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t/AGRK I III RE MODERNE

notices consacrées chaque année à la situation du commerce des laines par la Maison Fred. Il ut h. de Londres. Dans sa dernière circulaire, nous relevons les moyennes suivantes pour les balles importées d'Australie et de La Plata :

La hausse est évidente. Dans l'espace de dix ans elle atteint la proportion extraordinaire de 60 %, bien que la production et les quantités disponibles se soient accrues dans le même intervalle de près d'un million de balles.

On signale une hausse énorme du riz au Japon et nne élévation extraordinaire des cours du jute en Angleterre !

En vérité, nous croyons que ^ampleur et la généralité qui caractérisent la hausse des produits agricoles est suffisamment établie. 11 est également prouvé que te phénomène ne nous apparaît pas comme accidentel, passager, et récent. Sur la plupart des marchés du monde, les denrées agricoles ont augmenté de prix depuis dix an-.

Kst-ee là un événement nouveau, et n'a-t-on pas oublié simplement que d'autres variations analogues, aussi rapides, aussi considérables, ont éveillé les mêmes surprises, excité les mêmes plaintes, provoqué les mêmes révoltes et les mêmes violences stériles dans le passé comme dans le présent?

L'étude de ce problème spécial n'est pas inutile parce qu'elle éclaire d'un jour tout nouveau la situation actuelle. Nous croyons même qu'elle permet seule de la comprendre et de l'expliquer. En tout cas

Prix par balle, en liv. sterl.

LA HAUSSE DES PRIX

l'étude des variations période |ues des prix est un I des problèmes les plus attachants pour tous ceux qui I veulent rechercher les causes de toutes les crises

I agricoles.

Les variations de prix dans le passé.

Les précédents historiques.

Il est inutile de remonter bien haut dans le passé [ pour prouver que la hausse des prix ne saurait nous

II surprendre. Le niveau actuel des cours reste en effet i inférieur, dans la plupart des cas, à celui que l'on £ constatait, il va trente ou trente-cinq ans, entre 1875 I et 1880. Kien de plus facile que de faire cette com- I paraison, et, cependant, personne ne paraît y avoir I songé.

On s'étonnait et l'on s'effrayait il y m quelques mois de relever sur nos marchés la cote de 27 et 28 francs I pour le quintal de froment. Or, ce prix a étéconstam- I ment dépassé depuis 1877 jusqu'à 1882 1 . Ce que nous I disons ici du blé est vrai pour toutes les céréales, 1 sans exception.

Les ménagères protestent bruyamment en 1913 con- I tre la cherté de la viande et il est question de taxer

■ cette denrée. Les maires qui prétendaient en fixer

■ arbitrairement le cours, et les consommateurs qui

■ pillent les boucheries n'oublient qu'une chose, c'est | que la viande est aujourd'hui moins chère qu'en 1883 i <\ cette date, la cote officielle du marché de La Villette

■ nous donne le chiffre de 1 fr. 80 par kilo de bœuf, I première qualité, et les cours de septembre dernier Ine dépassent pas 1 fr. 72.

Nous parlions tout à l'heure de la laine et nous

1 . Voir pour ces statistiques et leur commentaire, notre louvrage : le Blé elles Céréales, chez Doin, 1910.

signalions la hausse récente de cette matière première. Le type de laine fine cotée à Reims par| M. Marteau a valu 4 fr. 80 par kilo de L905 à 1008. Mais c'est là exactement la moyenne constatée de 1885 à 1889, et les cours s'élevaient à 6 fr. 05 de 1880 à 1885.

En ce moment, disions-nous, le cour» des soies a cessé de fléchir et ils se relèvent même. En fait, ces^ prix restent bien inférieurs à ceux que l'on constatait de 1875 à 1880, et de 1878 à 1898. d'après M. Rondot, les soies ont subi une baisse de 38 à 49 %, baisse que la reprise récente des cours n'a pas encore corn-, pensée.

Nous avons cité plus haut les résultats des recherches faites par M. Levasseur à propos du prix des denrées alimentaires. Les nombres indices calculés par notre regretté maître montrent clairement que la moyenne des prix entre 1900 et 1908 reste inférieure à celle de 1880 i . Des travaux analogues, publiés en Angleterre et en Allemagne, prouvent avec autant de précision et de clarté que les cours des denrées alimentaires n'atteignaient pas encore en 1908 le niveau moven constaté de 1880 à 1885. avant la baisse extraordinaire qui a provoqué la « crise agricole » tant de fois signalée et si souvent déplorée.

Les cours actuels étaient donc considérés, il y a peu d'années, comme réguliers, traditionnels, et ordinaires. Personne ne songeait à protester contre la vie chère, contre les « prix de famine », et les prétendus scandales de l'accaparement ou de la spéculalieu !

Que s'est-il doue passé depuis trente ans. et pour-

1. Voir l'étude déjà citée de M. Levasseur, page 12; les indexnumbers relatifs aux denrées alimentaires et calculés à l'étranger s'y trouvent indiqués.

