‹ L'air et le monde aérienChapitre 102 sur 210 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L’aurore polaire de 1870 fut caractérisée par des jets lumineux rectilignes analogues à ceux de l’aurore du 15 avril de l’année précédente. Je ne m’y arrête pas. Les nuits de Paris étaient alors éclairées par les lueurs sinistres de la canonnade et des incendies, et Ton avait d’autres soucis que d’observer les phénomènes célestes.

L’aurore boréale du 4 février 1872 est une des plus belles que l’on ait vues en France dans notre siècle : elle offrait le spectacle d’une immense coupole illuminant le ciel de ses brillantes radiations. Plusieurs descriptions de ce magnifique phénomène furent adressées, comme d’ordinaire, à l’Académie des sciences. MM. Fron, de l’Observatoire, Salicis, Laussedat, Goulier, Ghapelas, Emmanuel, exposèrent les résultats de leurs observations faites à Paris. Un grand nombre d’autres personnes avaient pu contempler le splendide météore en France, en Angleterre, en Belgique, en Espagne, en Italie, et jusqu’en Turquie. Les perturbations magnétiques furent très remarquées sur toute l’étendue de la région qu’il avait visitée. A l’observatoire de Paris, il fallut renoncer à enregistrer les variations de l’aiguille, tant ses mouvements étaient précipités et désordonnés.

Les boussoles et les aiguilles des appareils télégraphiques furent dérangées et affolées à partir de quatre heures, d’abord sur la ligne de l’Est, de l’Allemagne, de l’Autriche, puis sur celle de la Suisse, par Besançon et par Dijon. À cinq heures, les fds des environs de Paris étaient eux-mêmes sous le coup de la perturbation.

La lumière de l’aurore était assez vive pour que les physiciens aient pu l’analyser au spectroscope. M. Prasmowski et M. Cornu firent des observations d’après lesquelles les raies propres à l’hydrogène, à l’oxygène, à l’azote faisaient défaut; cela prouvait que le phénomène, comme l’indique d’ailleurs une des théories que nous avons signalées plus haut, avait son siège au delà des limites de l’atmosphère.

D’autres aurores boréales ont suivi, la même année, la magnifique explosion du 4 février 1872. Celles du 9 mai, des 7 et 10 juillet, du 8 août 1872, du 7 janvier 1873, ont pu être observées sur une multitude de points, et décrites dans tous leurs détails. Les théories par lesquelles on cherche à expliquer ce merveilleux phénomène ont profité de ces études plus approfondies, et nous avons dit entre quelles opinions semble se partager encore aujourd’hui à ce sujet le monde savant.

Page 1