‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 79 sur 97 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LE L I E U T E N A N T , se rapprochan t .

Voyons, ma chère Lia...

LIA

Hein!... si vite?

LE L I E U TE N A N T , se rapprochant encore.

Nous ne sommes plus des étrangers l'un pour l'autre; et il y a des circonstances où l'on va très vite en amitié... (n lui reprend les mains.) Allez -vous me refuser de si petites faveurs?... Vous sentez bien que je vous aime, que je vous...

Il lui a passé un bras aulour de la taille. LIA, se .!égi géant

Oh! monsieur, quelle méprise! Excusez-moi d'y avoir pu prêter (Eiieseieve.) et séparons-nous, je vous prie.

LE LIEUTENANT

Vous ne le voudriez pas?

Laissez-moi passer, monsieur.

LE LIEUTENANT

Ah! non, par exemple! Ce n'est pas de jeu.

LIA

Monsieur, laissez-moi passer.

LE LIEUTENANT

Non!

Il l'a prise dans ses deux bras et veut la baiser sur la bouche. LI V , saisie d'une terreur subite et se débattant.

Ah! non! pas ça, monsieur! pas ça! je vous en supplie... je ne peux pas! je ne peux pas!

LE LIEUTENANT, décoacerté, la lâchant.

Qu'est-ce qui vous prend?... Je ne vous ai pas menée ici de force, j'imagine... J'ai cru que vous marchiez... Pardon... je veux dire que vous montriez tant de confiance, de gentillesse...

LIA, dégrisée.

Oh ! monsieur, dites de coquetterie, de vilaine et coupable coquetterie... Oui, oui, c'est ma faute, je m'en accuse, etje vous en demande pardon... Il faut me plaindre... et m'épargner... Vous ne pouviez pas savoir à quel moment de ma vie vous êtes venu... Je n'étais plus moi, depuis tantôt... C'est que j'ai eu aujourd'hui beaucoup de chagrin... Une grave offense, et que je n'avais pas méritée... J'étais comme ivre de désespoir; toutes les tristesses de mon passé me revenaient à la fois, de ces tristesses que personne ni plaint... de ces tristesses de jeunes filles qui n'ont pas le droit de parler... Je n'ai jamais eu de chance, voyez-vous... Cela a commencé par un amour déçu...

LE LIEUTENANT, à part.

Je me doutais bien...

LIA

... Un amour dans lequel je me suis enfermée des années... Pendant ce temps-là, mes sœurs se mariaient l'une après l'autre... Et personne ne songeait plus à moi ; et l'on ne s'est pas aperçu que j'étais lésée, après tout, et que je souffrais... J'ai fini par croire qu'on ne pouvait pas m'aimcr, que j'étais une créature disgraciée... C'est pour cela que, lorsque vous m'avez dit certaines paroles, j'étais trop surprise et trop contente pour les repousser, — on ne me les avait jamais dites, — et que j'ai été coquette pour la première fois de ma vie...

Page 1