TROISIÈME PARTIE
rique. Le mâle de ces espèces n’a point d’instrument de musique. Il y supplée en allumant la nuit sa lanterne , ou sa chandelle , qui le fait apercevoir et reconnaître de loin par sa compagne.
L’animal que vous voyez page suivante vous paraîtra, au premier abord, ressembler beaucoup à la cigale. Ne vous y trompez pas, la dilïéren ceentre les deux est grande : différence de structure et d’organisation, différence de mœurs et de régime. L’une, la cigale, est un hémiptère; l’autre, la blatte, fait partie d’un ordre qui renferme plusieurs espèces particulièrement dignes d’arrêter notre atten-
Cigale-hibou (% de grand, nat.).
tion : l’ordre des orthoptères. Les insectes qui le composent sont, en général, médiocrement conformés pour le vol ; ce sont surtout des marcheurs et des sauteurs. Un certain nombre cultivent la musique avec non moins de succès que les cigales. Il suffit de citer le grillon, que tout le monde connaît. Enfin la grande majorité des orthoptères se distingue par un appétit vorace qui rend très nuisibles les espèces herbivores, frugivores et omnivores. Quant aux espèces carnassières, il n’en faut pas médire. Chez les insectes comme chez les quadrupèdes, les carnassiers mangent les herbivores; et ici, pour l’homme c’est tout bénéfice.
Les blattes, malheureusement, sont omnivores. On fait dériver leur nom du verbe grec pAarnwi), je nuis; et, il faut le dire, elles ne justifient que trop cette étymologie. Elles sont parmi les insectes ce que sont les rats parmi les mammifères: un fléau des habitations humaines, mais un fléau cent fois plus à craindre que les rats. Contre ceux-ci nous avons les chats, les chiens, les pièges, le poison; confie les blattes, nous n’avons aucune arme; d’auxiliaires, pas davantage, si ce n est peut-être la chouette tant calomniée. A ces ravageurs nocturnes, les seul ennemis à opposer, ce sont ces oiseaux nocturnes , si grands mangeurs d insectes , et si
LE MONDE AERIEN
habiles' à les saisir. Les blattes se rapprochent des rats par leurs appétits, leur parasitisme, leur désolante fécondité, par leur odeur même. Elles vivent dans les maisons, et de préférence élisent domicile dans la cuisine. Leur goût prononcé pour la farine les attire en grand nombre dans les boulangeries.
Toutes, heureusement, ne sont pas de la taille de la blatte gigantesque, que le dessin de M. Freeman montre réduite à la moitié de sa grandeur vraie. Cette espèce est propre au Brésil et à la Guyane. Celle qui est commune en Europe, et qu’on appelle vulgairement, en France, panetière ou cafard, est la blatte orien-
Blatte gigantesque ('/a de grand, nat.).
taie. On la croit originaire de l’Asie. Les espèces qui habitent les colonies sont connues des créoles et des marins sous le nom de kakerlacs ou cancrelas. Les navires en sont infestés. Elles y pullulent d’une manière effrayante, dévorent les marchandises, les provisions, les vêtements des marins et des passagers, et se répandent en grand nombre dans nos villes maritimes.
Les mantes , les phasmes et les spectres, voisins des blattes dans la série qui nous occupe, sont remarquables principalement par leur grande taille et par la bizarrerie de leurs formes et de leurs couleurs. Nous n’avons point à nous en plaindre, au contraire : leurs appétits carnassiers doivent leur mériter notre bienveillance. C’est contre nos ennemis qu’ils exercent leurs tranchantes et fortes mâchoires, leurs pattes antérieures démesurément longues et armées d’aspérités aiguës.
Leur corselet allongé, leur tête aux yeux saillants, leur abdomen étalé, les appendices écailleux qui garnissent leur corps et leurs membres, leurs ailes et leurs élytres vertes ou jaunâtres, imitent à s’y méprendre, dans quelques espèces, les feuilles desséchées de différents arbres : tout cela leur compose une tournure