TROISIÈME PARTIE
étrange qui, jointe à la singularité de leurs mouvements, a fait naître sur le compte de ces orthoptères bien des préjugés.
Les mantes (du grec [xdvT iç, devin) passent, dans certaines contrées, pour posséder les facultés les plus merveilleuses. La mante prie-Dieu ou mante religieuse est presque un animal sacré aux yeux des paysans languedociens, qui l’appellent prega-Diou, et croient tout de bon qu’elle fait ses dévotions. Le fait est qu’on la voit presque constamment dans une attitude qui imite assez bien celle de la prière. Elle redresse sa tête et son long thorax, joint sous son menton les articulations de
Mante prie-Dieu ou religieuse (grand, nat.).
ses deux grandes pattes antérieures, et demeure ainsi comme en contemplation durant des heures entières. En réalité, son unique préoccupation est de guetter sa proie, qu’elle saisit très adroitement entre sa jambe et sa cuisse, et qu’elle dévore à belles dents : je veux dire à belles mandibules. La voracité des femelles est telle, qu’à défaut d’autres proies suffisantes elles ne se font aucun scrupule de dévorer leurs maris.
La mante, ou emprise gongylode, qui habite l’Afrique, est encore plus difforme que la mante européenne. Son front est armé d’une sorte de corne; son corselet est dilaté au sommet; les articulations de ses cuisses s’épanouissent en forme de manchettes, et ses ailes plissées dépassent ses élytres comme le volant d’un mantelet.
Les phasmes et les spectres diffèrent des mantes par leur corps très allongé, partout de môme diamètre, droit et raide comme un bâton, et par leurs ailes développées, ayant la forme et l’aspect des feuilles sèches, sur lesquelles ils vivent. Le plus extraordinaire sous ce rapport est celui qu’on nomme phgllie feuille sèche, ou feuille ambulante , et qui habite les Indes orientales. Ses élytres ressem-
LE MONDE AERIEN
blent à des feuilles qui n’auraient plus que leurs nervures et leur épiderme, et ses cuisses à des pétioles dilatés de feuille d’oranger. Le mâle est plus long et plus étroit que la femelle; ses élytres sont courtes, et ses ailes ne dépassent pas son abdomen.
C’est aussi dans l’Inde qu’on trouve le phasme géant, dont le corps est long de vingt à vingt -cinq centimètres, de couleur verte, tuberculé sur le corselet. Les
Mante gongylode (2/3 de grand, nat.).
pattes de cet insecte sont épineuses, ses élytres très courtes, scs ailes d’un gris roussâtre, avec des nervures brunes.
Aux Antilles, on connaît une autre espèce de phasme, le phasme-bciton , qui n’a point d’ailes, et qu’on prendrait pour une branche de bois mort.
Les pseudophylles , qui établissent la transition entre les orthoptères marcheurs et les sauteurs ou locustiens ( locusta , sauterelle), partagent avec les mantes, les phasmes et les spectres, la faculté de se dissimuler sous une apparence végétale. Telle espèce de ce genre reproduit avec une surprenante exactitude la feuille de l’olivier; telle autre, celle du nérium; telle autre, celle du laurier-rose. Ces ressemblances sont évidemment, pour les pseudophylles, ainsi que pour les mantes, les phasmes et les spectres, un moyen d’échapper à leurs ennemis, les oiseaux insectivores, qui ne peuvent les distinguer des feuilles et des branches de l’arbre qu’ils habitent.