ACTE DEUXIÈME
NORAH
Non : c'est lui. Tu peux être troublée tant qu'il te plaira. Il ne s'apercevra de rien.
LIA
Mais alors, si cela même allait me faire souffrir ?... Je serais bien bonne, conviens-en, de m'exposer à cette épreuve.
NORAH
Tu ne seras pas troublée et tu ne souffriras pas du tout.
LIA
Mais...
NORAH
Je te ferai remarquer, grande sœur, qu'après m'avoir fort maltraitée, ce qui était bien naturel, et m'avoir dit toutes mes vérités, tu t'es mise tout à coup à me parler avec beaucoup de douceur. Sais-tu pourquoi ? C'est que, le premier moment de stupeur et d'indignation passé, tu t'es dit — oh ! malgré toi, — que c'était bien fait, et qu'il n'avait que ce qu'il mérite... Et en même temps, tu n'as pu t'empêcher de trouver mon pauvre Auguste un peu... ridicule.
LIA
Tais-toi, Norah! si c'était vrai!
C'est tellement vrai que tout à l'heure, ça été plus fort que toi, tu t'es parfaitement fichue de lui... Il m'a même semblé que tu allais un peu loin.
LIA
Folle !
NORAH
Tu es donc dans les meilleures conditions pour faire ce que j'attends de toi. Et voici qui t'y décidera. Tantôt, en chemin de fer, pendant cet interminable voyage où nous ne nous sommes pas dit un mot, en le voyant si malheureux, si aplati, je me suis mise à r'aimer Auguste. Sans blague ! Et je crois, je sens, je suis certaine que cette secousse l'aura beaucoup changé — en mieux, bien entendu — et que, la réconciliation opérée, je retrouverai un homme nouveau, plus agréable, qui m'aimera moins solennellement... Tu feras donc une très bonne action en nous rapprochant... Non, non, ne réponds plus. Je vais te l'envoyer. (Eiie gagne la porte de gauche; se retournant.) Je t'aime, Lia; tu ne peux pas te figurer comme je t'aime.
Elle sort.