‹ L'air et le monde aérienChapitre 187 sur 210 · TRAVAIL ET LIBERTÉ. — LES OISEAUX VOYAGEURS · texte numérisé non relu

TRAVAIL ET LIBERTÉ. — LES OISEAUX VOYAGEURS

Le vers de Racine tant de fois cité,

Aux petits des oiseaux Dieu donne la pâture,

n’est nullement l’expression de la vérité; ou tout au moins est-il sujet à une interprétation très fausse. Il semble signifier que les « petits des oiseaux » sont nourri-s dans les bois par la main divine comme les poussins d’une basse-cour par la main de la fermière : ce qui est tout simplement la négation de la loi suprême et nécessaire à laquelle sont soumis tous les êtres doués, à un degré quelconque, d’intelligence et de volonté, et sans laquelle cette intelligence et cette volonté, n’étant d’aucun usage, n’auraient point de raison d’être : je veux dire la loi du travail.

Sans doute la Providence a mis dans la nature de quoi nourrir les oiseaux, comme elle y a mis de quoi nourrir les éléphants, les girafes, les buffles et les gazelles, les lions et les loups, les reptiles et les insectes; comme elle y a mis de quoi nourrir l’homme et le vêtir, de quoi bâtir des cités, construire des navires et des machines, créer des arts et une civilisation. Mais tout cela, il faut le conquérir et savoir l’utiliser. Chaque être a donc été doué de forces et de facultés proportionnées aux obstacles, aux dangers qu’il doit rencontrer dans la « bataille de la vie ». C’est parce que ces dangers et ces obstacles sont grands pour eux; c’est parce qu’ils ont beaucoup à faire pour conserver leur vie, pour se développer, pour assurer la perpétuité de leur espèce, que les oiseaux occupent un rang élevé dans la série zoologique; que leur organisation, leurs instincts, leurs mœurs, leurs industries offrent au naturaliste un sujet d’étude et de méditations plein d’intérêt et de variété, mais en même temps très complexe et plein de mystères.

Page 1