‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 47 sur 97 · SCÈNE VIII LIA, NORAII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LIA, NORAII

LIA

Tu ne veux pas voir Dorothée ?

NORAII.

Laissons Dorothée où elle est, et causons... Lia, ma chère Lia, es-tu toujours ma grande sœur et ma petite mère? Tu m'as pardonné jadis, oui; mais tu as beau être parfaite, pardonner n'est pas oublier, même pour toi... Lia, m'aimestu encore un peu?

Je t'écoute, Norah.

LIA

NORAII,

Mon mari n'est pas malade, et je ne mourrais nullement d'envie de venir ici. C'est lui qui m'a amenée... de force.

LIA

Et pourquoi ?

NORAH, tranquillement.

Parce que je l'ai trompé.

Tu dis?

NORAH

Je dis : parce que je l'ai trompé.

LIA

Mais comment?

NORAH

Dame ! il n'y a pas deux manières.

LIA

Voyons, Norah, ou tu deviens folle, ou tu te moques de moi. Toi? Tu as...

NORAH

Oui, moi, oui. Ce que je dis est pourtant assez clair.

LIA

Et tu me dis cela... presque tranquillement?

NORAH

Comment veux-tu que je te le dise ? Avec de grandes phrases? Ou avec des larmes et des sanglots?... Oh! ce n'est pas que je sois fière de ce que j'ai fait, au moins.

LIA

C'est encore heureux.

NORAH

Enfin... j'ai eu un amant, voilà le fait. Qui? Dans quelles circonstances? Cela ne t'intéresserait pas ou te scandaliserait... Mais mon mari l'a su, et il en a eu des preuves... oh! non pas la seule preuve sans réplique, celle qui consiste à voir de ses yeux... mais des preuves très convaincantes, même pour lui... quoiqu'il ne fût guère méfiant, le pauvre garçon.

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