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DEUXIÈME PARTIE

La cause d’une tempête est un accroissement ou une diminution de la pression barométrique. Ainsi, lorsqu’une dépression barométrique s’avance, on pourrait prédire sûrement les parties des côtes qui ont le plus de chance de subir la tempête et la direction qu’elle suivra, si l’on connaissait la forme et la grandeur des pentes dans chaque direction, le sens et la rapidité des progressions, enfin l’accroissement ou la diminution d’intensité de la perturbation. Malheureusement, de toutes ces circonstances, il y en a à peine une qui soit bien connue avant l’arrivée delà tempête. D’où il suit que la réalisation des prévisions envoyées anx côtes ouest et nord de l’Angleterre, lesquelles sont les plus exposées, seront toujours plus ou moins incertaines.

Le résultat pratique général désormais acquis, d’après toutes les observations faites dans la Grande-Bretagne, c’est que, pour les années 1870-1871, sur cent tempêtes observées, quarante-six avaient été prédites par le service météorologique, et que vingt avertissements de tempêtes ont été justifiés par des ouragans ou des vents violents; ce qui fait soixante-six pour cent prédictions vérifiées par les événements.

Matthieu, ses émules et ses successeurs ont, en somme, il faut le reconnaître, rendu à la météorologie pratique un véritable service : ils ont obligé les savants français, qui la dédaignaient beaucoup trop, à s’en occuper; ils les ont contraints à opposer aux prophéties utopiques à longue échéance les prévisions rationnelles à courte échéance, à entrer enfin dans la voie féconde où le commandant Maury et l’amiral Fitz-Boy les avaient précédés. On a vu au chapitre des Tempête s quels services ont déjà rendus les stations météorologiques et le réseau de communications télégraphiques installés en France grâce à l’initiative de le Verrier, et l’on a pu se convaincre que, encore une fois, il ne s’agit plus ici, en réalité, de prévoir les tempêtes, mais simplement de les voir venir, ce qui est bien différent.

Il faut remarquer aussi que, beaucoup plus modestes que les émules de Matthieu Lænsberg, feu l’amiral Fitz-Roy et son savant confrère de Paris, M. Marié-Davy, ont en la sagesse de n’admettre leurs avis que sous forme dubitative. Les signaux transmis par les ports avertissent les marins de prendre garde, en leur faisant connaître les perturbations qui semblent devoir survenir dans un délai de deux à trois jours. Ainsi, une ascension notable du baromètre se produit-elle à la fois sur une grande étendue, tandis qu’en deçà ou au delà on observe, sur une étendue parallèle, une forte dépression : on reconnaît là ces grandes ondulations, ces immenses vagues atmosphériques' qui précèdent une tempête, et l’on hisse dans les ports les signaux d’alarme. L’amiral Fitz-Roy avait rédigé en outre, sous le titre de Manual barometer, une sorte de catéchisme météorologique où sont indiqués avec une grande simplicité les principaux pronostics du temps. Ce remarquable document a été traduit en français, et il est devenu, dès son apparition, le vade mecum de nos marins.

Les mouvements de la colonne barométrique combinés avec les indications du thermomètre et de l’hygromètre, la direction et l’intensité du vent, l’aspect du ciel et l’état sensible de l’atmosphère : tels sont, dans la situation actuelle de la science , les seuls signes sur lesquels on puisse établir rationnellement la prévision

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

immédiate et toujours approximative, ne l’oublions pas, de la pluie ou de la sécheresse, du calme ou de l’agitation de l’air.

Quant à la science vaste et profonde qui doit permettre de calculer plusieurs mois, plusieurs années à l’avance les perturbations atmosphériques comme on calcule les éclipses de soleil ou de lune, les occultations des planètes ou même le retour des comètes, cette science ne saurait être l’œuvre d’un homme ni l’œuvre d’un jour; et ceux qui, enivrés par les applaudissements d’une foule ignorante, montent sur le trépied sibyllin pour jeter au vent leurs oracles soi-disant infaillibles, préparent à eux-mêmes et à ceux qui ont la naïveté de les croire de cruels mécomptes.

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