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DEUXIEME PARTIE

moment où l’équilibre magnétique, quelque temps rompu, se rétablit, et alors apparaît la lumière polaire. Ce n’est donc pas sans raison qu’on a donné le nom d’orages magnétiques à ces perturbations, dont la cause est encore incertaine, mais dont l’analogie avec les orages électriques ne peut être méconnue. D’après cela, la lumière polaire est aux orages magnétiques ce que les éclairs sont aux orages électriques : elle n’est point le phénomène lui-même, encore moins la cause du phénomène; elle en est l’effet et la conclusion.

On trouve dans plusieurs ouvrages des dessins représentant des aurores polaires.

Aurore polaire observée à Bossekop en 1838.

Un grand nombre d’auteurs ont décrit ces météores avec détail, soit de visu, soit d’après le témoignage d’observateurs très dignes de foi1. De tous ces documents il résulte que la lumière polaire peut se présenter sous des aspects très différents. C’est tantôt un grand arc lumineux entouré de jets brillants, et se dessinant sur un segment sombre qui semble reposer sur l’horizon; tantôt c’est une sorte de calotte parabolique dont la convexité est dirigée en haut, et qui darde ses rayons vers la terre; tantôt une gloire formée de faisceaux lumineux irréguliers qui partent d’une ligne centrale obscure; ou bien un arc sombre semé de plaques brillantes presque rectangulaires, et dont la circonférence émet çà et là quelques fusées d’une lumière plus pâle; ou bien enfin c’est un immense rideau de lumière,

1 Humboldt, dans son Cosmos; Kaemtz, dans son Cours de météorologie ; MM. Becquerel, dans leurs Eléments de physique terrestre et de météorologie , etc.

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

s’enroulant et se déroulant sur lui-même, et suspendu au-dessus de l’horizon. La plupart des observateurs s’accordent à dire qu’en général une aurore boréale se compose de trois parties distinctes, savoir : le segment obscur, Y arc lumineux et la couronne.

L’apparition de la lumière polaire s’annonce plusieurs heures, souvent une journée à l’avance, par la déviation et l’agitation de l’aiguille aimantée, seul symptôme sensible de l’orage magnétique. Puis le météore se forme graduellement dans la direction du pôle magnétique. Pendant l’hiver de 1838-1839, une commission de savants français, établie à Bossekop, sur la baie d’Alten (Finmark occidental), a pu se livrer sur cette apparition à des observations suivies. Le travail de ces savants est assurément le plus complet qui ait jamais été fait sur ce genre de phénomène, au point de vue descriptif. Du 7 septembre 1838 au commencement d’avril 1839, pendant une période de deux cent six jours, la commission française compta cent quarante -trois aurores boréales, qui furent surtout fréquentes du 17 octobre au 25 janvier, pendant l’absence du soleil ; de sorte que cette nuit de soixante-dix fois vingt-quatre heures offrit soixante-quatre aurores, sans compter celles que l’état trop nuageux du ciel ne laissait pas apercevoir, mais qui étaient accusées par les perturbations de la boussole.

« On voit assez souvent, dit Ilumboldt, des aurores australes dans nos climats (Dalton en a observé plusieurs en Angleterre), et l’on voit des aurores boréales entre les tropiques : au Mexique, par exemple, au Pérou et même jusqu’au quatrième degré de latitude australe (le 14 janvier 1831)... L’aspect du phénomène dépend de la position de l’observateur : chacun voit son aurore boréale, de même que chacun voit son arc-en-ciel. Il faut distinguer entre la zone terrestre où l’apparition lumineuse, quand elle s’y manifeste, est partout visible au même instant, et les zones beaucoup moins étendues où elle se produit presque toutes les nuits. Souvent la même aurore a été observée à la même heure en Angleterre et en Pensylvanie, à Rome et à Pékin; seulement la fréquence de ces apparitions diminue avec la latitude magnétique, ou, en d’autres termes, elle décroît à mesure que le lieu de l’observation s’éloigne, non du pôle terrestre, mais du pôle magnétique. »

Nous avons aussi en France, de temps en temps, des aurores boréales. Elles sont bien loin, il est vrai, de la magnificence de celles qu’on admire dans les régions polaires; mais c’est encore quelque chose, pour un citadin de Paris, de Lyon, de Pontoise ou de Quimper, pour un paysan de la Beauce ou de la Limagne, que de pouvoir dire qu’il a vu une aurore boréale. Or une foule de nos concitoyens et contemporains peuvent se donner cette satisfaction. Les aurores polaires se sont multipliées en France, dans le courant des années 1859 et 1860, à tel point qu’on a pu croire qu’elles allaient devenir pour nous, comme pour les Groënlandais et les Lapons, un phénomène vulgaire. Des aurores boréales ont été visibles en France le 1er septembre, le 1er, le 2 et le 18 octobre 1859, le 9 avril 1860, le 18 mars et le 15 avril 1869, le 24 octobre 1870, et le même phénomène s’est reproduit avec une fréquence inusitée à partir du 4 février 1872 jusqu’au mois de janvier de l’année suivante.

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