‹ L'air et le monde aérienChapitre 178 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

airs, elles^font entendre leur chant sonore et joyeux. C’est de cet. oiseau que Linné a dit : Alauda volatu perpendiculari in aere suspensa, cantillans in Creatoris laudem , ecce suum tirile, tirile , suum tirile tractat. L’alouette était l’oiseau national de l’antique Gaule, l’emblème de la bravoure et de la gaieté de nos aïeux. La première légion que César leva dans les Gaules s’appelait la légion de l’Alouette.

Tisserin du Bengale.

Presque tous nos oiseaux chanteurs sont distribués dans les deux grandes familles des fringillidés et des turdidés. La première comprend plusieurs espèces intéressantes. Les tisserins ou tisserands, répandus dans l’Afrique et dans l’Inde, sont remarquables par leur talent architectural. Ils construisent leur nid avec des fibres végétales entrelacées de manière à former un tissu très fort, très serré et très régulier, tel que le confectionnerait un habile ouvrier. La forme des nids diffère selon les espèces. Les tisserins républicains du cap de Bonne -Espérance vivent en sociétés nombreuses, et se bâtissent sur un arbre une sorte de ruche circulaire, où chaque ménage a son appartement particulier.

Les serins ( fringilla serinas) sont les plus populaires de tous les oiseaux chan-

LE MONDE AERIEN

teurs. Ce genre est caractérisé par sa petite taille, égale, ou plus souvent inférieure à celle de notre moineau, et beaucoup plus élancée; par ses formes délicates et par ses allures vives et gracieuses; par son plumage lisse et soyeux, dont la couleur varie du vert mélangé de gris au jaune pur ou mélangé de blanc; par ses mœurs douces, par sa facilité à s’acclimater en tout pays et à se familiariser avec l’homme. Les espèces les plus répandues sont : le cini, ou verdier, qui habite l’Italie, l’Espagne, une partie de l’Allemagne et le midi de la France; et le serin des Canaries, ou simplement canari, plus recherché que le précédent, et que Buffon a surnommé le musicien de chambre. La voix du canari est moins forte, mais plus mélodieuse que celle du verdier; son plumage est d’un beau jaune, quelquefois nuancé de blanc ou de verdâtre. Mais, chose remarquable, cette couleur est un effet de la transplantation du serin dans nos climats; car dans son pays natal, c’est-à-dire aux îles Canaries, et notamment à Ténériffe, cet oiseau, d’après le témoignage d’Adanson et de plusieurs autres voyageurs, est gris verdâtre, avec des taches brunes oblongues. Il y a plus : depuis son introduction en Europe, qui date du xve siècle environ, il est devenu, en se multipliant, l’objet d’une culture suivie qui a modifié non seulement les teintes de son plumage, mais encore ses formes, sa taille et sa voix.

Je ne m’arrêterai pas au moineau (, fringilla domestica) , qui mériterait cependant de notre part une mention honorable : non pour son chant, — le moineau n’est pas musicien, — mais pour son intelligence et sa gentillesse, et pour le mal qu’on en a dit injustement. On l’a accusé d’efïronterie, de rapine, de parasitisme, — que sais-je? Et si encore on s’était borné à le calomnier! mais il a été proscrit souvent, et c’est seulement en son absence qu’on a appris à lui rendre meilleure justice. Aujourd’hui le moineau est réhabilité dans tous les esprits éclairés et impartiaux. Un honorable homme d’Etat, Bonjean, en fit jadis en plein sénat l’apologie, je pourrais dire le panégyrique. 11 raconta que, la tête du moineau ayant été mise à prix en Hongrie et dans le pays de Bade, cet intelligent proscrit avait abandonné presque complètement ces deux pays; mais que bientôt l’effrayante multiplication des insectes apprit aux habitants des campagnes de quel puissant auxiliaire ils s’étaient privés, et qu’ après avoir établi des primes pour la destruction des moineaux, on fut obligé d’en établir de plus fortes pour son rapatriement. « Le grand Frédéric avait, lui aussi, dit Bonjean, déclaré la guerre aux moineaux, qui ne respectaient pas son fruit favori, la cerise. Naturellement les moineaux ne songèrent point à résister au vainqueur de l’Autriche; ils disparurent. Au bout de deux ans, non seulement il n’y eut plus de cerises, mais encore il n’y eut presque point d’autres fruits: les chenilles les mangeaient tous; et le grand roi, vainqueur sur tant de champs de bataille, s’estima heureux de signer la paix, au prix de quelques cerises, avec les moineaux réconciliés. »

Mais revenons à nos chanteurs. Le pinson, qui est un sous-genre du genre moineau, a reçu de la nature une voix forte et flexible; son chant généralement est

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