‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 74 sur 97 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

MIKILS, NORAH, puis LIA et LE LIEUTENANT

Mikils et Norah viennent du fond, ri traversent la scène, étroitement serrés l'un contre l'autre.

Mon gros amour!

MIKILS.

Ma petite chatte!

NORAH

Dis donc, si nous faisions un petit tour de valse nous deux?

MIKILS.

Oh!

NORAH

Pourquoi pas? On est ici tout à fait en famille...

MIKILS.

Oh! Norah! Réfléchis donc... Les convenances de mon état... mon caractère...

NORAH

Ali! mais il m'embête, ton caractère sacré!

MIKILS.

Mon caractère sacré... C'est drôle, quand on y song^...

NORAH

Un peu.

...Car n'est-ce pas? ma fonction, ma mission, c'est d'éclairer et de diriger mes frères, d'être un homme chargé des autres et qui appartient à tous... Et en réalité, à qui est-ce que j'appartiens? A une femme, à une toute petite femme... Ah ! oui, ce que je m'en soucie de l'âme des autres — et de la mienne — depuis hier soir... c'est épatant!... Tiens, voilà que je parle à présent comme les gens du monde... Ah! je suis changé, bien changé...

KORAH.

Tu as des remords ?

MIKILS.

Je ne sais pas. Mais il n'y a pas à dire, depuis hier soir ma profession me paraît bizarre... Et je soupçonne qu'au temps où elle ne me paraissait pas bizarre, elle devait me rendre bien ennuyeux.

NORAH

Des fois.

MIKIIS.

Et maintenant?

Tu es exquis. Tu es en train de créer un type : le type du pasteur rigolo, du joyeux ministre de l'Évangile.

MIKILS.

Tu perds mon âme, mais je t'adore... Ah! sapristi? à propos d'âme... moi qui ai promis à ton père de prêcher demain à sa place!... Qu'est-ce que je vais leur dire, mon Dieu?

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