LES OISEAUX. — LA PLUME, L’AILE ET LE VOL
L’insecte est malaisé à définir. Rien de bien visible ne le sépare des autres animaux sans vertèbres, et l’on a même pu le confondre avec certains vertébrés. La Fontaine, parlant du serpent qu’un bûcheron a coupé avec sa cognée en deux ou trois morceaux, ne dit-il pas :
L'insecte sautillant cherche à se réunir?
Sans être tombés jamais dans une telle erreur, les naturalistes ne sont parvenus qu’avec peine à assigner à la classe des insectes sa place et ses limites précises dans la série zoologique, à distinguer nettement ces animaux des araignées, des crustacés, des annelés. Il leur a fallu pour cela se livrer à des études anatomiques et physiologiques très minutieuses, faire intervenir le scalpel et le microscope.
Point de difficultés semblables en ce qui concerne l’oiseau. L’homme, l’enfant le plus illettré, le plus ignorant, ne s’y trompe pas. Interrogez -le, demandez-lui ce que c’est qu’un oiseau; sans hésiter il vous répondra : « C’est un animal qui a des plumes au lieu de poils, et un bec au lieu de bouche, deux pattes sur lesquelles il se tient droit, et deux ailes avec lesquelles il vole. Sa femelle pond des œufs et les couve pour les faire éclore. » Et cette définition, sous sa forme naïve et vulgaire, sera aussi juste, sinon aussi complète que celle que vous donnerait un naturaliste de profession.
Selon Le Maout la définition de l’oiseau peut se formuler rigoureusement par
1 Histoire naturelle des oiseaux. — 1 vol. grand in-8°. Paris, 1833. — Un juste hommage est dû à la mémoire de ce savant modeste, de cet écrivain élégant, qui n’a pas eu parmi ses contemporains une place en rapport avec son mérite. Le Maout était né à Guingamp (Côtes-du-Nord) en 1800. J’ignore la date de sa mort, qui a passé à peu près inaperçue : ce doit être vers 1870. Il n’avait occupé que peu
LE MONDE AERIEN
trois adjectifs : vertébré , ovipare , emplumé; et au besoin ce dernier caractère seul suffirait pour distinguer les oiseaux de tout le reste du règne animal, parce que seul il leur est exclusivement et absolument propre : tous les oiseaux, sans aucune exception, sont couverts de plumes, et eux seuls le sont. Dans son Jardin des Plantes, le même auteur ajoutait à sa formule le quatrième terme : volatile. Il l’a ensuite retranché, sans doute parce que les oiseaux ne sont pas les seuls animaux qui volent, et que plusieurs d’entre eux ne volent pas. Mais à ce compte il fallait supprimer aussi ovipare, puisque ce caractère est commun à la presque totalité des animaux non mammifères. Ou plutôt il fallait compléter cette indication par une autre, qui malheureusement ne se prêtait pas au laconisme où le savant écrivain était résolu de se renfermer : il fallait dire que les oiseaux font éclore leurs œufs par incubation; ce qui est un trait bien caractéristique de leur physiologie et de leurs mœurs, bien que l’on puisse citer quelques oiseaux qui ne couvent pas et quelques reptiles qui couvent. C’est aussi probablement faute d’un adjectif que Le Maout n’a point parlé du bec, qui pourtant est aussi exclusivement propre aux oiseaux que le plumage; à moins qu’on n’allègue l’ornithorynque, être exceptionnel et paradoxal, dont l’organisation est une énigme, et que la nature semble s’être plu à composer des éléments les plus disparates.
Enfin un dernier caractère non moins essentiel, et qui manque également à la définition de Le Maout, c’est la station bipède. Hormis l’homme, je ne vois dans la nature aucun animal qui, sous ce rapport, ressemble aux oiseaux. Encore l’homme peut- il, à la grande rigueur, marcher « à quatre pattes »; ce qui est absolument impossible aux oiseaux, puisqu’ils n’en ont que deux. Remarquons encore que la transformation des membres antérieurs en ailes ne souffre non plus chez ces derniers aucune exception; on la retrouve, bien qu’à l’état rudimentaire, chez les plus disgraciés; et si l’on ne peut appliquer aux oiseaux, d’une manière absolue, la qualité de volatiles, on ne peut du moins leur refuser celle d’animaux ailés. Or l’aile et la plume n’ont de raison d’être que comme conditions de la vie aérienne, qui est évidemment la destinée des oiseaux. Que cette destinée ne soit pas accomplie pour tous; que, dans certaines espèces, les organes du vol se soient atrophiés tandis que ceux de la natation ou de la marche prenaient un développement insolite : ce sont là des faits que je n’essayerai pas d’expliquer, mais qui, en tout cas, ne sauraient infirmer la loi générale, puisque l’oiseau coursier (autruche, émou, casoar), ainsi que l’oiseau-poisson (manchon, plongeon, gorfou),
de temps une position officielle du second ordre : celle de démonstrateur à la faculté de médecine. 11 ouvrit ensuite des cours particuliers de littérature et d’histoire naturelle. Le Maout joignait à un savoir très étendu et très profond un style clair, élégant, littéraire, de l’esprit, de la bonhomie, de l’érudition. Il possédait à un très haut degré les qualités du vulgarisateur. Ses deux beaux ouvrages, le Jardin des Plantes et YHistoire naturelle des oiseaux, peuvent être cités comme des modèles du genre, et plus d’une fois je me suis trouvé heureux de le prendre pour guide dans le cours de ce travail.