‹ L'air et le monde aérienChapitre 168 sur 210 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Audubon, le rude coureur des forêts, en est pénétré d’attendrissement. Il s’écrie : « Quel est celui qui, voyant cette mignonne créature (le rubis de la Caroline, oiseau bourdonnant, humming-bird des Yankees) bourdonner dans le vague des airs, soutenue par ses ailes harmonieuses, voler de fleur en lleur avec des mouvements vifs et gracieux , et parcourir les vastes régions de l’Amérique , sur lesquelles on dirait quelle va semer des rubis et des émeraudes, quel est celui, dis-je, qui, voyant briller cette particule de l’arc-en-ciel, ne sentira pas son âme s’élever vers l’auteur d’une telle merveille!

Oiseau-mouche sapho.

« Que de plaisirs n’ai -je pas éprouvés à étudier les mœurs et à suivre la vive expression d’un couple de ces créatures célestes pendant la saison des œufs ! Le mâle étale son riche poitrail pour en faire reluire les écaillles, pirouette sur une seule aile, et tourne autour de sa douce compagne ; puis il se jette sur une fleur épanouie, charge son bec de butin, et vient déposer dans le bec de son amie l’insecte et le miel qu’il a recueillis pour elle... Quand la ponte approche, le mâle redouble de soins et manifeste son dévouement par un courage supérieur à ses forces : il ne craint pas de donner la chasse à X oiseau bleu et au martin ; il ose même se mesurer avec le gobe-mouche tgran, et, tout fier de son audace, il retourne vers sa compagne en agitant joyeusement ses ailes résonnantes...

« Dans le nid de cet oiseau-mouche, que de fois j’ai jeté un regard furtif sur sa progéniture nouvellement éclose! Deux petits, gros comme des abeilles, nus, aveugles et débiles, pouvaient à peine soulever le bec pour recevoir leur nourriture. Mais combien d’alarmes douloureuses ma présence faisait éprouver au père et à la

LE MONDE AERIEN

mère ! Ils rasaient d’un vol inquiet mon visage, descendaient sur le rameau le plus voisin, remontaient, volaient à droite, à gauche, et attendaient avec une anxiété manifeste le résultat de ma visite ; puis, dès qu’ils s’étaient assurés que ma curiosité était inoffensive , quels transports de joie ils faisaient éclater ! Je croyais voir, dans leur expression la plus naïve, les angoisses d’une pauvre mère qui craint de perdre son enfant atteint d’une maladie dangereuse, et le bonheur de cette mère quand le médecin vient d’annoncer que la crise est passée et que l’enfant est sauvé. »

Cotinga caronculé.

Les dames créoles de l’Amérique du Sud, les religieuses surtout, ont appris des femmes du pays l’art de composer avec les plumes des colibris et d’autres oiseaux ces bouquets, ces objets de fantaisie dont je parlais tout à l’heure. Parmi les oiseaux dont elles recherchent le plus la dépouille, on cite le cotinga. Ces passereaux sont déjà beaucoup plus gros que les colibris. Quelques-uns atteignent la taille de nos pigeons. Les plus beaux sont le cotinga rouge de Cayenne et le cotinga cordon-bleu. Celui que représente notre dessin est remarquable par la caroncule ou excroissance charnue extensible, qui se dresse sur sa tête, et qui, je dois l’avouer, ne l’embellit point, à mon goût du moins ; car cette sorte de crête peut bien passer pour un ornement parmi les cotingas, comme parmi nous la barbe, puisque, comme la barbe aussi, elle est l’attribut exclusif de la virilité.

La nature a donné au céphaloptère penduligère , de l’Equateur, un ornement d’un autre genre : c’est un appendice volumineux, couvert de plumes semblables à celles du reste du corps, et qui tombe de la gorge devant la poitrine. L’animal a

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