TROISIEME PARTIE
herst? et à quelle époque l’événement s’est-il passé? Ce sont là des questions que mes recherches ne me permettent pas de résoudre. Ce que je sais, du reste, de l’histoire de ce faisan me fut conté par Pucheran, au muséum d’histoire naturelle de Paris, où je fis dessiner, en 1864, pour le montrer à mes lecteurs, l’individu empaillé qui figurait depuis peu dans notre collection. Il paraît que, hormis cet individu et un autre, également empaillé, que possédait le musée de Londres, il n’en existait point en Europe, et que certains naturalistes sceptiques n’étaient pas éloignés de considérer ces deux animaux comme des oiseaux de fantaisie, habillés de toutes pièces par quelque mystificateur, tant leur beauté paraissait invraisemblable. Cependant le faisan de lady Amherst, qu’on appelait aussi « faisan superbe », avait été décrit par Temminck, et les deux spécimens dont je viens de parler avaient été envoyés par un voyageur des plus honorables et des plus véridiques, M. Desmazures. Ils venaient du Thibet, patrie du merveilleux oiseau. Merveilleux n’est pas ici une hyperbole. M. Freeman a bien rendu, dans le dessin que nous donnons du faisan superbe, la majestueuse élégance de sa parure. Mais comment donner une idée de la richesse et de l’admirable variété de couleurs de son plumage? — La collerette ou voile qui ombrage le col est formée de plumes arrondies d’un blanc éclatant, avec une fine bordure noire à l’extrémité de chacune. La huppe qui orne le sommet de la tête est rouge; la tète elle-même et le cou sont vert foncé; le ventre est blanc; les ailes et le dos sont tigrés de noir, de feu et de jaune doré. Enfin les quatre tectrices caudales se terminent par des barbes rougeécarlate, qui se détachent sur le gris jaspé de vert et de noir des grandes pennes rectrices, ou, si l’on aime mieux, de la queue proprement dite. Pour être tout à fait exact, je dois ajouter que le port de cette queue fièrement relevée, tel qu’on le voit chez l’individu empaillé du muséum et sur le dessin qui le reproduit, est une fantaisie de l’empailleur. L’oiseau vivant laisse traîner sa queue comme les autres faisans, — et il a tort. Mais à l’époque où fut dessiné notre bois, il n’existait en France, ni en aucun autre pays d’Europe, aucun spécimen vivant de l’espèce. C’est seulement en 1872 que le jardin zoologique d’acclimatation a pu s’en procurer quelques-uns, venant, dit M. P. -A. Pichot, des montagnes de To-lui-pin, où il est très commun, et désigné par les Chinois sous le nom de faisan fleuri. Voilà bien des noms pour un seul oiseau : faisan superbe, faisan de lady Amherst, faisan fleuri... Ce n’est pourtant pas tout; car on fait aujourd’hui l’ornithologie d’une méthode nouvelle, et quelques naturalistes, entre autres Brehrn1, partagent la famille des phasianidés en quatre genres distincts : les euplocomes , les nycthémères, les faisans et les tkaumalés ; ils placent notre faisan argenté parmi les nycthémères; le faisan vénéré est associé avec les faisans commun, versicolore et à collier, dans le seul genre qui conserve l’ancien nom; enfin le faisan doré et le
1 Voir la Vie des animaux, édition française en quatre volumes grand in-8° illustrés, publiée par J.- B. Baillère.
LE MONDE AERIEN
faisan de lady Amherst forment à eux deux le genre thaumcilé, où le premier est inscrit sous le nom de « thaumalé peint (thaumalea picta) », et le second sous le nom de « thaumalé d’ Amherst ( thaumalea Amherstiæ) ». Brehm justifie la formation de ce genre distinct par l’existence, chez les deux faisans doré et d’ Amherst, de la collerette qui manque chez tous les autres phasianidés. J’avoue, quant à moi, que cette raison ne me paraît pas suffisante : d’abord parce que les rmâles seuls sont pourvus de l’ornement en question; ensuite parce que la distinction des genres, sinon des espèces, repose, si l'on veut bien tenir compte des principes fondamentaux de la classification zoologique, sur des caractères d’un autre ordre que la présence ou l’absence de quelques plumes à la tète ou à la queue.
On ne peut méconnaître d’ailleurs l’évidente affinité qui existe entre le faisan d’ Amherst et le faisan doré. Ces deux espèces, dignes d’être placées au premier rang des oiseaux pour la beauté de la parure, ont donné par le croisement une espèce ou variété mixte, dont on peut admirer les spécimens au jardin d’acclimatation du bois de Boulogne.