TROISIEME PARTIE
macrodonte cervicorne et le lucane cerf-volant, sont des armes offensives redoutables.
Chez les insectes suceurs ou haustellés (du latin haustellum, petite pompe) , les appendices buccaux ont subi des modifications qui les rendent méconnaissables. Les mâchoires se sont prolongées de manière à constituer une sorte de trompe tubulaire, garnie souvent à l’intérieur de filaments aigus qui remplissent l’office de
lancettes; les autres pièces de la bouche, au contraire, se sont atrophiées, et n’existent plus qu’à l’état rudimentaire. Comme type des insectes suceurs on peut citer les papillons, dont la trompe très longue s’enroule à l’état de repos, et se déroule lorsque l’animal veut pomper le suc des fleurs. Les hyménoptères sont pourvus d’une trompe comme les haustellés ; mais leur labre et leurs mandibules sont les mêmes que chez les broyeurs, et leur servent soit à tuer les petits animaux dont ils sucent ensuite les humeurs, soit à diviser et à préparer les matériaux dont ils construisent leur nid. La plupart des insectes paraissent capables de sentir la saveur des corps; on croit que l’intérieur de leur bouche est tapissé d’une membrane gustative.
Le tube intestinal des insectes s’étend dans toute la longueur du corps, et présente une structure assez compliquée. Tantôt il est droit, tantôt il forme des replis
Macrodonte cervicorne (2/3 de grand, nat.).
LE MONDE AERIEN
plus ou moins nombreux. Dans tous les cas, on y remarque des renflements et des rétrécissements successifs, que les entomologistes ont reconnus être des organes distincts, dont chacun a sa fonction spéciale.
C’est ainsi qu’on accorde aux insectes un pharynx ou arrière-bouche, un œsophage, trois estomacs, un gros intestin, etc., et jusqu’à des glandes salivaires! On trouve en outre, à la partie inférieure de l’abdomen de certains insectes, d’autres organes sécréteurs, qui distillent une liqueur âcre et fétide. L’insecte lance au dehors cette liqueur ou l’introduit dans les piqûres qu’il fait avec son aiguillon, pour blesser ou tuer un ennemi ou une proie. « Les sécrétions des insectes sont très variées, disent P. Gervais et Yan Beneden. Certaines odeurs répandues par ces animaux sont dues à des follicules arrondis situés sous l’enveloppe cutanée. Les glandes anales de différents carabes donnent une liqueur explosive; d’autres glandes sont phosphorescentes, comme celles des élaters et des lampyres ou vers luisants. La cire des abeilles est fournie par des cryptes placés sous leurs articles abdominaux ; celle des pucerons et des cochenilles transsude de toute la surface de leur corps 1 . »
Le docteur Chenu, dans sa grande Encyclopédie d’ histoire naturelle, donne de très curieux détails sur la liqueur explosive des carabes du genre brachin. Ce genre compte plus de cent espèces, les unes petites, les autres d’assez grande taille. Les brachins vivent sous les pierres en sociétés parfois très nombreuses. « Ils ont, dit Chenu, la singulière propriété de lancer par l’anus, lorsqu’ils sont inquiétés, une vapeur blanchâtre, avec détonation, et qui laisse après elle une odeur forte et pénétrante, analogue à celle de l’acide nitrique. D’après l’expérience qu’on en a faite, cette liqueur est, en effet, très caustique, rougit le bleu de tournesol, et produit sur la peau la sensation d’une brûlure... » D’après M. Léon Dufour, le brachinus diplosor peut produire consécutivement jusqu’à douze décharges avec détonation.
L’appareil respiratoire des insectes diffère entièrement de celui des animaux vertébrés. Il est infiniment plus simple, et consiste en un système de tubes déliés appelés trachées, danslesquels l’air pénètre par des orifices nommés stigmates et disposés de chaque côté de l’abdomen. On aperçoit dans certaines familles, notamment chez les orthoptères, des mouvements respiratoires; on voit l’abdomen se dilater et se contracter alternativement comme la poitrine des animaux supérieurs. « Les espèces qui volent le mieux, disent P. Gervais et Van Beneden, sont celles dont la respiration montre le plus d’activité, et l’on voit certains de ces animaux se gonfler d’air au moment où ils vont prendre leur essor. »
Le sang des insectes est en général incolore ; quelquefois cependant il est verdâtre ; il est rouge dans les larves des chiroyiomes. On a soutenu que ce sang ne circulait point. Cuvier croyait que les trachées, pénétrant dans toutes les parties du corps, suffisaient à le vivifier sur place. Cependant Swammerdam, Malpighi et d’autres anatomistes du xvne siècle s’étaient déjà fait une idée suffisamment exacte de la circulation du sang dans le corps des insectes ; et depuis Cuvier, plusieurs
1 Zoologie médicale , t. I, p. 295.