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Economiste français, numéro du 6 août

I AQUICULTURE MODERNE

antérieurement. Après Fenqurte monétaire de 1903, nous avions indiqué comme vraisemblables les quantités suivantes :

« L'or détenu par la Banque de France dans ses caves ou caisses montait alors à 2 milliards et demi. Fin juillet 1910, la Banque en a presque pour 1 milliard de plus (3.3!):; millions) et la circulation ellemême ! s'en trouve largement facilitée.

«La douane d'ailleurs a vu ou cru voir entrer de 1004 à 1908 inclus plus de 3 milliards d'or et n'en a vu sortir que pour 600 millions à peine. 11 semble donc que nous ne saurions être taxés d'exagération, si nous attribuons à la France d'aujourd'hui un approvisionnement de 6 milliards d'or au moins. Et nous ne sommes plus seuls au monde à collectionner ainsi le métal précieux. L'Allemagne et la Russie accusent des stocks d'or analogues aux nôtres, et, à en croire les statistiques américaines (à vrai dire elles ont paru toujours très suspectes), les États-Unis en posséderaient pour plus de S milliards. Et nulle part on ne trouve qu'on en a trop, ni même qu'on en a assez.

« C'est, avec des motifs nouveaux, la résurrection de l'ancienne théorie mercantile. Si les mines des deux mondes continuent à livrer aux hommes plus de 2 milliards d'or par an, la thésaurisation dans les pays riches prendra des proportions extraordinaires, et il est à présumer que le relèvement général des prix s'ensuivra. Nous ne songeons pas à aborder ici l'étude de ce grave problème, mais nous le recom-

pilions de francs.

Pièces de 20 francs

— de 10 Autres

LA HAUSSE DES PRIX

mandons comme digne de toute leur sollicitude aux hommes d'affaires et aux hommes de science. »

M. de Foville accepte donc, — comme nous, — l'hypothèse d'une influence exercée sur les prix par l'abondance du métal jaune.

On a répondu que cette action, si elle était réelle, devrait entraîner comme conséquence une hausse égale de tous les prix. C'est une erreur. Les prix subissent d'autres influences et, par suite, les variations qu'ils accusent répondent à l'action d'un nombre indéfini de circonstances, de laits économiques ou sociaux, dont il ne faut pas nier la puissance. Pendant toutes les périodes historiques de hausse ou de baisse, la courbe des fluctuations de cours varie avec chaque produit, de même qu'elle change avec chaque région ou chaque pays. Le sens général du mouvement est seul identique, et paraît révéler l'influence persistante d'une même série de causes.

Les Remèdes.

Les hommes d'affaires que la hausse a pu troubler, les hommes politiques qu'elle inquiète, et les consommateurs qu'elle irrite, nous demanderont immédiatement : « Quelle solution proposez-vous ? Les dissertations peuvent être intéressantes, mais elles sont stériles si elles n'apportent pas, avec des conclusions précises, des remèdes efficaces ».

Tous nos efforts ont eu malheureusement pour objet de démontrer l'impuissance presque complète des hommes en présence d'un phénomène général tel que la hausse des produits agricoles. Nul pouvoir humain n'a été capable, dans le passé, d'enrayer ce mouvevent ascensionnel et à plus forte raison de le suspendre. Nul effort n'a pu substituer la hausse ou

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la fixité des cours à la baisse progressive que l'on a observée pondant d'autres périodes.

Ce que l'on peut seulement demander à tous les hommes d'initiative, d'énergie et de bon sens, c'est de favoriser aujourd'hui le développement de la production, la liberté des échanges, la réduction des Irais qu'entraînent la production et la circulation des richesses agricoles. Leur rôle consiste surtout à lutter contre des préjugés, des passions et des intérêts de personnes ou de groupes, intérêts qui t'ont précisément obstacle au développement de la puissance productive.

Il est clair que la hausse doit être combattue par l'abondance. l\ est certain que cette abondance doit résulter, tout d'abord, de l'activité du producteur rural. L'élévation de ses profits va d'ailleurs lui servir de récompense etle pousser à produire toujours davantage.

Il est évident que toutes les restrictions inventées et aggravées depuis vingt ans pour limiter la concurrence étrangère ne sauraient subsister. Le régime protecteur paraîtra bientôt inconciliable avec la cherté de la vie qu'il avait précisément pour objet de produire en assurant aux agriculteurs une plus-value pour leurs denrées de vente. Cette réforme déjà opérée dans les mêmes circonstances, il y a soixante ans, ne saurait nuire à l'agriculteur, puisque la hausse spontanée des cours lui assure et continuera de lui assurer des recettes plus amples et des profits plus élevés.

Il serait injuste de ne pas mentionner ici les efforts déjà accomplis en faveur de la coopération sous toutes ses formes. Ces efforts si souvent couronnés de succès, quand il s'agissait de lutter contre les effets de la baisse, permettront de corriger quelque peu les conséquences de la hausse.

