LES FAISEURS DE SOIE
Dans nno des nomenclatures très savantes qu’on a substituées à celles de Linné et de Latreille, les papillons nocturnes sont réunis avec les crépusculaires en une même famille : celle des chaloniptères (^a Xivôç, en grec, signifie frein). M. Blanchard, auteur de cette dénomination, a donc voulu donner à entendre que les lépidoptères compris dans la nouvelle division ont les ailes bridées par une sorte de cordon, qui les force à se replier quand l’animal ne vole pas. Le seul caractère anatomique qui sépare les nocturnes des crépusculaires réside dans la forme de leurs antennes. Ils ont, du reste, un aspect, un faciès à peu près semblable, les mêmes formes épaisses, les ailes supérieures allongées, les inférieures courtes et arrondies. Leurs couleurs sont beaucoup moins vives que celles des diurnes. Plusieurs espèces sont à peu près incolores ; mais il en est qui offrent à l’œil des teintes très agréables et des dessins d’une extrême délicatesse, bien que les nuances soient peu tranchées et que le ton général soit toujours sombre. Sous ce rapport, on observe ici la loi de coloration qui semble s’appliquer à tous les nocturnes, aux oiseaux aussi bien qu’aux papillons, et qui établit une ressemblance assez remarquable entre les uns et les autres. C’est sans doute cette ressemblance qui a fait donner à l’un des plus grands, et peut-être au plus beau papillon nocturne que l’on connaisse, le nom d 'érèbe strix [strix, en latin, hibou, chouette). Ce magnifique lépidoptère a près de vingt centimètres d’envergure; ses ailes sont grises, traversées de lignes noires ondulées. Il habite la Guyane. Le genre saturnie, dont il fait partie, est celui qui renferme les plus grandes espèces de la section des nocturnes. Chacun connaît le saturnia pavonia major, vulgairement appelé grand paon de nuit. La saturnie atlas, ou attacus allas, dont nous donnons un dessin, a jusqu’à vingt-cinq centimètres d’envergure. Ce superbe nocturne est très répandu en Chine, dans l’Inde et dans l’archipel Indien. Il vit sur le cannelier et sur X erythrina indica.
LE MONDE AERIEN
J’ai déjà dit, au chapitre précédent, quelques mots des coques ou cocons que les chenilles d’un grand nombre de lépidoptères nocturnes se confectionnent avec une substance filamenteuse sécrétée par un appareil spécial, pour y opérer leurs métamorphoses. Ces nocturnes forment un groupe, celui des bombycites, le plus intéressant, je ne dirai pas de la famille des lépidoptères, mais de toute la classe des insectes. C’est un bombyx, — un des plus petits et des plus laids, — le bombyx sericaria, qui nous fournit la plus précieuse de nos matières textiles, la soie. Presque tous les autres produisent une matière analogue, moins belle, il est vrai,
Érèbe strix ( i/4 de grand, nat.).
mais néanmoins applicable aux mêmes usages. Quelques-uns sont déjà, en Orient, l’objet d’une culture et d’une industrie considérables, et ont été récemment introduits en Europe. Ces papillons constituent donc pour l’homme une richesse immense, dont on est loin encore d’avoir tiré tout le profit quelle comporte. La chenille du bombyx sericaria est connue de tout le monde sous le nom de ver à soie. C’est, en effet, un gros ver de couleur blanchâtre, et d’un aspect qui n’a rien d’agréable. L’animal qui sort de l’enveloppe de soie filée par elle avec tant de soin n’est guère plus joli. Ses petites ailes sont à peine capables de soulever son gros corps, et je ne crois pas qu’on l’ait jamais vu voler. Il ne vit, au surplus, que juste le temps nécessaire pour assurer la perpétuité de son espèce : le mâle un jour ou deux, la femelle une vingtaine de jours. Celle-ci pond environ cinq cents œufs gros comme des grains de millet et de couleur cendrée. Ces œufs peuvent se conserver longtemps, pourvu qu’on les tienne à l’abri de l’humidité et qu’on ne les réunisse pas en trop grand nombre dans le même paquet. Pour les faire éclore,