‹ L'air et le monde aérienChapitre 151 sur 210 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

espèces de nocturnes, elles retombent le long du corps. Les antennes des crépusculaires sont allongées en forme de massue ou de fuseau. Celles des nocturnes sont sétacées, ou vont en diminuant de la base à la pointe; elles sont souvent barbelées comme des plumes, ou comme des feuilles de fougère.

Linné, qui, plus qu’aucun naturaliste, sut allier le culte des lettres à celui de la science, le sentiment du beau à l’amour du vrai, avait introduit jusque dans la classification et dans la nomenclature des animaux et des plantes cette simplicité grandiose et poétique qui n’appartient qu’au vrai génie. Là comme partout il avait

Cydimon leïle ( % de grand, nat.).

mis la lumière et la couleur; il avait su rattacher les types entre eux par leurs caractères les plus saisissants, et leur avait donné des noms aisés à comprendre et à retenir, parce qu’ils faisaient, pour ainsi dire, image dans l’esprit.1 « Le grand naturaliste, dit Emm. Le Maout, a répandu sur la nomenclature des papillons les trésors de la mythologie, et en combinant, par un artifice plein de charme, les beautés naturelles de la création avec les beautés poétiques qu’enfanta l’imagination des hommes, il a su les mnémoniser les unes par les autres. »

Ses papillons (les diurnes des entomologistes modernes) sont divisés en cinq phalanges. Ce sont les chevaliers , les plébéiens, les héliconiens , les dana'ides et les nymphales. Les chevaliers comprennent les troyens e t les grecs; et l’on retrouve dans les deux camps les noms immortalisés par Homère et par Virgile : d’une part, Hector et son fils Astyanax, Priam et la malheureuse Hécube, la belle et perfide Hélène et le lâche Paris; d’autre part, Achille, semblable aux dieux, et son fidèle ami Patrocle; les deux Atrides, Agamemnon et Ménélas; le sage Nestor, le prudent Ulysse, l’ingénieux Palamède, le bouillant Ajax.

Les plébéiens se subdivisent en campagnards et en citadins ; ils sont plus petits et de couleurs moins riches que les chevaliers.

Les héliconiens ont les ailes arrondies, très entières, diaphanes, presque sans écailles.

Les danaïdes sont les papillons qui butinent sur les fleurs des crucifères. Leurs ailes sont entières, blanches ou bigarrées.

Enfin les nymphales ont les ailes dentelées, quelquefois ornées de figures d’yeux; celles qui sont dépourvues de cette décoration sont dites aveugles. Ici comme dans les groupes précédents, tous les noms d’espèces sont empruntés à la mythologie.

Sous prétexte de compléter et de corriger la nomenclature et la classification linnéennes, les entomologistes de nos jours n’ont fait que l’embrouiller, la surcharger d’une multitude innombrable de termes barbares, où ils ont eu soin de faire entrer leurs propres noms étrangement latinisés. Au lieu « d’injurier les plantes en grec1 », comme font les botanistes, ils injurient les papillons en latin... et quel latin!...

On n’attend pas de moi que je passe en revue les quatre à cinq cents espèces de

1 Mot de M. Alphonse Karr.

Page 1