LA HAUSSE DES PRIX

I quoi le public ('tonné ou irrité se croit-il victime d'une ! crise spéciale, d'un renchérissement extraordinaire I que rien ne saurait expliquer ou justifier?

En vérité le public a tout simplement oublié le I passé. Il a profité de la baisse considérable et rapide I du cours des produits agricoles, et il lui paraît étrange ! ou scandaleux, à cette heure, que les prix remontent à 1 leur ancien niveau. C'est là tout à la fois un acte d'in- ! gratitude et un aveu d'ignorance : un acte d'ingratitude, I puisque la baisse extraordinaire des cours a favorisé I les intérêts de l'acheteur, et notamment ceux du sal.i- I rié, en réduisant les profits de l'agriculteur aussi bien I que les revenus du propriétaire rural ; un aveu d'igno- 1 rance, car l'étude des variations de prix démontre sans

■ contestation possible que la « cherté » de 1913 eût été

■ considérée, il y a trente ans, comme une baisse appré- I ciable des cours ordinaires, et un signe précurseur de 1 la vie à bon marché !

« Mais, nous dira-t-on, ces cours très élevés prati- I qués il y a trente ans étaient sans doute anormaux et I extraordinaires. La baisse dont vous parlez vous- I même démontre précisément que le prix des produits

■ agricoles a fléchi dès qu'il atteignit ce niveau. Vous

■ constatez simplement l'existence d'une crise dont le I public a souffert il y a trente ans et souffre de nouveau I aujourd'hui ! »

Cette argumentation ingénieuse n'a aucune valeur

■ parce qu'elle repose sur une hypothèse qui est fausse.

■ L'élévation du niveau des cours entre 1870 et 11880 n'a pas été le résultat et le signe d'une crise pas- Jsagère; elle a été au contraire la conséquence d'une v| hausse générale, persistante, considérable autant que (rapide, hausse qui caractérise toute une période de

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l'histoire des prix an xix e siècle. Ce phénomène mérite même une étude spéciale car il présente de frappante! et instructives analogies avec celui que l'on observa en ce moment .

Brusquement, à partir de 1850, le cours des grands produits agricole! lois que les céréales et le bétail subissent une hausse considérable et de tous pointa semblable à celle que nous constatons depuis quelques années. De 1831 à 1850, par exemple, le froment avait été coté 19 fr. 40 par hectolitre dans notre pays. Cette moyenne s'élève à 22 francs de 1851 à 1855, puis à 21 fr. 76. à 20 fr. 40. à 22 fr. 40. et enfin, à 23 IV. 70 durant les quatre périodes quinquennales suivantes, de 1856 à 1875. Dans l'espace de sept ans, entre 1850 et 1856, le cours du bétail augmente de 61 °/ 0 pour le boeuf, de 43 °/ c pour le veau, de 50 % pour le mouton et, durant les années qui suivent , les cours n'ont pas (h'chi. Ils se sont même élevés encore.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais il nous parai! plus intéressant de démontrer que cette hausse n'était pas spéciale à la France. En Angleterre le cours de la viande s'élève. Voici les prix du « stone » de 8 lb, à partir de 1856 :

Bœuf.

Mouton

sh.

sh.*

Dans ce pays connue en France le cours de la laine augmente rapidement de 1850 à 1865 et il ne s'abaisse après cette dernière date que pour se relever Légèrement ensuite <lo 1870 à 1874.

M. Levasseur constate d'ailleurs que la hausse dont nous parlons a été très générale de 1840 à 1857 et

LA HAUSSE DES PRIX

n'était pus spéciale aux produits agricoles. « La tendance, dit-il a été fortement à la hausse et les nombres indices de M. Sauerbeck ont passé de 74 à 105.

« Dans une troisième période de 1857 à 1873, les prix sont restés à peu près au même niveau, excepté en 18()4 et dans les deux années 1872 et 1873 (nombre indice 112 en 1873) pendant lesquelles il s'est produit une augmentation semblable à celle de La période précédente. »

En définitive, la hausse signalée en France après 1850 n'a donc pas eu les caractères d'une crise, d'un accident, d'une fluctuation brusque mais passagère. Pendant vingt-trois ans notamment, le cours des grands produits agricoles, lels que les céréalesetle bétail, est resté très élevé.

Ce phénomène est d'autant plus remarquable que les droits protecteurs établis par la Restauration et le Gouvernement de Juillet, depuis 1819 jusqu'à 1848, ont été précisément suspendus ou supprimés entre 1850 et 1855. Le régime libéral ainsi inauguré au moment où la hausse se dessinait et s'accentuait chaque année, n'a pas enrayé ce mouvement des prix; il en a simplement limité l'ampleur au grand profit des consommateurs.

Il n'a pas nui d'ailleurs aux intérêts de l'agriculteur. Celui-ci n'a jamais vendu ses denrées plus cher qu'après l'abolition des tarifs protectionnistes, votés trente ou trente-cinq ans auparavant, c'est-à-dire au début d'une période de baisse comparable à celle qui vient de se terminer en 1900.

En remontant plus haut dans le passé, et en suivant les fluctuations de prix des principales denrées agri-

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