LES PRODT ITS COLONIAUX
Orge
Huile d'olive. . .
Ecorce à tan . . .
Milliers »l'he<
itoUlres.
Mistelies
Vins ord. en fûts.
Les valeurs inscrites dans la dernière colonne (col. 4) nous révèlent tout de suite La très grande importance des exportations algériennes à destination de France. Le bétail vaut 37 millions, les céréales [froment , avoine
et orge), plus dé 55 millions, les mistelies moûts mutés à l'alcool) et les vins, plus de 71 millions de francs ! Dans leur ensemble, les envois <le l'Algérie représentent 182 millions de francs.
11 est particulièrement instructif de comparer le chiffre des achats faits par nous en Algérie avec le total des importations françaises portant sur les mêmes marchandises. Nous avons fait ces calculs dont le résultat est inscrit dans la troisième colonne de notre tableau (col. 3).
l'our les bœufs et les moutons, on voit que les 8/10 de nos importations sont de provenance algérienne. Ces proportions restent encore très considérables pour les céréales; elles sont respectivement de 13 0 ,, pour le froment, de 30 °/ 0 pour l'avoine, et même de 83 °/ c pour l'orge.
En ce qui concerne les lièges, les écorces à tan, et surtout les vins, le rapport constaté s'élève plus haut encore et varie de 67 à 82 °/ 0 .
Sans nul doute, le développement rapide de la production métropolitaine en ce qui touche le bétail, les céréales et les vins, entre 1890 et 1900, a déterminé
l'agriculture MODEM M
une diminution brusque de nos importations totales. Les récoltes algériennes s'accroissaient en mêmetemps, les exportations à destination de la France augmentaient ainsi rapidement pour cette colonie; par suite, le rapport de nos achats en Algérie à nos importations totales a pu grandir très rapidement. Il est toutefois hors de doute que notre colonie de l'Afrique du Nord, si bien placée de l'autre côté de la Méditerranée, pourvoit à nos besoins de la façon la plus large.
Depuis 1901-1903, les exportations de vins algériens ont presque doublé et ont passé de ;>.<> millions d'hectolitres à près de 7 millions. Pour toutes les autres denrées, l'accroissement des quantités exportées est tout à fait remarquable. Cela est vrai pour le bétail comme pour les céréales.
Il est clair que la production agricole a suivi la même marche, le développement des exportations étant la conséquence visible de ces progrès dans le domaine de la culture.
En dépit des prédictions pessimistes et des légendes répandues au sujet de l'inaptitude des Français à la colonisation, il est certain que nous avons tiré un excellent parti de notre domaine algérien.
On pourrait, d'ailleurs, nous adresser les mêmes éloges à propos de la Tunisie. Nul n'ignore avec quel empressement les Français — capitalistes et colons — ont consacré leurs ressources et leur activité à la mise en valeur du sol de la Régence.
Les exportations tunisiennes à destination de la France sont déjà notables. Dans quelques années, nous pourrons avec plus de certitude en marquer l'importance et surtout en apprécier les progrès.
L'importance de la production coloniale française est d'ailleurs attestée par le chiffre relativement élevé des marchandises que nous tirons de nos possessions,
LES PROniITS COLONIAUX
sans compter ici, bien entendu, les ventes faites par nos colons sur des marchés étrangers.
De 1902 à tOOG, nous avons importé dans la métropole une quanti lé de produits représentant annuellement une valeur moyenne «le 490 millions de francs. De 1906 à 1011, ce chiffre s'élève à 743 millions. Or, il s'agit presque exclusivement de produits agricoles.
L'Algérie ne figure guère pour plus de moitié dans ces envois, et la Tunisie pour plus du sixième ou du huitième.
Les produits coloniaux de la zone tropicale.
Les chilTres plus haut ne donnent cependant aucune idée des exigences croissantes de la consommation française au point de vue des denrées coloniales cultivées on recueillies dans la zone tropicale. Le poids et la valeur de ces importations n'ont pas cessé d'augmenter depois un demi-siècle. Il est visible que nous ne pouvons pas demander à d'autres pays qu'à des colonies anciennes ou nouvelles, la masse croissante de denrées alimentaires ou de matières premières industrielles dont nous avons besoin.
Nous les tirons des colonies anglaises, ou hollandaises, de l'Amérique du Sud, de la zone méridionale de l'Amérique du Nord, de l'Extrême-Orient, c'est-àdire de la Chine et du Japon. Cette énumération montre bien que la qualification des denrées dites coloniales n'est pas très précise et résulte évidemment d'une assimilation avec les produits tirés des colonies européennes.
