple curieux des différences observées à cet égard nous est fourni par les expériences de Dehérain sur les blés à grands rendements.
m J'ai eu, dit-il 1 , eu 1885, la preuve que le choix de la variété exerce une influence décisive sur l'abondance des récoltes ; persuadé, dès cette époque, où les prix étaient tombés très bas, que la seule chance de lutter victorieusement contre leur avilissement était l'augmentation des rendements, je recherchai tout d'abord les variétés à paille assez rigide pour supporter de fortes fumures sans verser, et je mis en comparaison les variétés les plus renommées comme résistance à la verse.
« Le « Rouge d'Ecosse » ne put supporter la fumure excessive que j'avais donnée précisément pour connaître la puissance de résistance de ces variétés; les autres blés restèrent debout, mais les rendements furent bien différents: tandis que le blé à épi carré donna la valeur de 40 quintaux métriques de grains à l'hectare, correspondant à 50 hectolitres, le blé bleu de Noé ne fournit que 30 quintaux : or, la fumure, l'exposition, la nature du sol, étant identiques, la dilférence était due exclusivement à la nature de la variété semée.
« A cette même époque, un grand industriel du Pas-de-Calais, M. Porion, passionné pour la culture, persuadé comme moi qu'il fallait élever les rendements, me pria de l'aider de mes conseils ; il avait reconnu comme moi les avantages du blé à épi carré, et d'un commun accord nous portâmes tous nos efforts sur cette variété. Elle est admirablement appropriée à la région septentrionale et y donna dès cette époque
1. P. -P. Dehérain. Les Plantes de grande culture. Paris, chez Naud, 1898, 1 vol. in-8°.
des rendements qui parurent fabuleux : on obtint en 1886 dans plusieurs pièces dépassant un hectare, au delà de 45 quintaux, correspondant à 60 hectolitres.
« Ces résultats furent publiés. M. Porion vendit la plus grande partie de sa récolte comme blé de semence, et pour savoir si cette variété était capable de donner, dans des terres peut-être moins fertiles que celles du Pas-de-Calais, et dans des climats différents, des récoltes aussi abondantes, nous adressâmes aux acheteurs du blé de semence un questionnaire; les réponses ne se firent pas attendre, les résultats riaient ou défavorables ou peu avantageux dans la région méridionale ; dans la France centrale, ils étaient déjà meilleurs. Cependant à Grignon (S.-et-O.) je ne récoltai en moyenne que 33,4 quintaux au lieu des 40 de l'année précédente ; dans le Nord et le Pasde-Calais au contraire, on obtint du blé à épi carré des résultats admirables : 40 et 45 quintaux. »
Deux conclusions également intéressantes se dégagent de ces faits.
1° Les différences de variétés des végétaux exercent une influence certaine sur leur productivité ;
2° Cette productivité est elle-même liée a d'autres influences, de telle sorte que la solution du problème agricole varie avec la nature des sols, avec les climats, etc.
En d'autres termes, cette solution n'est pas unique; on n'a pas trouvé, par exemple, comme l'a observé Dehérain, une variété de blé supérieure aux autres dans tous les cas.
La difficulté des recherches est ainsi accrue, de môme que la lenteur des progrès agricoles devient explicable. Cette difficulté est même extrême quand on envisage toutes les qualités que doit posséder une espèce végétale pour donner satisfaction au cultiva-
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teur. Il faut, par exemple, que le blé choisi puisse être Semé à l'époque imposée par l'enlèvement de la récolte précédente, que le blé profite dans de bonnes conditions des fumures nécessaires à la plante cultivée avant lui. qu'il soit assez précoce ou tardif pour ne pas souffrir d'un climat Spécial...
L'adaptation d'une variété à toutes ces circonstances variables est une œuvre des plus délicates. Nous venons de voir cependant que Ton pouvait accomplir cette tâche. L'exemple du succès obtenu dans le Pasde-Calais par l'usage du blé à épi carré démontre la possibilité de réussir.
Dans d'autres régions, d'autres variétés de froment ont été choisies, modifiées, et, en fin de compte, adoptées définitivement parce qu'elles présentaient des avantages analogues. L'accroissement incontestable des rendements du blé dans la France entière est dû partiellement au choix des semences. Ce progrès peut même être attribué, non pas à l'emploi d'une seule variété parfaitement adaptée aux circonstances locales, mai- à l'usage d'un mélange qui permet de compenser, selon les influences climatériques différentes chaque année, les chances bonnes ou mauvaises.
