‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 72 sur 97 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

sentait pénétré pour toi de respect et de vénération (ce sont ses propres paroles), il ne s'apercevait pas qu'un autre attrait, d'une nature moins relevée, peut-être, mais en quelque façon, plus vif...

LIA

Bref, il vous demande la main de Dorothée ?

Tu l'as deviné.

MADAME PETERMANN

LIA

C'est exquis ! Bonne petite, va ! Et vous la lui avez accordée?

PETERMANN

Ma chère enfant, nous avons eu beaucoup de peine à pourvoir tes autres sœurs, et la chose est devenue plus difficile encore pour Dorothée et pour toi, depuis que Dieu nous a dépouillés de nos ressources temporelles. Ce que je disais quand il s'agissait de toi, je le répète maintenant qu'il s'agit de Dorothée ; car la situation reste la même...

Sauf un détail, en effet.

PETERMANN

Je disais donc et je répète : — Ce parti est avantageux, honorable, inespéré. C'est une occasion qui ne se représenterait sans doute plus. Avons-nous le droit delà repousser? Je t'en fais juge.

LIA

Vous avez raison, mon père... Vous savez pardonner les offenses, et même celles qu'on me fait. Le genre d'attrait auquel obéit cet homme, qui pourrait être le grand-père de Dorothée, n'est sans doute pas très facile à exprimer

honnêtement; mais vous vous êtes dit, n'est-ce pas? que Dieu a ses desseins... L'essentiel est que vous ayez encore une fille de casée; et peu vous importe laquelle. N'hésitez pas, mes bons parents. Livrez cette entant à ce vieux (vous êtes si sûrs de la pureté de leurs sentiments !) et ne vous embarrassez pas de vains scrupules.

PETERMANN

Vous perdez le respect, ma fille.

MADAME PETERMANN

Il paraît qu'il te tient au cœur, « ce vieux », comme tu l'appelles.

LIA

Ne cherchez pas à me blesser, ma mère; je souffre peutêtre assez comme cela.

MADAME PETERMANN

Il vaut donc mieux que nous te laissions, ma fille. Car le dépit t'égare; et, pour moi, je ne te reconnais plus.

LIA

Eh! voilà dix ans que vous ne me connaissez pasl Cette ignorance vous était si commode !

MADAME PETERMANN, à Petermann.

Retirons-nous, mon ami...

PETERMANN

Si tu souffres, Lia, tu sais où est la consolation... Tu to tourneras vers Dieu, tu prieras...

LIA

Non, mon père.

M. et madame Petermann s^éloignent en levant les bras. En même temps rentrenl les trois petits enfants.

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