‹ L'aïeuleChapitre 8 sur 158 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

mais c'est surloiit la môdecino cl l'anatomic qui m'ont perdu. J'aiétudié jus([u'aux nerfs les plus délicats, juscju'aux fibres les plus déliées de notre corps. Je me suis rendu compte de l'influence de nos pensées sur le mouvement du sang, sur la tension des nerfs... et j'en ai conclu que louteëmotion, joyeuse ou triste, agit sur l'organisme d'une façon déplorable et le met en péril ; qu'enfin si l'on connaissait toute la fragilité de la machine humaine; si l'on savait combien de fois, par minute, on se met soi-même en danger de mort, on n'oserait accomplir aucun acte de la vie, on hésiterait à se promener quand on est au repos, à s'asseoir lorsqu'on est debout, à se lever quand on est assis, on ne boirait qu'avec terreur, on ne mangerait qu'avec angoisse, on s'abstiendrait du chant, du rire, de la danse, de l'amour, de tout enfin, et... du reste.

LA DOUAIRIKUE.

Celte terreur qui vous tient ainsi est un châtiment, mon neveu ; vous avez oublié que la science est faite pour les gens de peu^'ou de rien, et vous en avez été puni.;

JEANNE

Puni!... mais, grand'mère, le commandeur est cité comme un des plus habiles médecins de France.

LA DOUAIRIÈRE

A quoi sert cette réputation? il n'a pas, je suppose, la pensée d'exercer.

Jamais! Assister aux souffrances d'un malade, aux lamentations de la famille ! que le ciel me préserve de pareilles émotions I

JEANNE

Même si cette famille était la vôtre? s'il s'agissait de vos enfants ?

LE COMMANDEUR

Mes enfants, je n'en veux pas! Le ménage! ah! ah!... voilà une source intarissable d'émotions! et de quelles émotions, grand Dieu t

LA DOUAIRIÈRE

Il y a des maris heureux, monsieur le commandeur.

LE COMMANDEUR

Certainement, madame la marquise, il y a des maris trèsheureux... ceux qui deviennent veufs, par exemple...

JEANNE

Vfufs...

LK (.il.M.^IANDELI!.

Il y LMi a d'autre? encore duut il (onvii'ul de ne pas pailer

devanl vous, cousine. Ils ne sont pas veufs, ceux-là... leurs femmes non plus ne sont pas veuves; au contraire... ça ne les empoche pas (rèlre j^énéralemenl heureux et d'acquérir do renibonpoinl... mais ils jouissent d'un bonheur que je n'envie guère...

LA DOUAIRIÈRE

Mon neveu, vous prétendiez ne mettre jamais au service d'autrui vos merveilleuses connais-lances en médecine? Il y a cependant 31. de Montmarcy. le héros, le .«auveur de madame la duchesse à qui vous avez donné vos soins.

JEANNE

Par exception !.,. et il l'a sauvé...

F.K COAIMANDEUR.

Pur exception aussi, n'est-ce pas?...

JEANNE

J'allais le dire !

LA nOlAIRlÈRE.

Et madame la duchesse elle-même...

LE CO.M.MANDEUR

Votre belle-nile?...

LA UOUAlItlÈRE, avec liaiiluur.

La seconde femme de mon ^rendre.

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