‹ L'Air AtmosphériqueChapitre 6 sur 26 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

du poids de la chaux métallique n’est point due à la combinaison de la matière du feu, ni d’aucune matière extérieure, mais à la fixation d’une portion d'air contenu dans la capacité du vaisseau, le vaisseau ne devra point être plus pesant après la calcination qu'auparavant, 1l devra seulement se trouver en partie vide d’air, et ce n'est que du moment où la portion d’air manquante sera rentrée, que l’augmentation du poids du vaisseau devra avoir lieu. »

L’éxpérience vérifia ce raisourement rigoureux ; il fut donc autorisé à conclure que «les cornues scellées, hermétiquement pesées avant et après lacalcination dela portion d’étain qu’elle contiennent, ne présentent aucune diffé— rence de pesanteur, ce qui prouve évidemment que l’augmentation de poids qu'acquiert le métal ne provient n1 de la matière du feu, ni d'aucune matiere extérieure à la cornue. »

[l tira encore cette autre conclusion fondamentale : « qu'une portion de l’air est susceptible de se combiner avec les substances métalliques pour former des chaux, tandis qu'une autre portion de ce même air se refuse constamment à cette combinaison. L’atmosphère n’est donc point un être simple, il est composé de deux substances différentes. C’est la portion salubre de l'atmosphère qui se combine avec les métaux jendant la calcination, et ce qui reste après la calcination est une espèce de mofette, incapable d'entretenir la respiration des animaux et l’inflammation des corps. »

Ces dernières affirmations n’étaient pas suffisamment démontrées ; 1l fallait pour dissiper tous les doutes isoler

Hotte

cette portion salubre absorbée par les métaux ; mais le piomb et l’étain ne rendent pas en chauffant ce qu'ils ont absorbé pendant leur calcination au contact de l’air. Si on les chauffe avec du charbon on obtient un air irrespirable, bien différent de la mofette dont il a été question plus haut. Lavoisier avait constaté que le gaz qui se produit quand on chauffe la chaux de plomb avec du charbon trouble l’eau de chaux tandis que Pair dâns lequel on a calciné les métaux ne produit pas cet effet.

Heureusement le mercure, comme l'avait déjà observé Eck de Sulzbach, a la propriété d'abandonner, dans la seconde période de chaleur, la portion d'air qu'il avait absorbée pendant la première. Lavoisier tenait sa démonstration. Il met quatre onces de mercure dans un matras de verre dont le col long et recourbé venait déboucher dans le haut d’ure cloche placée sur la cuve à mercure. Âu moyen d’un tube recourbé, il enlève une partie de l’air de la cloche et note soigneusement le nivean ou le mercure s'arrête. Il connaît ainsi le volume total de l’air contenu dans son appareil. Alors il chauffe jour et nuit son matras à la température de l’ébullition du mercure. Dès le second jour des pellicules rouges se forment à la surface de ce métal : c’est la chaux mercurielle, ou précipité per se, qui continue à se former jusqu’au huitième jour. Au bout du douzième jour, comme la chaux ne paraissait plus se former, Lavoisier arrête l'opération ; laisse refrcidir l’appareil et constate que dans la cloche | le niveau de mercure s’est élevé et que l’air a diminué de 1/6 environ de son volume. Le gaz qui restait était im— propre à la respiration et à la combustion : « Les animaux

qu'on yintroduisait périssaient en peu d’instants, et les lumières s’y éteignaient sur-le-champ, comme si on Les eût plongées dans l’eau. » Les pellicules rouges furent rassemblées ; elles pesaient 45 grains. Chauffées dans une petite cornue munie d’un tube abducteur se rendant sur le mercure, elles se décomposèrent et donnèrent 41,5 grains de mercure condensé sur le col de la cornue et 7 à 8 pouces d’un gaz qui passa sous une éprouvette : c'était bien le volume d’air disparu et ce gaz possédait toutes les propriétés de « l’air pur » que venait de découvrir Priestley dans la calcination de cette même chaux mercurielle. Il était beaucoup plus propre que l'air à entretenir la combustion et la respiration. Une bougie y brûlait avec un éclat éblouissant ; le charbon s’y consumait avec une. vivacité de lumière que les yeux avaient peine à supporter.

La calcination des métaux à l'air consiste donc dans l'absorption, sous l’influence de la chaleur, d'un gaz qui constitue une partie âe l'air, la portion salubre de l'air ; car si l’on chauffe la chaux mercurielle obtenue on régénère le mercure et le gaz et le volume de celui-ciest précisément égal au volume de l’air disparu pendant la caleination. Bien plus, si on mélange les deux gaz qu’on a isolés au moyen du mercure : la mofette irrespirable et, la portion salubre, comme l’a fait Lavoisier, on reforme un air semblabie en tout à l'air atmosphérique.

Lavoisier eut donc le droit de conclure que l’air est formé de 1/6 en volume d’un gaz, très propre à la combustion et à la respiration, qui reçut peu après le nom d'oxygène et de 5/6 d’un autre gaz irrrespirable, qui fut appelé azote. La composition de l’air se trouva définiti=

vement fixée. Mais la méthode de Lavoisier n’était pas susceptible d’une grande précision en tant que méthode analytique, et tout n’était pas dit sur la composition de l'air ; il était important de déterminer les proportions exactes des éléments de l’air, de connaître si la composition de l’air est la même en tous les points de l’atmosphère, si elle ne varie pas avec letemps et sous l’influence de différentes causes; de savoir enfin si l’air est une combinaison ou un mélange,

Je ne décrirai pas toutes les méthodes analytiques qui ont été employées depuis Lavoisier pour trouver la véritable composition de l'air; j'en donnerai simplement le principe et les résultats auxquels elles ont conduit.

IT. Méthode eudiométrique de Gay-Lussac et Humboldt.

Après Les expériences de Lavoisier les chimistes recherchèrent les méthodes les plus propres à déterminer les proportions exactes dans lesquelles l’oxygène et l’azote se trouvent dans l'air. Ils employérent différentes méthodes-eudiométriques, consistant à absorber l’oxygène par un réactif convenable dans un volume d'air donné. C'était par un procédé semblable que Schecle avait trouvé 27 p. 100 d’oxygène dans l'air. Les résultats qu’obtinrent les chimistes furent peu concordants. Cavendish, Marti, Berthollet, Fourcroy, Davy trouvèrent 23 p. 100 d'oxygène. La question qui se posa alors fut de savoir si les différences obtenues étaient dues à des erreurs d'analyse ou bien à des variations considérables dans la composition de l'air.

Page 1