SCÈNE VIII LIA, NORAII
LIA
Tu ne veux pas voir Dorothée ?
NORAII.
Laissons Dorothée où elle est, et causons... Lia, ma chère Lia, es-tu toujours ma grande sœur et ma petite mère? Tu m'as pardonné jadis, oui; mais tu as beau être parfaite, pardonner n'est pas oublier, même pour toi... Lia, m'aimestu encore un peu?
Je t'écoute, Norah.
LIA
NORAII,
Mon mari n'est pas malade, et je ne mourrais nullement d'envie de venir ici. C'est lui qui m'a amenée... de force.
LIA
Et pourquoi ?
NORAH, tranquillement.
Parce que je l'ai trompé.
Tu dis?
NORAH
Je dis : parce que je l'ai trompé.
LIA
Mais comment?
NORAH
Dame ! il n'y a pas deux manières.
LIA
Voyons, Norah, ou tu deviens folle, ou tu te moques de moi. Toi? Tu as...
NORAH
Oui, moi, oui. Ce que je dis est pourtant assez clair.
LIA
Et tu me dis cela... presque tranquillement?
NORAH
Comment veux-tu que je te le dise ? Avec de grandes phrases? Ou avec des larmes et des sanglots?... Oh! ce n'est pas que je sois fière de ce que j'ai fait, au moins.
LIA
C'est encore heureux.
NORAH
Enfin... j'ai eu un amant, voilà le fait. Qui? Dans quelles circonstances? Cela ne t'intéresserait pas ou te scandaliserait... Mais mon mari l'a su, et il en a eu des preuves... oh! non pas la seule preuve sans réplique, celle qui consiste à voir de ses yeux... mais des preuves très convaincantes, même pour lui... quoiqu'il ne fût guère méfiant, le pauvre garçon.