ACTE QUATRIÈME
on a six filles à marier... Ça a bien tourné pour nous, mais c'est justement parce que nous étions moins candides que Lia... Et j'en connais parmi nous qui ont été abominables pour elle et qui sont, au fond , responsables de ce qui lui arrive: moi d'abord, qui lui ai pris Auguste qu'elle aimait... oui, qu'elle aimait... (encore une chose dont vous ne vous êtes pas doutés !) et cette petite peste de Dorothée qui a trouvé moyen, Dieu sait comment, de détourner ce bon M. Millier au moment où il venait de s'engager avec Lia. Ah ! oui, elle a dû souffrir ! Souffrir par nous ; souffrir par vous aussi, mon père et ma mère... par vous qui vous ne vous aperceviez pas que sa vie n'était qu'un long renoncement. Si Lia a péché — oh ! pas beaucoup! — sa faute est la nôtre, et nous devrions tous, à l'heure qu'il est, la réchauffer entre nos cœurs et la supplier de n'être pas malheureuse. Voilà mon opinion.
LIA
Merci, Norah.
NORAII, allant ouvrir la porte de gauche.
Et maintenant Auguste peut entrer s'il veut.
Un s.'ience. H. fl madame Tetermann, pendant ce qui précède, ont donné tous les signes de l'effarement, de la stupeur, puis d'une émotion croissante.
MADAME PETERMANN
Timolhcc ?
PETERMANN
Mon amie ?
MADAME PETERMANN
Pensez-vous comme moi ?
PETERMANN
Je le crois, ma femme.
Alors...
PETERMANN
Nous te pardonnons, Lia, de tout notre cœur... Et toi, nous pardonnes-tu ?
Mon père !
Petermann l'embrasse sur le front.
MADAME PETERMANN, ouvrant les bras.
Ma fille !
PETERMANN
Ton discours, Norah, a manqué de convenance et de mesure. Je ne parle pas de l'horrible aveu qui a été ton principal argument : veuille le ciel conserver au pasteur Mikils ses illusions sur ce point!... Mais, bien qu'il m'ait été douloureux d'être averti par ta bouche et en ces termes, je ne repousse pas la lumière de cet avertissement.
NORAH
Vous me pardonnez aussi ?
PETERMANN, très digne.
Oui, ma fille.
Mikils entre par la gauche.