‹ L'air et le monde aérienChapitre 184 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

retirer entier. Les perroquets ont des mines, des mouvements de tète, une manière de se servir de leurs pattes en guise de main, qui, joints à leur verbiage, donnent aisément le change aux personnes peu instruites sur la portée de leur entendement. Il arrive souvent que ceux dont le répertoire est étendu et varié paraissent répondre pertinemment aux questions qu’on leur adresse, et lancent des reparties

* Ara Congo. 2 Kakatoès à crête. 3 Perroquet de Guilding.

qui se trouvent être « en situation », comme disent les auteurs dramatiques. Ce sont là de purs hasards, et quand l’oiseau fait ainsi de l’esprit, c’est sans le savoir. Il faut avouer néanmoins que les coïncidences donnent lieu parfois à des aventures curieuses, et ordinairement très comiques.

On connaît celle de ce paysan qui, venant un jour chez son seigneur pour payer ses fermages, entre dans le vestibule du château, où se trouvait, perché sur son bâton , un superbe perroquet récemment rapporté de Paris par la châtelaine. Notre homme n’avait jamais vu d’animal semblable, et ne soupçonnait même pas qu’il en pût exister. Il s’approche du perroquet, tourne autour et l’examine en poussant des exclamations admiratives. « Yeux-tu t’en aller, manant!

dit tout à coup le perroquet. — Ah! pardon, mon beau monsieur, répond le paysan confus en ôtant son bonnet; je vous avions pris pour un oiseau ! »

L’ornithologiste Willoughby parle d’un perroquet qui, lorsqu’on lui disait : « Ris, Poil, ris, » éclatait de rire aussitôt, puis ajoutait un instant après : « Quelle impertinence, m’ordonner de rire! » Un autre, appartenant à un marchand de cristaux, ne manquait jamais de s’écrier, lorsqu’un commis heurtait ou brisait quelque vase dans le magasin : « Le maladroit! il n’en fait jamais d’autres ! »

Buffon dit avoir vu un perroquet qui, ayant vieilli avec un maître valétudinaire, qu’il entendait sans cesse se plaindre, répondait à toutes les questions par cette phrase : Je suis malade, bien malade , dite d’une voix plaintive et accompagnée d’une pose languissante. Enfin Levaillant a vu au Cap une perruche que les Boërs avaient dressée à répéter le Pater entier, en langue hollandaise, en se tenant couchée sur le dos et les pattes jointes.

La famille des perroquets, ou, pour la désigner sous son nom scientifique, des psittacidés, est répandue sur toute la zone intertropicale, principalement dans les contrées les plus chaudes de l’Amérique et dans les îles de l’océan Indien et des mers du Sud. Le plumage des psittacidés offre des couleurs très tranchées et très belles; mais il est toujours mat, et n’a pas ces reflets métalliques, ces chatoiements lumineux qu’on admire chez la plupart des oiseaux propres aux mêmes régions. Les couleurs dominantes des psittacidés sont le vert, le jaune, le gris-perle, le rouge et le bleu. Ces oiseaux sont essentiellement grimpeurs. Leurs doigts sont opposés deux à deux et très propres à la préhension. Us ne marchent bien que de côté, le long des branches sur lesquelles ils se perchent. Pour monter aux arbres, pour en descendre ou pour passer d’un rameau à un autre, ils se servent surtout de leur bec, qui est pour eux un précieux organe de locomotion. Ils saisissent d’abord entre leurs mandibules la branche qu’ils veulent escalader, ou bien ils s’accrochent avec la mandibule supérieure aux aspérités du tronc; puis ils se soulèvent, ils se hissent en contractant les muscles du cou, et amènent ensuite les pieds l’un après l’autre. Ils accomplissent cet exercice sans se presser, avec autant de prudence que d’adresse. A terre ils se font aussi de leur bec une troisième jambe; leur démarche est lente et embarrassée. Leur vol est assez rapide, mais peu soutenu; ils n’ont jamais, du reste, à fournir de longues traites, car ils habitent les forêts, où il leur suffit de pouvoir voler d’un arbre à un autre. Les psittacidés sont frugivores; ils recherchent surtout les fruits à noyau. En captivité, ils deviennent omnivores, et, qui plus est, très friands. Ils aiment le sucre, la pâtisserie; on leur fait même boire du vin, ce qui les rend plus gais et plus bavards.

Les perroquets' vivent très longtemps. On en cite un qui fut apporté à la grande-duchesse de Florence en 1633, et qui ne mourut qu’en 1743. Vieillot vit près de Bordeaux un perroquet octogénaire. Buffon en posséda un qui vécut

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