TROISIEME PARTIE
à toute la nature »; le canard, dont le cri monotone et nasillard accompagne si bien la démarche vacillante; la chouette, que son cri nocturne et mélancolique a fait proscrire par les paysans superstitieux comme un oiseau de mauvais augure. J’ai parlé plus haut du mugissement du céphaloptère. Les oiseaux de mer possèdent en général une voix aigre et retentissante, pour s’appeler de loin et s’entendre en dépit du bruit des vents et des flots. Le cri du vanneau est tout à fait original. On dirait que cet oiseau a dans son bec la fameuse pratique de Polichinelle. Rien de plus amusant que d’entendre, au jardin des Plantes, une trentaine de vanneaux se disputer, dans ce langage grotesque, les miettes de pain qu’on leur jette.
Les oiseaux chanteurs et les oiseaux parleurs méritent de notre part une attention plus particulière.
Lorsque l’on contemple dans les volières de nos jardins zoologiques, dans les galeries de nos musées, les oiseaux des tropiques, avec leurs panaches ondoyants, leur plumage de pourpre, d’or, d’azur et d’émeraude, on se dit que ce doit être un admirable spectacle de les voir voler en liberté sous les arbres gigantesques des forêts vierges et parmi les hautes herbes des prairies. Et l’on prend en dédain ces pauvres oiseaux à la parure modeste, aux nuances sombres, qui, pendant quelques mois seulement, animent nos bois et nos campagnes, et l’hiver doivent aller bien loin chercher des deux plus cléments, s’ils ne veulent rester à grelotter sur les branches dépouillées de feuilles, glacées de givre, ou dans les creux des troncs d’arbres, des rochers et des murailles.
Tout autre, — et plus juste, — est le sentiment des Européens exilés
Aux pays que Pliébus inonde de ses feux.
Ap rès leur premier enivrement, leur admiration peu à peu s’émousse; leur esprit se replie sur lui -même, revient aux souvenirs de la terre natale, au jardin, au verger qui entourait la maison où s’écoula leur enfance. En présence de cette nature luxuriante qui les écrase de sa magnificence, ils regrettent celle, moins riche et moins puissante sans doute, mais plus traitable, plus compréhensible, plus humaine, des climats tempérés.
Ces oiseaux aux couleurs éblouissantes ne remplacent pas pour eux les mélodieux chanteurs dont la voix donnait autrefois la réplique à leurs pensées joyeuses ou mélancoliques, et faisait, pour ainsi dire, partie de leur vie, au même titre que les caresses de leur chien, les gentillesses de leur chat, le caquetage de leurs poules, la verdure et les fleurs de leur jardin : toutes choses dont ils jouissaient alors sans y songer, sans s’en apercevoir, mais dont l’absence fait maintenant autour d’eux un vide douloureux.
Le peuple anglais ne passe point pour un peuple très sentimental, très impressionnable aux choses de la nature. Voici cependant ce que racontait naguère un
LE MONDE AERIEN
journal de Sydney. En Australie on trouve beaucoup d’oiseaux très curieux et très beaux, mais peu ou point de chanteurs; et tandis qu’on s’occupe si activement d’amener et d’acclimater en Europe les animaux propres à ce continent, on avait pris d’abord peu de souci d’introduire là-bas d’autres animaux d’Europe que les animaux domestiques. Ainsi personne n’avait encore songé à y transporter aucun de nos petits oiseaux chanteurs, lorsqu’un jour la nouvelle se répandit à Sydney et aux environs qu’un gentleman venait de recevoir d’Angleterre une alouette. Aussitôt grand émoi parmi les habitants. Ces Anglais, si graves, si flegmatiques,
Alouelte des champs.
si affairés, oubliant en cette circonstance leur réserve habituelle, se rendirent en foule, pendant plusieurs jours, chez le gentleman, afin de voir le charmant oiseau dont il était l’heureux possesseur, et surtout d’entendre sa voix, doux souvenir de la patrie absente, vrai chant national, plus cher à leurs cœurs que le God save the queen et le Ride, Britannia.
Les alouettes sont le premier genre de la famille des cdaudides (lat. , alauda, alouette). Ce genre a pour type l’alouette des champs, si répandue en fiance.
Les alouettes font leur nid
Dans les blés quand ils sont en herbe,
dit la Fontaine. En effet, elles nichent volontiers dans les sillons creusés pai la charrue. On ne les voit jamais dans les arbres : elles ne perchent point; mais d'un vol audacieux elles s’élancent verticalement vers le ciel, et, planant au haut des