TROISIEME PARTIE
ments de nos campagnes. J’en cite deux seulement : le vanesse gamma est ainsi appelé du nom du caractère grec qui correspond à notre G, parce qu’on voit cette lettre très nettement dessinée en blanc sur l’envers de l’aile inférieure. Ce papillon est de couleur fauve, avec des taches et des bandes noires qui suivent le contour des ailes.
Le vanesse paon de jour est un des plus jolis papillons de nos climats. Le dessus des ailes supérieures est d’un fauve rougeâtre très vif, traversé par un fdet noir. Chacune de ses quatre ailes est marquée d’un œil dont le centre est rougeâtre,
Achéro'.itie atropos ou Sphynx tête-de-mort (2/3 de grand, nat.).
bordé d’un cercle jaune qu’entoure un filet noir. Ce sont ces yeux qui, joints à ses habitudes diurnes, lui ont fait donner le nom de paon de jour, par opposition au paon de nuit, également commun en France.
Je ne dirai que quelques mots des papillons crépusculaires, beaucoup moins riches en espèces que les diurnes. On divise actuellement cette section en quatre familles, dont la mieux caractérisée, et celle qui renferme les plus belles espèces, est assurément celle des sphingiens , ou, si l’on aime mieux, des sphinx. Ces papillons ont le corps gros, les antennes toujours terminées par un petit flocon d’écailles. Ils sont remarquables par la puissance de leurs ailes et de leur vol. On les voit planer longtemps en bourdonnant au-dessus des fleurs, puis pomper, à l’aide de leur longue trompe, le suc des nectaires, sans être, le plus souvent, obligés de se poser. Leurs chenilles ont en général le corps épais, et sont armées d’une corne dorsale à leur extrémité postérieure. Elles vivent de feuilles et se métamorphosent, pour la plupart, dans la terre, sans filer de coque.
La plus belle et la plus curieuse espèce de cette famille est le sphinx tête-demort ou achérontie atropos , qui justifie assez bien ces noms lugubres par son
aspect général , et surtout par le dessin bizarre tracé sur son corselet. Ses ailes supérieures sont variées de brun foncé , de brun-jaune et de jaunâtre clair ; les inférieures sont jaunes avec deux bandes brunes. L’abdomen est aussi jaunâtre, avec des anneaux noirs. Les taches de son thorax, qui imitent assez bien une tête de mort, et le bruit aigre qu’il fait entendre, ont rendu ce papillon un objet de terreur superstitieuse dans nos campagnes, et surtout en Bretagne. Sa chenille vit sur la pomme de terre, le troène, le jasmin, etc. C’est la plus grande qui existe en Europe. Le papillon lui-même atteint une longueur de cinq à six centimètres, et une envergure de dix à douze. Le cri du sphinx atropos a fort intrigué les entomologistes. L’un d’eux, M. Passerini, a cru pouvoir avancer que l’appareil à l’aide duquel ce papillon le produit serait dans la tête. Cette assertion, appuyée par Duponchel, donnerait, si elle était définitivement confirmée, l’exemple peut-être unique d’une sorte d’organe vocal chez un animal articulé.