TROISIEME PARTIE
crire : il n’est assurément pas un de mes lecteurs qui n’ait admiré surtout le faisan argenté et le faisan doré. Le troisième a passé jusqu’ici pour le plus beau, bien que, lorsqu’on examine avec attention le second, on éprouve de l’hésitation à décerner la palme à l’un ou à l’autre.
Et aussi bien, nos jardins zoologiques et nos volières se sont enrichis récemment de nouvelles espèces, dont deux au moins peuvent rivaliser, pour la richesse de
Faisan d’Amherst ou faisan superbe.
leur parure, avec les plus beaux faisans dorés et argentés. L’une de ces espèces est le faisan vénéré; l’autre est le faisan superbe, ou faisan de lady Amherst.
« Le faisan vénéré, dit M. P.- A. Pichot dans son élégant ouvrage sur le Jardin d’acclimatation, n’a été longtemps connu en Europe que par une plume de la queue, qui existait au muséum et venait du Thibet. M. Dabry, consul de France à Han-Keou (Chine), parvint, en 1866, à se procurer un mâle, qui fut envoyé au jardin d’acclimatation, où il arriva le 29 avril. Ce fut le premier individu qui parvint en France. Au mois de mai suivant, M. Paul Champion rapportait de Chine à M. Geoffroy- Saint- Hilaire deux autres mâles de la même espèce; puis M. Dabry faisait de nouveaux envois, parmi lesquels se trouvait une femelle, que l’on reçut au mois de juillet, et qui fut suivie de deux autres au mois de mars 1867. »
LE MONDE AERIEN
D’autre part, et vers le même temps, le faisan vénéré était introduit en Angleterre par M. Stone, et en Belgique parM. J. Vekemans. Il est aujourd’hui parfaitement acclimaté en Europe, et a cessé d’être pour nous un oiseau rare. « Aucune espèce, ajoute M. P. -A. Pichot, ne peut rivaliser avec le faisan vénéré au point de vue ornemental. Son plumage à fond jaune est gracieusement marbré de blanc, de noir et de jaune d’or; il est de la taille des plus fortes poules domestiques, et sa queue mesure plus d’un mètre vingt centimètres de longueur; la femelle est de couleur brune un peu foncée, émaillée de brun et de blanc. » Ce portrait est exact, et je conviens avec M. P. -A. Pichot que le faisan vénéré est un fort bel oiseau; mais je ne puis lui accorder qu’aucune espèce ne puisse rivaliser avec lui au point de vue ornemental. Ce qui étonne et ce qu’on admire surtout à juste titre chez le faisan vénéré, c’est la longueur extraordinaire de sa queue. Quant à ses couleurs, elles sont loin de la vivacité, de l’éclat et de l’arrangement harmonieux de celles du faisan argenté et du faisan doré. Il n’a, en outre, ni la coiffure dorée ni la splendide collerette de ce dernier. Bref, comparé à ses devanciers, il ne tient certainement que le troisième rang, et il est rejeté au quatrième depuis l’apparition de son incomparable congénère le faisande lady Amherst. Mais, avant de m’arrêter à celui-ci, je dois aller au-devant d’une question que mes lecteurs m’adresseraient très probablement, — le lecteur est curieux de sa nature, — si j’avais l’honneur de me trouver en leur présence. Cette question est celle-ci : D’où vient l’épithète de vénéré ajoutée au nom générique du faisan dont nous venons de parler? vénéré pourquoi? vénéré par qui? — M. P. -A. Pichot, qui semble pourtant très bien informé, ne nous donne à cet égard aucun renseignement. Quant à moi, si le faisan en question était originaire de l’Égypte, je me tirerais d’embarras en disant que sans doute les anciens Égyptiens en avaient fait un dieu ; mais notre faisan est chinois; et je ne sache pas que les habitants de l’empire du Milieu soient livrés à la zoolàtrie. Cet oiseau aurait-il conquis leur respect singulier par la longueur de sa queue? qui sait? Alceste, reprochant à Célimène l’accueil qu’elle fait à un de ses rivaux, ne lui dit-il pas :
Est-ce par l’ongle long qu’il porte au petit doigt Qu’il s’est acquis chez vous l’estime où l’on le voit?
Au moins conviendra-t-on que, comme litre à l’estime des gens, la grandeur et la beauté de la queue chez un oiseau n’est pas à comparer à la longueur de l’ongle du petit doigt chez un monsieur.
J’arrive au faisan de lady Amherst. — Pourquoi de lady Amherst? Parce que, répond M. P. -A. Pichot, le roi d’Ava donna quelques spécimens de cet oiseau à sir Archibald Campbell, qui à son tour en offrit à lady Amherst, et parce que, ajoute Brehm, cette dame amena en Angleterre le premier individu qu’on y ait vu. Mais quel était ce roi d’Ava? qu’était-ce que sir Archibald Campbell et lady Am-