TROISIÈME PARTIE
peu varié ; mais les intonations en sont franches , claires et pleines de gaieté. Le mâle seul chante, et au printemps seulement. On dit qu’il peut, en captivité, apprendre à imiter le chant des autres oiseaux. J’ai eu pourtant un pinson qui, ayant vécu plus de deux ans dans une même cage avec plusieurs serins, avait conservé dans toute sa pureté le chant propre à son espèce. Il est vrai que je m’étais bien gardé de lui faire subir l’horrible opération que les oiseliers recommandent
1 Pinson. 2 Moineau domestique.
comme propre à développer les facultés musicales du pinson, et qui consiste à lui crever les yeux avec un fer rouge. Mon pinson montrait un naturel farouche et intraitable. Il ne se souciait nullement de ses compagnons de captivité; il ne prenait aucune part à leurs ébats ni à leurs querelles, et n’accordait à leurs chants aucune attention. Avec nous-mêmc il est resté, tant que nous l’avons conservé, aussi sauvage que le premier jour. Lorsqu’on faisait seulement mine de vouloir le prendre, il se jetait désespérément contre les barreaux de sa cage, au risque de se blesser; et quand on avait réussi aie saisir, il mordait vigoureusement les doigts jusqu’à ce qu’on le lâchât. C’est un noble oiseau, qui n’est pas né pour la servitude. En aucun lieu du monde le chant du pinson n’est plus prisé qu’en Allemagne,
bien qu’on n’y pratique point la coutume barbare de lui crever les yeux. « Les amateurs de ce pays, dit le docteur Le Maout, ont étudié toutes les nuances de son ramage ; aucun ton de sa voix n’a échappé à leur oreille. Le chant du pinson ayant des rapports sensibles avec les sons articulés de la parole, ils ont imaginé d’en distinguer les nombreuses variétés par les syllabes finales de la dernière strophe que prononce l’oiseau, et dans laquelle ils ont, bon gré, mal gré, trouvé
1 Bouvreuil commun. 2 Chardonneret commun.
des mots allemands. Ainsi la mélodie qui finit par Wein Guieh se nomme le chant du vin... Ils ont aussi la bonne année ( gout-jahr ), le fiancé (Bràutigam), le boute-selle (. Reiterzong ), etc. Mais la plus merveilleuse des mélodies est celle qu’ils nomment le double battement du Hartz, parce que c’est dans ce pays qu’on l’a observée pour la première fois. Les habitants du village deRouhlfont quelquefois trente lieues pour prendre à la glu un de ces chanteurs renommés, et l’on a vu un paysan donner une de ses vaches pour un pinson qui exécutait les cinq strophes du double battement. »
Le chardonneret et le bouvreuil sont sans contredit deux des plus jolis oiseaux de l’Europe. Ils unissent la mélodie de la voix à la beauté du plumage et des formes