‹ L'air et le monde aérienChapitre 156 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

nies, soit de vitrage, soit de toile claire. Des montants plantés quatre par quatre, de distance en distance, sur deux ou quatre rangées, et s’élevant jusqu’au plafond, supportent des claies superposées à une coudée (environ cinquante centimètres) les unes au-dessus des autres. C’est sur ces claies, garnies d’une litière de feuilles de mûrier, que vivent les vers à soie. Des échelles ou des marchepieds roulants donnent accès aux étages supérieurs de ces habitations; des ouvrières sont constamment occupées à renouveler la litière des chenilles, à nettoyer les claies, etc. La magnanerie doit être bien aérée, et entretenue en toute saison à une température sensiblement égale et toujours élevée.

Saturnie céoropie (allacus cecropia) (2/3 de grand, nat.).

L’éducation des vers à soie est un art difficile. L’inexpérience, le défaut de soins, souvent aussi des accidents que la science est impuissante à conjurer, peuvent tout compromettre. C’est ainsi que depuis quelques années les vers à soie d’Europe ont été décimés par une maladie dont la cause est encore mal connue, et contre laquelle tous les moyens curatifs et prophylactiques ont échoué jusqu’à présent. Le tort considérable que ce fléau a fait en France et dans toute l’Europe méridionale à l’industrie séricole aura peut-être produit, cependant, un bon résultat. Une industrie trop favorisée par les circonstances s’endort volontiers dans sa prospérité, et demeure stationnaire. Les coups qui l’atteignent de temps à autre l’avertissent de prendre garde, lui montrent les imperfections qu’elle doit corriger, et le mal devient, de cette façon, le stimulant du progrès. La maladie des vers à soie du mûrier a appelé l’attention sur les autres espèces de la tribu des bombyeites qu’il serait possible d’acclimater, et dont les cocons fourniraient à la consommation

LE MONDE AERIEN

un supplément notable de matière textile. Plusieurs naturalistes ont dirigé de ce côté leurs recherches et leurs efforts. Aucun n’a mis au service de cette œuvre méritoire un zèle plus persévérant que Guérin-Méneville. Les dernières années de sa vie ont été presque exclusivement consacrées à la recherche des moyens propres à introduire, acclimater et multiplier en France les nouveaux faiseurs de soie.

Quand je parle de nouveaux faiseurs de soie, c’est nouveaux pour nous qu’il faut entendre; car les récits des voyageurs nous ont appris, dit M. Blanchard, que, dans l’Inde et dans la Chine, des soies provenant d’espèces autres que le

Cocons de l’attacus polyphemus ( V-2 de grand, nat.).

bombyx du mûrier sont employées sur une assez vaste échelle. « L’idée de les introduire, ajoute le savant entomologiste, n’est pas venue tout d’abord. En 1840, des cocons d’un grand bombyx des Etats-Unis, l’ attacus cecropia (saturnie cécropie d’autres auteurs), ayant été envoyés au muséum d’histoire naturelle de Paris, les papillons ne tardèrent pas à éclore. On eut des pontes, et bientôt des chenilles ou vers qu’on éleva sans grande difficulté. L’année suivante, on avait une seconde génération provenant de ces individus nés en France. Victor Audouin songea au parti qu’on en pourrait tirer, mais les choses n’allèrent pas plus loin.

« Plus tard,. Guérin-Méneville s’occupa d’une espèce de l’Inde; et nous-même, il y a six ans, devant l’Académie des sciences, nous nous efforcions d’appeler l’attention sur divers bombyx, dont les produits semblent de nature à être utilisés... A cette époque, tout échoua devant l’indifférence.

« Depuis, un temps meilleur est arrivé... Au mois de mars dernier (1856), la Société zoologique d’acclimatation recevait une soixantaine de cocons d’une espèce

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