TROISIEME PARTIE
on les expose pendant huit à dix jours à une température croissante de quinze à vingt-sept degrés. Alors ils blanchissent, et les larves commencent à sortir; elles ont, à leur naissance, deux à trois millimètres de long. Elles vivent de trentequatre à trente-cinq jours dans leur premier état, et atteignent, à la lin de cette phase, une longueur de six à sept centimètres. Dans cet intervalle, elles changent quatre fois de peau. « A l’approche de chaque mue, dit Le Maout, elles s’engour-
Attacus atlas ( '/4 de grand, nat.).
dissent et cessent de manger ; mais après la mue leur faim redouble. C’est surtout pendant les quatre derniers jours qui précèdent leur métamorphose que leur voracité est extrême ; on les entend faire en mangeant un bruit qui ressemble à celui d’une forte averse. Le dixième jour de leur quatrième âge, elles cessent de manger, et s’apprêtent à se changer en chrysalides. On les voit alors grimper sur les branches des petits fagots placés au-dessus d’elles par ceux qui les élèvent; bientôt les vers se fixent, jettent autour d’eux une multitude de fils fins, et, suspendus au milieu de ce lacis, ils filent leur cocon en tournant continuellement sur eux-mêmes dans tous les sens, et en roulant ainsi autour de leur corps le fil qu’ils font sortir de la filière dont leur lèvre est percée. Les divers tours de ce
fil unique s’agglutinent entre eux, et il en résulte une enveloppe ovoïde, d’un tissu solide, tantôt jaune, tantôt blanc. La confection de ce cocon demande quatre jours; l’état de chrysalide dure de dix-huit à vingt jours. »
Pour sortir de son cocon, le papillon dégorge une liqueur particulière qui humecte l’extrémité placée devant lui, et dissout en partie le tissu; puis il achève de se frayer un passage par un violent coup de tète, et ne tarde pas à se
Intérieur d’une magnanerie.
dégager entièrement. Aussi les éleveurs, pour conserver les cocons intacts, sontils obligés de sacrifier le plus grand nombre des papillons avant que ceux-ci aient commencé leur travail de délivrance. Cette exécution se fait en introduisant les cocons dans une étuve chauffée à la vapeur. On n’en laisse aboutir que quelquesuns, destinés à la reproduction.
Le ver à soie se nourrit exclusivement des feuilles du mûrier blanc. Dans la Chine, sa patrie, et dans les contrées chaudes où il a été d’abord acclimaté, il vit en plein air sur cet arbre ; mais en Europe on est obligé de construire à son usage des bâtiments disposés d’une façon spéciale, où il soit à l’abri des intempéries de l’air et reçoive des soins convenables. Ces établissements sont appelés magnaneries, de magnan, nom qu’on donne, dans le midi de la France, au bombyx du mûrier. Ce sont des constructions légères, mais vastes, avec de nombreuses fenêtres gar-