‹ L'air et le monde aérienChapitre 137 sur 210 · LES DEMOISELLES. — LES CIGALES. — LES DÉVORANTS · texte numérisé non relu

LES DEMOISELLES. — LES CIGALES. — LES DÉVORANTS

On a, par corruption et par antiphrase, appelé fourmi-lion ou formica-leo un insecte qui, loin d’être un cousin des fourmis, est, au contraire, un de leurs plus dangereux ennemis. Son vrai nom est lion des fourmis; encore ce nom ne s’applique-t-il justement qu’à sa larve, et non à l’insecte parfait. La larve est une petite bête à tête large, munie de mandibules crochues pour transpercer sa proie, et d’une trompe à piston pour lui sucer les entrailles. Son abdomen est volumineux. De cet abdomen, ainsi que de sa tête et de ses pattes, elle travaille adroitement à creuser dans le sable une fosse en forme d’entonnoir, au fond de laquelle elle se tapit pour épier les fourmis et autres petits insectes marcheurs. Si quelqu’un de ceux-ci a le malheur de mettre les pattes sur le bord intérieur de l’entonnoir, il glisse sur la pente, le fourmi-lion lui jette du sable pour accélérer sa chute, et parvient presque toujours à s’en emparer. Qui croirait que cette larve trapue, féroce et insidieuse se change, au sortir de sa chrysalide, en une demoiselle aux formes délicates, aux longues ailes diaphanes? On sait que le nom scientifique des demoiselles est libellules ( ordre des névroptères ) . Qui n’a regardé avec plaisir ces filles de l’air voltigeant au bord des étangs et des rivières parmi les roseaux, et faisant étinceler coquettement aux rayons du soleil leurs ailes irisées? Les entomologistes , — ces messieurs ont parfois des idées gaies, — se sont amusés à donner à ces élégants insectes des noms de demoiselles. Ils ont appelé Eléonore la libellule déprimée ( libellula depressa de Linné), commune dans toute l’Europe; Julie, la grande libellulle des environ de Paris ( L . grandis ); Louise, Yagrion vierge ( L . virgo ), dont le corps est d’un beau vert luisant, et les ailes d’un bleu azuré; Amélie, la jouvencelle (L. puella ), aux ailes transparentes et incolores.

A la famille des libellules appartiennent les éphémères et les hémérobies , dont la vie aérienne ne dure que quelques heures, quelques jours tout au plus.

Eloignons-nous, bien qu’à regret, des rivages fleuris où s’ébattent joyeusement ces frêles créatures. Regagnons les champs et les bois, où nous allons trouver

LE MONDE AERIEN

d’autres insectes beaucoup moins jolis, mais plus curieux à étudier. C’est d’abord la massive cigale, qui nous poursuit de son chant aigre et monotone. Chant n’est pas le mot propre; n’en déplaise à la Fontaine, la cigale ne chante pas : elle joue de la musette. Mais son instrument, comme la clarinette d’un célèbre musicien de vaudeville, ne donne qu’une seule note. Cet instrument, avec lequel la cigale mâle donne des sérénades à sa fiancée, a été analysé avec soin par Réaumur. Il

1 Éphémère commune ( grand, nat.). 2 Libellule déprimée ( grand, nat.). 3 Agrion vierge ( grand, nat.).

est formé de lames écailleuses qui vibrent sous l’impulsion de muscles puissants placés à la partie inférieure de l’abdomen. Malgré la grosseur de leurs corps, les cigales volent bien; leurs élytres et leurs ailes sont grandes et transparentes; les premières dépassent de beaucoup l’abdomen lorsqu’elles sont repliées. Ces insectes vivent sur différents arbres. En général, chaque espèce a son arbre de prédilection, où elle perche habituellement, et dont elle suce la sève. La femelle porte à l’extrémité de l’abdomen une tarière qui lui sert à percer le bois pour introduire ses œufs dans la partie médullaire qui doit servir de nourriture aux larves.

Les espèces les plus remarquables sont la grande cigale plébéienne de France, la cigale sanglante, la cigale-hibou , la cigale vielleuse , etc.

J’ai parlé plus haut des fulgores, ces singulières cigales de la Chine et de l’Amé-

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