Dans un excellent travail 1 sur « le choix des variétés de plantes cultivées », M. Brétignière, professeur à l'Ecole de GrighoUj dit très judicieusement : « Il est reconnu actuellement qu'en général les blés mélangés sont supérieurs aux blés purs : leur emploi conduit aux meilleur- rendements. On signale, il est vrai, des rendements considérables obtenus avec un blé pur et méticuleusement sélectionné; mais, pour que ce blé
1. Mémoire couronné par la Société d'Agriculture de Seineet-Oise. Paris, chez Araat, 1912.
(1 on ne dans un lieu déterminé un très haut rendement, dans tous les cas supérieur à celui qui serait obtenu .ivre n'importe quel mélange, il est absolument indispensable que cette variété (représentant en l'espèce un organisme très exigeant) rencontre, comme sol et comme climat, les conditions idéales do développement. Il tant que le sol soit suffisamment riche pour que la plante y puise les éléments nécessaires à sa constitution, ceux-ci étant dans un état d'équilibre correspondant à la composition normale de la plante.] Il faut enfin que la pluie soit assez abondante, que la température soit régulière, qu'il n'y ait pas de périodes de sécheresse ni d'humidité excessives, pas de craintes de gelées ni de coups de soleil, etc..
« En dehors de ces situations excessivement rares, tout au moins dans la région parisienne (et même ailleurs) connue un blé déterminé peut avoir à souffrir à un moment donné de l'une de ces intempéries, il y a toujours un type très voisin, deux types mêxne, qui sont presque aussi bien adaptés, mais qui diffèrent légèrement par le degré de résistance au froid, à la rouille, à l'échaudage, etc., etc., et de cette associalion de risques, naît une plus grande sécurité pour l'agriculteur, c'est-à-dire un fort rendement. -
En fait, l'observation attentive dos réalités a depuis longtemps instruit les cultivateurs ot déterminé leur choix. L'amélioration de la plante est donc un des progrès les plus marqués que l'on ait constatés à propos de la culture du blé. Il en est de même pour les autres céréales, et nous allons montrer que les plantes industrielles ont été l'objet des mêmes soins.
Ainsi la culture des pommes de terre avait fait, en France, de grands progrès durant la première moitié
l'ac.tiox ih: l'homme si h la plante
i du xtx 0 siècle. Plus tard, de 1852 à 1862, la production t a même doublé.
Ce développement paraissait suspendu à partir de 1 1870, et l'on constatait en particulier que les rendei ments à l'hectare n'augmentaient pas d'une façon b sensible. Lors de l'enquête agricole décennale de 1882, » l'étendue consacrée aux pommes de terre était de . i. 300.000 hectares environ ; la production s'élevait à ) 100 millions de quintaux, et le rendement moyen ne dépassait pas 7.500 kilogrammes à l'hectare. Sans doute > cette moyenne était fort trompeuse et il ne faudrait < pas croire que dans toutes les régions de la France on ne recueillît pas plus de 75 quintaux par unité de surface. Le rendement s'élevait à 100 quintaux dans i une vingtaine de départements et beaucoup de cultii vateurs habiles avaient dépassé ce chiffre dans leurs ; exploitations.
Il n'en était pas moins vrai que la récolte moyenne était, en Belgique, de 12.000 kilogrammes, par hectare, en Angleterre, de près de 15.000 kilogrammes, tandis que dans certaines parties de l'Allemagne, elle dépassait normalement 20.000 kilogrammes, ou 200 quintaux.
Etait-il possible d'augmenter la production française? Pouvait-on accroître ainsi la masse d'une denrée si précieuse, si fréquemment employée pour des usages industriels ?
M. Aimé Girard, dont les beaux travaux sont restés classiques, a étudié le problème et l'a résolu non seulement avec succès, mais encore, on peut le dire, avec éclat. Il a prouvé que la grande culture peut obtenir aujourd'hui des rendements de 30.000 à 40.000 kilogrammes de tubercules à l'hectare. Il ne s'agit pas en effet d'essais pratiqués dans un champ d'expériences, sur quelques ares, ou dans un jardin. Les chiffres si remarquables que nous venons de citer se
L'AGRK i l l l RE MODE RNE
rapportent à des surfaces étendues $ ce sont des praticiens qui les oui constatés, et, les exploitations dans lesquelles ils ont été obtenus sont, <m outre, situées dans des régions différentes.