LA HAUSSE DES PRIX

Les coopératives de consommation rendront certains services. Un député; M. Maurice Ajam, faisait dernièrement, à ce pmpos, une remarque bien intéressante. « Les observateurs impartiaux, disait-il, sont obligés de conclure avec le plus grand des sociologues, Auguste Comte, que tout ce <|ui persiste dans un Organisme social correspond à un besoin. Entre le paysan el l'ouvrier il semble impossible d'ouvrir un trafic direct. Le troc est un procédé périmé. Les intermédiaires, qui sont «Tailleurs presque tous des industriels 1 rans forma leurs de ma t i ères, correspondent à l'infinie complexité du mécanisme social. » M. Ajam t'ait déjà justice de toutes les attaques excessives et dangereuses dont le commerçant e<t l'objet.

Il ajoute ensuite avec beaucoup de linesse et de bon sens :

« Il n'y a qu'un moyen de calmer la foule ignorante, c'est de lui permettre de contrôler les profits du producteur et des intermédiaires. »

Mous sommes persuadés, en etl'et, que les coopératives permettront, dans maintes circonstances, de montrer combien les profits du commerçant ont été exagérés par les légendes populaires.

Si ces bénéfices peuvent, (Tailleurs, être réduits par la concurrence loyale et légitime des consommateurs associés, personne ne saurait regretter ce résultat. Tout le monde a le droit de profiter de la liberté et de la concurrence.

Quant aux attaques si souvent renouvelées contre le commerçant et l'industriel, il importe d'en taire justice. Le négociant achète au meilleur marché possible et revend le plus cher qu'il peut. En cela, d'ailleurs, il agit au mieux de ses intérêts sans sacrifier le moins du monde l'intérêt de la société. C'est le commerce qui, en achetant le blé ou le bétail

dans les lieux où ils abondent pour les transporter et les revendre dans les lieux où ils font défaut, abrège la durée des crises de subsistances, en atténue les effets, soutient les prix et proportionne partout, avec une précision rigoureuse, les approvisionnements aux besoins de la consommation. Acheter au meilleur marché et revendre le plus cher possible, c est tout le secret du commerce. Or, il se trouve que c'est là une mission sociale de grande importance, surtout durant une période de hausse, puisque les opérations du commerce tournent en dernière analyse au bien général, et ne servent pas moins les intérêts de la consommation que ceux de l'agriculture. En achetant dans le pays où la denrée abonde, le commerçant y fait monter les prix. En revendant ensuite sur un marché où la denrée est rare et où les prix sont nécessairement élevés, il fait la baisse. Chacune de ces deux opérations est utile : l'achat en désencombrant un marché trop plein et en relevant les prix trop faibles, la revente en approvisionnant un marché trop dégarni et en abaissant les prix trop forts.

Pour produire tous ses effets, ou plutôt tous ses bienfaits, il n'est pas nécessaire que le commerce ait pris livraison d'un produit agricole et qu'il l'ait transporté et revendu sur le lieu de consommation : il suffit qu'achat et vente aient été effectués ou soient même simplement possibles avant toute opération de livraison ou de transport. Quand un commerçant spécule sur les grains ou sur la farine à terme, il produit identiquement les mêmes effets que s'il opérait au comptant ou sur livraison. En prenant livraison des grains, il équilibre les approvisionnements et les prix dans l'espace ; en opérant à terme, il corrige les inégalités d'approvisionnements et des

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prix dans le temps. Il prévient les excès de l'avilissement, nuisibles à la production, et les hausses exagérées, ruineuses pour le consommateur.

La spéculation elle-même doit rester libre comme le commerce toutes les lois qu'elle n'emploie pas des moyen- frauduleux et déjoyaux. Elle remplit un rôle analogue, on peut le dire. i\ celui que joue le volant en mécanique : elle régularise les approvisionnements et les prix sur un marché en empêchant l'encombrement dans une saison et le vide dans une autre.

Interdire la spéculation, c'est-à-dire la prévision des variations des prix et des besoins, c'est aller à rencontre du l>ul que l'on veut atteindre, et la violence légale produit ici le même résultat que l'émeute, elle crée la cherté en troublant les opérations qui devaient l'ai ténuer.

Ce qu'il convient donc de dénoncer et de proscrire, c'est l'intervention stérile, déprimante et dangereuse des pouvoirs publics en matière de production et de commerce.

La prétention de décréter la baisse et de taxer les denrées est d'ailleurs une des plus folles que l'on connaisse. En effrayant le producteur ou en minant le commerçant, elle organise la disette et augmente la cherté.

La liberté économique n'est pas seulement le régime qui comporte pour le législateur les moindres responsabilités : elle seule respecte tous les droits et sert tous les intérêts.

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