‹ L'air et le monde aérienChapitre 112 sur 210 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

pouvait être établie, suffirait à expliquer, par le dégagement de la chaleur latente, l’état igné des bolides.

Quoi qu’il en soit, l’origine cosmique des aérolithes est aujourd’hui, je le répète, généralement reconnue. Leur composition chimique et leur contexture ne permettent point de les confondre avec les minéraux terrestres. On les divise en deux classes : les météorites métalliques, essentiellement formés de fer et de nickel, et les météorites pierreux, dont la composition est beaucoup plus complexe. « Au reste, dit Humboldt, toutes ces masses météoriques possèdent un caractère commun, quelles que soient les différences de leur constitution chimique interne: c’est un aspect bien prononcé de fragment, et souvent une forme prismatique ou pyramidale à sommet tronqué, à faces larges et un peu courbes, à angles arrondis. »

« Les aérolithes, dit d’autre part M. de Fonvielle, revêtent en tombant une espèce de livrée. Généralement cette enveloppe se montre teinte en noir par de l’oxyde de fer; quelquefois le silicate vitrifié est d’un blanc marbré par quelques taches brunes... D’autres fois la surface est couverte d’une couche de matière noirâtre qui tache les doigts...; mais dans tous les cas l’extérieur est invariablement recouvert par une matière que faction d’une chaleur violente a vitrifiée. »

Quant aux circonstances qui accompagnent la chute des aérolithes, elles sont, il faut l’avouer, fort extraordinaires, et bien faites pour frapper vivement l’imagination. Presque toujours la chute des fragments est précédée de l’apparition d’un globe en ignition qui, après avoir parcouru obliquement ou horizontalement un certain espace , éclate avec un fracas semblable à celui du tonnerre. Comme d’ailleurs le phénomène est tout à fait indépendant de l’état de l’atmosphère, et se produit aussi bien par le beau que par le mauvais temps, on ne doit pas s’étonner de voir les anciens auteurs signaler comme des prodiges de prétendus coups de foudre éclatant dans un ciel serein. Pour eux, tout météore se manifestant par une vive lumière et une explosion violente était une foudre. De nos jours encore le vulgaire confond, sous le nom de pierres de foudre, les pierres météoriques et les fulgurites, matières terreuses que la foudre proprement dite a fondues et vitrifiées , et qu’on prend pour des projectiles lancés par le tonnerre.

« Ces phénomènes , dit Humboldt, se présentent aussi sous un tout autre aspect : d’abord un petit nuage très obscur apparaît subitement dans un ciel serein; puis, au milieu d’explosions qui ressemblent au bruit du canon, les masses météoriques sont précipitées sur le sol. On a vu quelquefois ces nuages parcourir des contrées entières, et en joncher la surface de milliers de fragments très inégaux, et de nature identique. » C’est ce qui eut lieu à Laigle en 1803, comme on l’a vu plus haut.

Remarquons en terminant qu’il s’en faut de beaucoup que les explosions de ce genre soient toujours suivies de la chute d’aérolithes. Souvent, à ce qu’il semble, la matière du bolide est réduite en poussière impalpable; elle ne se montre que sous la forme d’un nuage qui se dissipe , et dont les éléments vont tomber on ne sait où. M. de Fonvielle en cite un exemple très curieux. « Il y a quelques années, dit- il, un météore éclata, près de Vienne en Autriche, au-dessus d’un camp où

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

se trouvaient réunis près de quarante mille hommes. Chaque soldat entendit le fracas épouvantable que fit l’aérolithe en approchant du sol ; chacun vit la traînée lumineuse qu’il laissa derrière lui; des milliers de curieux se répandirent immédiatement dans les champs. Vains efforts : on ne put retrouver la trace du globe qui avait annoncé sa présence par de si bruyantes détonations. »

11 y a quelques années, un fait anologue s’est produit dans le midi de la France. Un témoin oculaire, M. Garrigues, en a adressé de Montauban aux journaux de Paris la relation suivante : « Le 14 mai, à huit heures du soir, une étoile filante, dont la direction était contraire à la marche du soleil , a été observée ici , ainsi qu’à Moissac, Cahors, Villefranche-du-Rouergue et autres lieux circonvoisins. Semblable d’abord à une fusée qui laisse une trace de feu, elle a grossi rapidement, a éclaté et nous a présenté une masse lumineuse qui a répandu le plus. vif éclat. Une minute après son passage, ce qui doit faire supposer qu’elle était à une distance de terre de vingt kilomètres au plus, un bruit semblable à celui du tonnerre dans le lointain s’est fait entendre pendant quinze à vingt secondes. Peu après des vapeurs épaisses et blanchâtres, qui occupaient encore la partie du ciel où venait de s’accomplir le phénomène, ont disparu insensiblement, et ne nous ont laissé que le souvenir de cette apparition. »

Les explosions météoriques non suivies de la chute de fragments ne pourraientelles pas expliquer les pluies de cendres dont quelques auteurs ont fait mention? Il faut bien, en effet, que la poussière des aérolithes, si elle ne se précipite pas immédiatement, aille tomber quelque part après un temps plus ou moins long. On ne doit pas oublier non plus que les explosions dont il s’agit, lorsqu’elles ont lieu pendant le jour et à une très grande hauteur, peuvent n’être ni vues ni entendues, et se manifester uniquement par une averse de poussière. C’est ainsi qu’un navire américain, le John Bâtes , fut, il y a peu d’années, couvert en pleine mer d’une pluie de poussière ferrugineuse, dont une petite quantité, examinée par le baron Reichenbach, s’est trouvée être d’une structure identique à celle des grands aérolithes.

Il est permis aussi d’attribuer aux pluies de cendres une origine volcanique, puisqu’on sait que tous les corps très divisés peuvent être transportés par le vent à de très grandes distances. Tous les météorologistes connaissent sous le nom de brouillard sec un phénomène qui, d’après Kaemtz, n’est pas extrêmement rare dans l’Allemagne méridionale, et est surtout commun dans l’Allemagne septentrionale et en Hollande. Les plus célèbres sont ceux de 1783 et de 1834. Le premier parcourut du nord au sud l’Europe entière, s’étendit jusq’uen Syrie. En certains endroits, il fut tellement épais qu’il laissait à peine distinguer les objets, en pleine campagne, à cinq kilomètres de distance, et leur donnait une teinte gris bleuâtre. Le soleil était rouge, sans éclat; on pouvait le regarder en plein midi.

« Le brouillard sec si épais de 1834, dit Kaemtz, venait en partie de la combustion des tourbières et des incendies qui ont signalé cette année. Pendant qu’on l’observait à la fin de mai dans le HaVz et aux environs de Râle , il y avait des incendies dans les tourbières. Ainsi, en particulier, la tourbière de Duchau, en

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