‹ L'air et le monde aérienChapitre 162 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

ailes faisant l’office de rames, on comprend que l’oiseau ait besoin d’un gouvernail. Ce rôle est rempli par les pennes de la queue, qui sont, en conséquence, appelées rectrices.

On voit, d’après ce qui précède, que le vol est la véritable et parfaite réalisation de la navigation aérienne, et que tout dans les oiseaux alipennes est disposé en vue de cette fin. Rien de plus facile maintenant que de se rendre compte du mécanisme même du vol. Le docteur Le Maout a très clairement et très simplement exposé ce mécanisme.

« Bien que l’air soit un fiuide peu dense et peu résistant, dit-il, on conçoit sans peine que s’il est frappé rapidement par une surface large et solide, tout en se laissant refouler par cette surface, il lui opposera une certaine résistance, et cette résistance sera d’autant plus forte que la surface mettra plus de vitesse dans son mouvement. Qu’on se figure donc un oiseau suspendu au milieu des airs, immobile et les ailes étendues; s’il abaisse rapidement ses ailes vers sa poitrine, l’air, frappé par leur surface large et solide, va céder à cette impulsion; mais comme il ne peut se déplacer assez promptement, parce que la vitesse des ailes surpasse la sienne , il résistera à ces ailes et leur fournira un véritable point d’appui, au moyen duquel le corps de l’oiseau sera poussé en sens contraire.

« Voilà la première condition du vol. Or chacun sait que si, après ce premier effort, les ailes restent immobiles, la gravitation, vaincue momentanément, va reprendre son empire, et l’oiseau descendra vers la terre, absolument comme un animal retombe sur le sol après avoir fait un saut.

« Mais si, après avoir, en les abaissant vivement, rapproché ses ailes étalées, l’oiseau les écartait avec la même rapidité, il est évident que l’air situé au-dessus d’elles leur opposerait la même résistance que l’air situé au-dessous, quelles ont refoulé un instant auparavant. Il en résulterait que le corps de l’animal, soulevé dans le premier temps par la résistance de l’air inférieur, serait abaissé de la même quantité dans le second par la résistance de l’air supérieur, et que cette oscillation rapide le ferait, en définitive, rester toujours à la même place, en opérant un mouvement continuel de va-et-vient : c’est ce que fait, par exemple, l’épervier, quand il plane et semble immobile dans les airs avant de fondre sur sa proie.

« Que doit donc faire l’oiseau pour se transporter dans l’espace? La première condition était, comme nous l’avons vu, de refouler l’air situé sous ses ailes; la seconde sera de faire en sorte que, quand elles se disposeront à reprendre leur première position, l’air supérieur leur oppose le moins de résistance possible : c’est pour cela que l’oiseau, après avoir donné son coup d’aile, la reploie pour rétrécir sa surface; puis il élève cette aile ainsi reployée, puis il l’étend et l’abaisse de nouveau en accélérant ses battements selon le degré de rapidité qu’il veut donner à son vol1. »

1 Histoire naturelle des oiseaux, Introduction.

LE MONDE AERIEN

Le Maout ne parle là que du mouvement vertical par lequel l’oiseau s’élève dans l’air. Il est évident que, pour avancer horizontalement ou dans un plan incliné, l’oiseau doit frapper l’air dans une direction plus ou moins oblique. Ses pennes rectrices, qui, de leur côté, peuvent prendre des positions très diverses, lui sont d’un grand secours dans ces évolutions, et l’animal, sans se douter le moins du monde de ce que c’est que la statique et la mécanique, dont l’étude nous coûte tant d’efforts, sait à merveille en observer les lois pour s’élever, se mouvoir et se diriger dans les airs.

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