SCÈNE IX LIA, LE LIEUTENANT
LE LIEUTENANT
Et puis, je vous le répète, vous êtes charmante...
LIA
Oui, oui, c'est entendu... charmante... et reposante...
LE LIEUTENANT
Reposante? Ah! non!
LIA
Si! si! tout ce qu'il y a de mieux comme sœur, comme tante, comme petite mère : je connais ça.
LE LIEUTENANT
Vous vous trompez : je dis charmante aussi autrement, surtout autrement.
LIA
Lieutenant, c'est très bien, ce que vous faites là... Vous avez songé : « Voilà une fille qui n'est plus très jeune, que l'on délaisse, qui doit s'ennuyer prodigieusement et qui doit
êlre lamentablement sentimentale et romanesque. Il y a des mots que cette bonne personne n'a pas dû entendre souvent. Ayons la charité de les lui dire. »
LE LIEUTENANT
Mais ce n'est pas du tout cela, pas du tout !
LIA
Mais si !
Mais non !
LE LIEUTENANT
LIA
Je vous dis que si ! je le sais mieux que vous... Eh bien, maintenant que c'est fait, recevez mes remerciements très sincères et passez à des exercices plus agréables. Il y a ici de fort jolies femmes, — sans compter mes petites sœurs, sur lesquelles il ne serait pas convenable à moi d'attirer votre attention.
LE LIEUTENANT
Vos petites sœurs!... elles sont gentilles, je ne dis pas..
LIA
Prenez garde, monsieur, vous allez me blesser dans mes sentiments de famille.
LE LIEUTENANT, continuant.
Mais voyons, entre nous... est-ce qu'elles ne vous paraissent pas un peu... banales?
LIA
Ça ne les a pas empêchées d'être aimées et d'être heureuses; ce qui ne me paraît pas banal, à moi. J'ai des raisons de ne pas les croire très bêtes, mes petites sœurs.