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TROISIEME PARTIE

criquet-pèlerin ( acridium peregrinum) , l’Attila, le fléau des moissons et des vergers, le prince des dévorants. On rencontre des criquets aux environs de Paris, mais ils sont de petite taille. Ils ont les ailes transparentes et de couleur jaune verdâtre, les élytres brun clair tacheté de noir, le corps vert ou brun, le corselet surmonté d’une crête, les mandibules noires.

Dans l’Europe orientale, leur patrie, les criquets atteignent une longueur de sept

Phyllie feuille -sèche (% de grand, nat.).

à huit centimètres. Leur fécondité est prodigieuse. Ils se réunissent, pour émigrer, en troupes innombrables, véritables nuages, assez étendus et assez épais pour obscurcir la lumière du soleil, et se dirigent toujours de l’est à l’ouest. Leurs étapes sont de quarante kilomètres par jour. Ils s’annoncent de loin par un bruissement sourd. Malheur au pays qu’ils choisissent pour s’y reposer et s’y restaurer! En quelques heures les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, de leurs fleurs, de leurs fruits, de leur écorce même; les champs sont rasés comme si la flamme y avait passé; tout a disparu sous l’insatiable avidité de ces ravageurs. Lorsqu’ils reprennent leur vol, la plus fertile contrée est changée en un lieu aride. Souvent les criquets meurent tous à la fois au milieu de leur voyage. Alors la décomposition de leurs cadavres amoncelés infecte l’air, et les horreurs de la peste s’ajoutent à celles de la famine.

L’Egypte, l’Arabie, la Syrie, la Hongrie, la Pologne, la Russie, la Suède, sont souvent dévastées par ces insectes. En France, ils apparaissent rarement. Leur dernière grande invasion remonte à l’année 1715. Plus de quinze mille arpents de blé furent alors ravagés aux environs d’Arles et de Marseille.

Heureusement les criquets sont exposés à de nombreuses causes de destruction. Ils supportent mal les intempéries de l’air. Les renards, les lézards et surtout les oiseaux en font une énorme consommation. Enfin, dans une grande partie de l’Asie et de l’Afrique, et même dans le midi de l’Europe, l’homme trouve moyen de se défendre contre ce fléau , et même d’en tirer parti : il le mange. Certains peuples

Sauterelle de passage ou criquet-pèlerin (grand, nat.).

recherchent les sauterelles comme un mets très délicat, et cet aliment, que nos préjugés nous font trouver au moins singulier, est l’objet d’un commerce important.

« La sauterelle, dit un savant naturaliste1, est la manne de l’Asie. Qui ne sait que les prophètes, dans les grottes du Carmel, ne vivaient pas d’autre chose? Les prophètes de l’islamisme suivaient le même régime. On disait un jour à Omar : « Que pensez-vous des sauterelles? — Que j’en voudrais un plein panier. » l’n jour elles lui manquèrent. A grand’peine un serviteur lui en trouva une; et reconnaissant, charmé, il s’écria : « Dieu est grand! »

« Aujourd’hui encore on vend des sauterelles dans tout l’Orient, et on les mange au café comme dessert et friandise. On en charge des vaisseaux ; on en trafique à pleins tonneaux. »

1 Pouchet (de Rouen), Leçon sur les Insectes alimentaires, citée par Michelet dans son livre de l’Insecte.

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