Communication à la Société des Agriculteurs do France
l'action de l'homme SI l( la plante
sélection continue, les bonnes conditions qui avaient provoqué l'exagération du caractère envisagé cessent, le retour an type primitif se fera.
« Toutes les fois que les plantes cultivées proviennent d'améliorations ainsi obtenues par la fixation lente et continue de caractères fluctuants, on n'arrive à les maintenir à ce haut degré de perfectionnement que par des efforts de tous les instants; sans eux, les résultats lentement acquis s'évanouissent. Par la sélection ainsi faite, suivant l'expression de M. Cosfcantin, on n'obtient que des types anoblis progressivement ; on n'a jamais de formes changées brusquement et, partanl . jamais de formes fixes. »
L'étude des modes de sélection devient depuis quelque temps une question scientifique du plus haut intérêt. Les Suédois ont fondé à Svalof un laboratoire spécial pour chercher la solution de tous ces problèmes au point de vue agricole.
Un des résultats les plus curieux de ces recherches paraît être la détermination, pour nos céréales, d'espèces fixes dont les caractères et les formes se maintenaient sans changement dans leur descendance. En multipliant ces espèces pures, il serait alors possible de choisir pour les utiliser en agriculture celles qui ont les meilleures qualités. On n'observerait plus 1rs caractères dits fluctuants qui obligent le cultivateur à sélectionner constamment les betteraves à sucre dont nous parlions plus haut.
« Il est bon de Constater, dit M. I*. Berthault, qu'il n'y avait pas là, en ce qui concerne les plantes cultivées, quelque chose de très nouveau, car plusieurs sélectionneurs avaient déjà isolé d'une façon aussi nette
L'AGRICULTURE MOU! i; \ E
dos lignées pures. De Vilmorin, Hallet, Le Goûteur, paraissent, en effet, avoir été les premiers à partir d'un type unique, et ils ont ainsi, comme à Svalof, opéré avec de petites espèces séparées. Ils ont donc travaillé, comme on le dit aujourd'hui, en lignées pures.
« Au point de vue pratique, la séparation et l'isolement de ces lignées pures, de ces petites espèces ont une grande importance, car ils permettent de suite au cultivateur de posséder les plus productives des plantes qui sont mélangées dans une variété déterminée. »
On voit immédiatement quelle est la portée technique de pareilles recherches et de leurs applications.
Une autre observation offre un intérêt considérable. Il parait démontré, pàr Les travaux les plus récents, que les petites espèces pures à caractères fixes ne sont pas susceptibles d'être perfectionnées désormais par la sélection. Il faut alors faire intervenir dans ce but des procédés spéciaux tels que V hybridation. Los lois de 1' « hvbridité » ont été recherchées elles aussi, pour faciliter, hâter, et assurer l'amélioration des végétaux. M, 1*. Berthault dit à ce propos :
« Si les travaux de Mendel, continués par ceux <le Bateson, de Pumet, de Tschermak, nous donnent quelques clartés sur la dissociation des caractères hybrides, il faut reconnaître que M. de Vilmorin est un des premiers qui, ayant travaillé sur les blés en Lignes pures, vit qu'il était nécessaire pour perfectionner ces formes de s'adressera d'autres pratiques qu'à la seule sélection des grains, et il est un des premiers à avoir appliqué en grand à nos plantes agricoles les méthodes de l'hybridation.
« Les résultats que nous obtenons en cultivant ces
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blés hybrides qu'il a produits montrent que V hybridation reste une des méthodes tes meilleures pour V amélioration des plantes cultivées. »
L'Agriculture moderne utilise donc les méthodes les plus délicates mais aussi les plus fécondes, pour transformer ia Plante «'l lui donner, comme à toutes les autrês machines, son maximum de productivité. A la spécialisation de plus en plus marquée du végétal accomplissant dans les meilleures conditions sa fonction économiquede création de valeur cl d'utilité, correspond désormais une spécialisation de la production des espèces végétales les plus parfaites, fil. Pierre Berthault a raison de dire:
« Tous ces procédés d'amélioration de nos plantes cultivées demeurent délicats et complexes, et il est difficile aux agriculteurs absorbés par leurs travaux Quotidiens de se se livrer dans leurs fermes à ces (pratiques et d'appliquer ces méthodes.
« Il faut, pour réussir dans ce travail do sélection et d'amélioration, des soins de tous les instants, prodigués pendant de longues années, et si quelques praticiens, qui sont en même temps des agronomes éminents. ont pu réussir à produire quelques types d'élite, parmi nos céréales notamment, leur nombre demeu re resl reint.
« Aussi, devant la complexité du problème, on s'explique facilement que les agriculteurs aient obéi sur ce point comme sur tant d'autres, à la grande loi de la division du travail, et qu'ils aient laissé à des établissements spéciaux le soin d'améliorer pour eux les plantes qu'ils cultivent. C'est à cette manière de voir que se sont ralliés depuis de longues années les
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agriculteurs de Scanie qui ont fondé le laboratoire dé Svalof, et en France, la Société des orges de brasserie parait guidée par 1rs mêmes considérations.
« A cause de la complexité «les méthodes de sélection cl d'amélioration, il ne semble pas. d'une façon géné-j rale, qu'il soit pratique pour les agriculteurs d'amén liorer eux-mêmes leurs plantes de culture, et il apparaît (pic la création des types d'élite doit se faire surtout dans les établissements spéciaux qui fourniront ensuite à la culture les plantes améliorées qu'elle demande. »
La transformation de la plante et la création de nouvelles variétés ne sont pas spéciales aux plantes de grande culture.
Les légumes, les fruits, et les fleurs elles-mêmes ont été modifiés par des choix judicieux, par une étude de plus en plus précise et savante de l'hybridation, de l'hérédité, de la fixation des caractères spéciaux à certains individus. Des végétaux ligneux, tels que la vigne, ont été l'objet des mômes recherches, soit pour adapter convenablement le sujet au greffon, soit, pour! distinguer les variétés convenant à tel ou tel sol. Les « hybrides », résistant au phylloxéra comme les vignes américaines, et donnant des fruits analogues à ceux des vignes françaises, demandent chaque jour des soins nouveaux.
Enfin, il ne suffit pas d'améliorer les plantes lorsque aucun obstacle ne vient entraver ou suspendre son développement normal : il faut tenir compte des ennemis du végétal, des parasites, des champignons microscopiques qui le pénètre et le tuent, des insectes