Jusqu'à présent, notre immense empire colonial ne nous a fourni qu'une faible partie des produits de ce genre dont nous avons besoin. Nous les demandons avec un empressement toujours plus grand à des
colonies étrangères on à des peuples devenus des nations après avoir été fort longtemps des colonies européennes.
Il est hors de doute que toute la zone du globe qu'on désigne sous le nom de région tropicale contribuait fort peu autrefois à l'approvisionnement des marchés européens. La mise en valeur de ces immenses étendues est relativement récente 5 l'utilisation des produits qu'elles peuvent fournir n'était pas bien connue, les frais de transport restaient 1res élevés. Seules, les denrées particulièrement recherchées et chères, telles que les épices, les parfums, les gommes, l'ivoire, l'écaillé ou la nacre, faisaient, avec les métaux précieux, l'objet d'un commerce notable. Les textiles, les oléagineux, les céréales ou les fécules n'avaient pas pénétré en Europe et n'étaient pas produits en quantités considérables dans les régions tropicales.
Le développement de la richesse dans les vieux pays et, par suite, les exigences croissantes de la consommation, oui modifié cette situation. Faute de pouvoir se procurer autrement la masse énorme de denrées alimentaires et des matières premières dont elles oui besoin, les nations européennes — et la France par conséquent — ont dû s'adresser aux pays I ropicaux.
Les importations coloniales ont donc fait des progrès extraordinaires. Le public n'a guère le loisir d'étudier ce phénomène, ou même de le constater. 11 est pourtant singulièrement intéressant de le mettre en lumière pour montrer en même temps: 1" l'importance exceptionnelle du rôle que peuvent jouer nos propres colonies; 2° la puissance productive de la culture coloniale à l'étranger. En observant les faits et en voyant que nous sommes forcés de recourir aux importations coloniales, nos compatriotes seront,
l l > PRODUITS COLONIAUX
peut-être, tentés de s'intéresser à la mise en valeur de noire domaine I ropical.
Nous résumons dans le tableau suivant nos importations relatives aux produits tirés presque exclusivement uV la zone tropicale.
Importation en France des produits coloniaux .
Valeurs en millions de franc9.
1° Denrées alimentaires n'ayant pas de simi-
2° Matières premières industrielles diverses
provenant de la chasse, de la cueillette,
de la pêche ou de l'agriculture
4° Textiles et soies d'Extrême-Orient, à l'ex-
Ce premier total de un mil I /a rd soixante-dix millions est déjà formidable. On remarquera pourtant que notre énumération des produits coloniaux importés en France n'est pas complète. Nous avons parlé des principaux. Il faudrait indiquer, si nous pouvions en connaître exactement l'origine, les peaux, laines, cornes, poils, teintures, parfums, gommes, graines, etc.
Sans tenir compte de toutes ces marchandises, demandons-nous ce que représentait le chiffre de 1 milliard 66 millions d'importations annuelles, constituées par des produits coloniaux de la zone du globe dans laquelle se trouvent précisément nos colonies.
Pour le savoir, il suffit de le comparer au montant de nos importations totales. Celles-ci s'élevaient, de 1901 à 1903, à la somme de 4 milliards 670 millions
l'agr i c i r;n u E mode une
de francs. La valeur des produits coloniaux achetés par la France représentait 23 % de ce total, soit plus, d'un cinquième.
De 19o ( J à 1 ( . >12, les importations coloniales montent à 1.946 millions ; elles équivalent à 26 % des importations tolales.
Il csl ainsi démontré que la vie industrielle et même la consommation des denrées alimentaires d'un pays comme la France ne peuvent plus être assurées aujourd'hui si les produits coloniaux ne viennent pas compléter les ressources tirées de la culture du sol de la métropole. Il en csl ainsi bien entendu dans tous les pays riches et civilisés de l'Europe. Le développement de l'agriculture coloniale est une nécessité ' économique qui s'est imposée hier et qui s'imposera demain. Les gens à courte vue ou les protectionnistes I « outranciers » peuvent seuls redouter la concurrence \ des pays tropicaux et l'essor de la production agri- ' cole dans les régions successivement transformées par nos activités et nos capitaux.
Nous n'avons pas hésité d'ailleurs à faire de nos colonies d'Afrique des centres de production agricole très puissants.
Le développement de la production coloniale.
Ce qui est vrai pour la France l'est encore pour les autres nations dont les colonies sont devenues prospères. D'anciennes colonies devenues à leur tour des nations ont transformé leur territoire et accru dans des proportions presque inimaginables la production de leur agriculture. 11 en est ainsi pour l'Australie, pour le Canada, pour l'Argentine.
Dans ce dernier pays, dont le développement économique a été merveilleux, le froment couvre