Comme l'a dit avec raison M. A. Girard, il sembla permis de considérer comme résolue la question de la culture de la pomme de terre industrielle el fourragère en France, A la suite de quelles recherches M. Girard a-l-il obtenu les résultais cités plus haut? Nous allons le voir, il s'agil précisément du choix des variétés, el par suite de L'amélioration de cet agent de Iransformation qui se nomme : la riante.
Les premiers essais institués par l'éminent agronome ont eu pour but de rechercher s'il était possible d'obtenir en France, sur des terres et dans des climats différents, les rendements élevés que la culture de quelques variétés choisies assurait aux agriculteurs de l'Allemagne.
Entreprises en 1886, ces expériences donnèrent des résultats décisifs. Quatre variétés de plants venus de Saxe et semés dans les champ d'expériences de Clichy- SOUS-Bois et de Joinville, donnèrent des récoltes non
seulement égales mais encore supérieures à celles que le producteur allemand avait annoncées.
Une autre série d'expériences, instituées en même temps sur les mêmes terres, montrait que certaines variétés françaises à grands rendements permettaient d'obtenir un poids de tubercules presque aussi élevé et variant, par exemple, de 25.000 à 37.000 kilogrammes par hectare, aldrs que la moyenne obtenue en France ne dépassait 7.500 kilogramme-.
Ces premiers résultats étaient déjà intéressants, mais il fallait évidemment continuer toutes les expériences comparatives, augmenter les surfaces cultivées, et voir, notamment, si les plants d'origine
l'action de l'homme si r la plante
allemande avaient transmis à leurs descendants la fécondité < j u i les distinguait.
En 1887, malgré «les circonstances climat criques défavorables, ce dernier problème paraissait résolu. Les rendements obtenus d'une part, au moyen de la culture des plants venus directement d'Allemagne, et d'autre part, en faisant usage des plants issus des variétés importées l'année précédente, prouvèrent qu'il était possible de conserver aux variétés allemandes la productivité dont elles jouissaient dans leur pays d'origine.
En outre une culture plus étendue permit de constater la supériorité des variétés d'origine allemande et celle des meilleurs plants français, sur les espèces généralement cultivées dans notre pays.
Malgré les conditions défavorables de la culture en L887, les rendements obtenus par M. Girard furent généralement triples ou même quadruples de ceux dont se contentaient trop souvent les agriculteurs français.
Les expériences de 1888, instituées dans des conditions nouvelles se rapprochant davantage de celles de la grande eu Hure, confirmèrent les observations précédentes et servirent de base solide aux conclusions que M. Girard crut pouvoir en tirer.
Non content d'accroître le poids des tubercules récoltés et de constater la supériorité considérable des rendements obtenus sur ceux de la culture ordinaire, il se proposa, en outre, de déterminer la richesse en fécule des différentes variétés. Cette richesse exerce, en effet, une influence décisive sur la valeur marchande de la pomme de terre industrielle, qui est précisément utilisée pour la fabrication de la fécule. Il fut alors possible de désigner les variétés qui — toutes choses égales d'ailleurs — fournissaient le plus grand poids de fécule à l'hectare.
Un second problème était désormais résolu et c'était bien toujours la transformation de cette « machine vivante », la Plante qui était ainsi réalisée.
Il ne faut [»as croire d'ailleurs que les progrès dont nous venons de parler aient été obtenus en utilisant simplement des variétés productives, sans s'inquiéter des conditions diverses qui exercent une influence sur les récoltes, et conservent aux variétés sélectionnées la supériorité productive qu'elles ont une fois révélée. Ces conditions culturales doivent être au contraire déterminées soigneusement, et M. Girard les a précisément étudiées avec une habileté et une rigueur scientifiques qui donnent à ses remarquables travaux une valeur aussi bien qu'une portée considérables.
L'observation des règles ainsi tracées est délicate, elle suppose des connaissances, elle entraîne des frais. Ceci explique la lenteur des progrès généraux et démontre encore la dépendance étroite des transformai ions culturales par rapport au développement de l'épargne, puisque l'accroissement des avances faites par le cultivateur, sous forme de fumures ou de travaux, comporte l'augmentation parallèle de son capital d'exploitation.
Qu'il s'agisse de l'amélioration de la plante ou de celle du sol. on voit ainsi que le problème économique est inséparable du problème technique. Le premier doit être résolu pour permettre la solution du second.
I n exemple plus frappant encore de la transformation de la plante nous est fourni par l'amélioration des variétés de betteraves à sucre.
Les conditions industrielles de la fabrication du