‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 49 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LIA, désolée, mais avec sourde envie de rire.

Norah !

NORAH

D'autre part, il m'adore toujours...

LIA

C'est d'un excellent cœur...

NORAH

Et il brûle dans le fond de me pardonner... Seulement sa dignité l'empêchait de me pardonner tout de suite. Il fallait que quelqu'un l'y contraignit en lui remontrant que c'était son devoir.

LIA

Et c'est cette contrainte charitable qu'il est venu chercher ici?

Justement. Et puis, il a des idées à lui, des idées bibliques et patriarcales... Il faut te dire que, tous ces derniers jours, il n'a pas cessé de piocher les Écritures... Et alors il a trouvé ça, de m'amener à papa, au chef spirituel de la famille, pour qu'il me juge et qu'il décide de moi. Heureusement je lui ai fait promettre de ne pas parler avant demain... Et cette nuit, comme il craint les tentations... tu as entendu l'histoire du matelas dans un coin?... Mais je te dis là des choses... J'oublie que je parle...

LIA

A une vieille fille, Norah.

Le jugement de papa, je n'en suis pas en peine. Papa dirait : « Mon gendre, Dieu vous ordonne de garder votre

femme. » Mais il ne faut pas que papa ni maman sache mon aventure. Ça les démolirait, les pauvres gens. Ils croiraient que c'est la première fois depuis la confession d'Augsbourg que la femme d'un ministre de l'Évangile... J'ai donc pensé à toi, Lia. Je te supplie de parler à Auguste et d'obtenir de lui qu'il me pardonne sans rien dire.

LIA

Singulière mission, Norah... Après ce qui s'est passé autrefois... Et même sans cela... Ce sont, tu l'avoueras, d'étranges matières pour...

NORAH

Oh ! toi, tu n'es pas une jeune fille... Je veux dire que tu es encore autre chose... D'ailleurs, à qui veux-tu que je m'adresse ? A Dorothée ? A un étranger ? Non, non, Lia, il n'y a que toi qui puisses intervenir. Et tu le feras, j'en suis sûre ; non pas pour moi, oh ! non, mais pour papa et maman. Auguste te considère comme un oracle ; tu lui inspires une confiance sans bornes et une véritable vénération. Tu verras que ça ira tout seul.

LIA

Mais... peut-être a-t-il quelque soupçon que je l'ai aimé... Si nous allions nous attendrir surnous... pleurer ensemble? ... C'est très dangereux, Norah.

NORAH

Ne te vante pas. Je te défie bien de faire une mauvaise action.

Tu as raison, je suis trop bête.

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