LES PROPHÈTES DU TEMPS
Notre étude des phénomènes de l’air serait incomplète si nous ne consacrions pas, en terminant, quelques pages au problème, tant de fois abandonné et repris, de la prédiction du temps.
Ce genre de prédiction est très populaire en France. Outre qu’il flatte le goût de la foule pour toute espèce de divination, il a sur les prophéties vulgaires des sorciers, des cartomanciens, des chiromanciens, des magnétiseurs et des spirites, une double et incontestable supériorité. En premier lieu, il s’applique à un ordre de faits dont la connaissance anticipée serait, pour l’agriculture et la navigation, c’est-à-dire pour la civilisation et l’humanité, un immense bienfait. En second lieu, il n’a rien en soi qui répugne au bon sens, car on conçoit très bien qu’il pourrait être rationnellement établi sur l’observation et le calcul; et telles sont, en effet, les bases qu’on prétend lui donner. Reste à savoir jusqu’à quel point cette prétention est fondée dans l’état actuel des choses.
Sans aucun doute, la recherche des causes qui engendrent les phénomènes météorologiques, des lois qui les régissent et des signes qui les précèdent, est légitime, et il n’entre dans la pensée de personne qu’elle doive être reléguée, comme celle de la quadrature du cercle et du mouvement perpétuel, au rang des problèmes insolubles. Aussi n’est -ce pas cette recherche elle-même que les maîtres de la science refusent d’encourager: c’est la marche qu’on y a suivie, ce sont les procédés qu’on y a mis en œuvre jusqu’ici. Ce qu’ils reprochent aux modernes prophètes du temps , ce n’est pas de poursuivre un but chimérique , c’est de s’engager dans une voie mauvaise, de partir de principes erronés ou de données insuffisantes; de prendre des coïncidences fortuites pour des rapports constants; de rattacher à des causes simples et invariables des phénomènes essentiellement complexes et variables; de vouloir enfin appliquer à la prévision de ces phénomènes une méthode qui ne convient qu’aux phénomènes réguliers et périodiques.
Certes, les médecins connaissent l’organisme humain beaucoup mieux que les