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LA VOIX. — LES OISEAUX CHANTEURS

Tous les animaux à sang froid, vertébrés et invertébrés, sont muets : ils peuvent produire certains bruits; mais ils n’ont point de voix : on ne saurait donner ce nom aux grincements, aux crépitements, aux bourdonnements des insectes, ni même aux sifflements des reptiles. La voix proprement dite n’appartient qu’aux animaux à sang chaud; mais encore les mammifères sont-ils, sous ce rapport, mal partagés : ils ne peuvent que crier. Chaque espèce a un cri qui lui est propre, et qui, en général, est toujours le même; quelques-unes ont deux ou trois cris différents, dont il faut qu’elles se contentent pour exprimer leurs sentiments, leurs impressions, leurs désirs, leurs craintes. C’est seulement dans la classe des oiseaux qu’on rencontre, — et en grand nombre, — des animaux pourvus, comme leur maître et seigneur l’homme, d’organes vocaux qui leur permettent d’articuler et de moduler des sons : de parler et de chanter.

Sans doute ils ne parlent ni ne chantent de la même manière que nous; l’instrument diffère, mais il existe, et il est très complexe. Il est même, à certains égards et dans certaines espèces, plus parfait que le nôtre; car plusieurs oiseaux parviennent aisément à imiter notre voix, à chanter, à siffler, à parler comme nous; tandis qu’à moins d’études toutes spéciales, nous ne pouvons reproduire le chant des oiseaux; et cette reproduction, telle que la réalisent quelques bateleurs qui en font un art spécial, est souvent imparfaite et toujours très limitée. L’homme n’a qu’un larynx; les oiseaux en ont deux : un larynx supérieur, qui correspond au nôtre, et un larynx inférieur, situé immédiatement au-dessus de la bifurcation de la trachée-artère. C’est ce larynx supplémentaire qui joue, dans la formation des sons dont se compose leur langage ou leur chant, le rôle le plus important. La trachée-artère elle- même est d’une longueur variable, qui n’est pas toujours proportionnée à celle du cou : il n’est pas rare qu’elle décrive des flexuosités, tou-

jours plus prononcées chez les mâles, et logées, tantôt sous le jabot, comme chez le coq de bruyère, tantôt dans la crête du sternum, comme chez la grue et chez le cygne chanteur. Parfois la trachée-artère présente des renflements qui contribuent aussi à modifier la voix. Nous en trouvons un exemple très curieux dans le céphaloptère penduligère. Un renflement très volumineux, qui existe au tiers environ de la longueur du conduit aérien, donne à la voix de cet oiseau une puissance telle, que son cri est un mugissement comparable à celui du taureau. Mais le caractère de la voix, sa flexibilité, ses intonations simples ou multiples, dépendent principalement de la structure du larynx inférieur, de l’absence ou de la présence, et, dans ce dernier cas, du nombre des muscles spéciaux servant à faire mouvoir cet organe. Les perroquets ont six de ces muscles, distribués par paires; les oiseaux chanteurs en ont jusqu’à cinq paires. Enfin le développement extraordinaire de l’appareil respiratoire, — ce que nous avons appelé la 'pneamaticité des oiseaux, — leur donne sur l’homme un avantage marqué, en ce qui concerne la durée et la continuité du chant et de ses variations. Les sacs aériens font l’office du soufflet d’une musette; ce n’est pas seulement l’air aspiré dans les poumons qui fait vibrer les cordes ou lèvres vocales du larynx : c’est l’air contenu dans les sacs qui, poussé avec plus ou moins de vitesse, donne à l’oiseau le moyen de prolonger son chant pendant plusieurs minutes sans la moindre interruption. Cette faculté existe à un très haut degré chez le serin. On voit, en outre, la gorge du serin se gonfler lorsqu’il chante, ce qui tient à l’occlusion volontaire et presque complète de son larynx supérieur. « Il ne pourrait, disent MM. Chenu, des Murs et Verreaux, chanter ainsi en volant : sa provision d’air ne suffirait pas pour les deux exercices. Aussi l’alouette, qui fait entendre sa voix en planant dans les airs, est obligée de battre souvent de l’aile pour se soutenir, et de respirer aussitôt que ses sacs commencent à se vider. Son chant a des interruptions, et son corps, devenu moins léger, s’abaisse un peu pour se relever immédiatement après l’inspiration; et cette manœuvre se renouvelle plusieurs fois de suite. »

On peut diviser les oiseaux, sous le rapport de la voix, en quatre catégories : les oiseaux silencieux, — les oiseaux criards, — les oiseaux chanteurs — et les oiseaux parleurs.

La première catégorie comprend d’abord presque toutes les femelles des oiseaux chanteurs; ensuite un grand nombre d’oiseaux de l’ancien et du nouveau continent les couroucous, les oiseaux-mouches, les cotingas, les guêpiers, etc. Tous ces oiseaux ne font entendre que rarement des sons faibles, des accents simples, et, si l’on peut ainsi dire, monosyllabiques.

Parmi les oiseaux criards, je citerai les rapaces, les oiseaux de rivage, les oiseaux nageurs, etc., qui ont souvent une voix très forte, mais nullement mélodieuse, et ne poussent que des cris rauques et discordants. Quelques-uns de ces oiseaux ont un cri remarquable par sa force ou par son caractère étrange. Il en est que tout le monde a entendus: le paon, dont la voix aigre et stridente « déplaît

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