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LES OISEAUX PARLEURS

Le nouveau monde, beaucoup plus pauvre que l’ancien en oiseaux chanteurs, a cependant, lui aussi, son rossignol : je veux dire son musicien, son artiste; et, s’il faut croire aux récits des voyageurs, un artiste bien supérieur encore à celui que Michelet et d’autres écrivains d’Europe ont déclaré incomparable, unique. Cet artiste, ce prodige, c’est le merle polyglotte ou moqueur : un oiseau de la taille du merle d’Europe, au plumage gris brunâtre mêlé de blanc, sans autre ornement que quelques mouchetures brunes : plumage des plus ordinaires, comme on voit. Les noms de polyglotte et de moqueur qu’on lui a donnés indiquent sa singulière aptitude à imiter très exactement la voix des autres animaux, comme pour s’en moquer. Son cri ordinaire est assez triste; mais au temps de la ponte, le chant du mâle devient admirable. « L’Européen qui entend cette voix vigoureuse et passionnée à travers le feuillage du magnolia de la Louisiane, dit Audubon, la compare avec l’hymne nocturne du rossignol, et ressent un secret mépris pour ce qu’il admirait autrefois. Levez les yeux : sur une branche de magnolia la femelle repose. Le mâle, aussi léger que le papillon, décrit autour d’elle des cercles rapides, monte, descend, remonte encore, et toutes les fois que son vol s’élance vers le ciel, recommence son chant de joie, le plus brillant de tous les chants. 11 ne débute pas, comme le rossignol, par de longs et mélancoliques soupirs : il attaque franchement son thème musical, qu’il module ensuite, qu’il gradue, qu’il varie avec un art incroyable, ayant soin de faire entrer dans la composition de son œuvre les plus doux bruits de la nature : le murmure des feuilles, le roulement lointain de la cataracte, le gazouillement du ruisseau voisin. Ce chant accompagne son vol ; mais ce n’est qu’un prélude encore. Lorsqu’il vient se poser sur le rameau qui soutient sa compagne, ses notes deviennent moins bruyantes, plus moelleuses, plus exquises. Puis il repart, s’abaisse, remonte,

parcourt de l’œil tous les environs, pour s’assurer que nul ennemi ne menace son repos... ; il revient se percher près de sa compagne, et, pour finale de ce grand concerto, lui donne la traduction la plus exacte de toutes les mélodies, de tous les cris, de tous les sifflements, de tous les accents qui appartiennent aux autres oiseaux, et même aux quadrupèdes... Enfin une note particulière de la femelle se fait entendre. C’est un son triste, étouffé, qui impose silence au moqueur; aussitôt celui-ci cesse son chant, et le couple s’occupe à chercher un lieu favorable pour l’établissement de son nid. Ce nid est toujours placé à proximité de quelque

Oiseau moqueur ou merle polyglotte.

maison habitée. Le polyglotte sait que son ramage amuse l’homme, et il n’est nullement sauvage... Les planteurs respectent ces aimables voisins, et défendent à leurs enfants de les inquiéter. Leurs ennemis les plus dangereux sont les chats et les serpents. Quant aux oiseaux de proie, il en est peu qui attaquent le moqueur; car il se défend toujours avec énergie, et va même au-devant de l’agresseur. Le seul qui le surprenne quelquefois est le faucon de Stanley. Ce faucon vole bas et enlève le moqueur sans s’arrêter; mais, s’il manque son coup, le passereau devient l’assaillant à son tour : il poursuit le brigand en appelant à lui ses pareils, et quoiqu’il ne puisse atteindre le faucon, l’alarme donnée, mettant tout le monde sur ses gardes, déconcerte le maraudeur. »

Le merle polyglotte s’apprivoise très facilement, s’attache à son maître et le suit comme un chien. Quelquefois il sort, s’en va chanter dans les bois; mais il revient toujours au logis. Il conserve en domesticité son talent musical, mais ne

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