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DEUXIEME PARTIE

A la fin du siècle dernier, l’Académie des sciences de Paris, mal satisfaite des explications qui lui étaient soumises et n’en pouvant trouver de meilleures, avait pris le parti de trancher la question en niant purement et simplement la possibilité du phénomène, et en déclarant imposteurs ou hallucinés ceux qui prétendaient avoir vu le toit de leur maison enfoncé par une pierre venue du firmament. Il fallut, pour la faire hésiter dans son incrédulité, qu’un éminent physicien allemand, Chladni, prît la peine de démontrer par des preuves concluantes l'existence réelle des aérolithes, et que le ciel, intervenant dans le débat pour convaincre les saints Thomas de l’Institut national, fit tomber, le 26 avril 1803, près de Laigle, une véritable grêle de météorites.

En présence d’un pareil fait, le scepticisme n’était plus de mise. Les savants français durent suivre l’exemple de leurs confrères étrangers, observer, s’enquérir et faire en sorte d’établir sur les faits dûment recueillis une théorie rationnelle.

Le physicien Chladni, sans avoir jamais touché ni vu d’aérolithe, avait conjecturé, dès 1794, que ces météores avaient, selon toute apparence, même origine que ces corps lumineux qu’on voit la nuit traverser l’espace avec une prodigieuse rapidité, et que tout le monde connaît sous le nom d 'étoiles filantes. Il avait engagé les astronomes de tous les pays à observer en même temps ces « étoiles tombantes » dans la même partie du ciel, à remarquer leur direction, à mesurer leur hauteur et leur vitesse, ne doutant pas que ces données, une fois acquises, ne les conduisissent sûrement à la solution du problème. D’après ces indications, deux jeunes étudiants de l’université de Gœttingue, Brandes et Buzenberg, s’étaient imposé la tâche de passer les nuits « à la belle étoile », afin d’épier sur la voûte du firmament le passage des astéroïdes. Vingt-deux observations faites en 1790 leur donnèrent, pour la hauteur de ces météores, une moyenne de soixante-huit mille mètres, et pour leur vitesse, de vingt-sept mille à quarante mille mètres par seconde. Plus tard, en 1823, Brandes trouva, comme résultat de quatre-vingt-dixhuit observations, un minimum de hauteur de vingt-quatre mille mètres, et un maximum de sept cent quarante mille; quant à la vitesse, elle variait de vingtneuf mille à cinquante -neuf mille mètres par seconde. Des résultats différents ont été obtenus depuis par Wartmann et Quételet, ce qui prouve seulement que la hauteur et la vitesse des étoiles filantes ou bolides sont très variables. Il résulte également d’un grand nombre d’observations que leur direction est en général opposée à celle du mouvement de la terre. Quant à leur grosseur, voici quelquesunes des mesures qui peuvent être considérées comme les plus exactes : le bolide de Weston (Connecticut), observé le 14 décembre 1807, cent soixante-deux mètres de diamètre; le bolide observé par Le Roi, 10 juillet 1771, environ trois cent vingt-cinq mètres; celui du 18 janvier 1873, estimé par sir Charles Blagden à huit cent quarante -cinq mètres.

Si les pluies de pierres et même la chute d’ aérolithes isolés sont des faits assez rares, il n’en est pas de même de l’apparition des bolides ou étoiles filantes. Il suffit en tout temps de regarder le ciel pendant quelques heures, lorsque l’atmosphère est pure, pour voir paraître et disparaître plusieurs de ces brillants météores; et à certaines époques de l’année, notamment du 12 au 14 novembre et

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

vers le 10 août, jour de la Saint-Laurent, ils deviennent extrêmement nombreux, au point de donner quelquefois le spectacle d’un magnifique feu d’artifice.

Puisque des millions de corpuscules célestes voyagent ainsi dans la région occupée par notre système, et s’approchent jusqu’à une distance de quelques myriamètres de la planète que nous habitons, on ne doit point s’étonner que de temps à autre des fragments s’en détachent, et, obéissant à la traction terrestre, viennent s’engloutir dans notre océan ou tomber sur nos continents. Il est aujourd’hui très peu de physiciens et d’astronomes qui doutent de la commune origine des aérolithes ou météorites, et des bolides ou étoiles filantes. Mais cela ne veut point dire qu’il soit aisé de se rendre compte de toutes les circonstances qui accompagnent l’apparition ou la chute de ces météores.

On a vainement essayé, par exemple, d’expliquer leur éclat lumineux. On a cru d’abord qu’ils s’échauffaient jusqu’à la température du rouge blanc en traversant, avec la foudroyante rapidité que l’on sait, les couches supérieures de l’atmosphère; mais les chiffres cités plus haut montrent que, dans la grande majorité des cas, ils se meuvent à une distance assez considérable des limites de notre enveloppe gazeuse. Poisson a bien supposé qu’au delà de ces limites le fluide électrique neutre formait comme une continuation de cette enveloppe, et que c’était en décomposant ce fluide par le frottement que les bolides s’échauffaient et devenaient lumineux; mais c’est là une hypothèse purement gratuite, et sans aucune vraisemblance. Il faut donc, sur ce point, confesser pour le moment notre ignorance. Nous ne savons pas davantage quelle cause amène dans la sphère d’attraction du globe terrestre quelques-uns de ces astéroïdes, lorsque tant d’autres continuent pendant des milliers de siècles leur course à travers l’espace.

Tout porte à croire que cette course est soumise aux mêmes lois que celle ctes grands corps célestes : des planètes, ou peut-être des comètes. Cette dernière assimilation a été soutenue d’une façon très ingénieuse par le baron Reichenbach, et M. W. de Fonvielle l’a développée avec beaucoup d’esprit et d’imagination dans une notice dont j’ai cité plus haut quelques lignes1. Cet écrivain ne serait pas éloigné de voir dans les bolides et les météorites des comètes condensées : ce qui expliquerait, selon lui, la disparition de tel de ces astres errants, dont on attend en vain le retour. « Peut-être, dit-il, la comète de Charles-Quint, qu’attend inutilement un spirituel académicien, est-elle ensevelie au fond de quelque océan, sans que personne ait pu noter sa chute; peut-être son cadavre repose-t-il au fond de quelque collection, tandis que M. Babinet la cherche encore dans l’infini des cieux. »

Cette thèse n’est pas, du reste, aussi paradoxale qu’on pourrait le croire, et l’illustre Humboldt lui-même ne la taxait point d’extravagance. Il se demandait si les molécules dont se composent ces pierres météoriques si compactes n’étaient pas originairement à l’état gazeux, ou simplement disséminées comme dans les comètes, et si elles ne se condensent pas dans le météore au moment même où celui-ci commence à briller à nos yeux. Et en effet, cette condensation, si elle

1 Deuxième année de Y Annuaire scientifique.

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