TROISIEME PARTIE
Le martin-pêcheur est un oiseau d’Europe, qui pour la beauté rivaliserait avec les plus brillantes passereaux des tropiques. On le voit parfois voler au-dessus des rivières avec une extrême rapidité, en rasant la surface de l’eau. Il va se poser sur une pierre, et là, en vrai pêcheur, il se tient immobile des heures entières, guettant les poissons et les insectes aquatiques. Lorsqu’il aperçoit une proie, il plonge perpendiculairement et reparaît presque aussitôt, tenant sa victime entre ses terribles mandibules. Si c’est un poisson, il lui frappe l'a tête sur la pierre pour l’assommer avant de le dévorer.
Martin - pêcheur.
Le martin-chasseur habite les contrées chaudes de l’Asie; il vit là dans les forêts humides et dans les marécages, et fait une guerre meurtrière aux lombrics, aux chenilles et aux larves d’insectes. Dans ces pays où le froid est inconnu, où les insectes pullulent avec une extrême fécondité, le gibier ne lui manque guère, et son existence est assurée sans qu’il ait besoin de changer de canton, ni d’étendre au loin le cercle de ses excursions.
Il s’en faut de beaucoup que ses confrères si nombreux, les autres chasseurs d’insectes, non plus que les granivores, aient tous la vie aussi facile et puissent sans se déranger faire bonne chère toute l’année; il n’est donné qu’à un petit nombre de mourir dans le pays qui les a vus naître. L’oiseau, en général, est nomade, soit par instinct, soit plutôt par nécessité. A peine a-t-il une patrie, encore moins un domicile; à moins qu’on ne donne ce nom à l’arbre sur lequel il vient percher le soir pour dormir. Quant au nid, on sait qü’il n’est construit que pour la couvée. Une fois que les petits ont des ailes, qu’ils savent voler et sont capables
LE MONDE AERIEN
de chercher eux-mêmes leur nourriture, ils quittent le nid pour n’y plus revenir; les parents le quittent également, sauf à en bâtir un autre l’année suivante pour leur nouvelle couvée. Il y a pourtant des exemples de fidélité au nid, à la patrie, et, chose singulière, ces exemples sont donnés par des oiseaux essentiellement voyageurs : les hirondelles , les cigognes, les grues.
On sait que les hirondelles arrivent dans nos contrées au printemps, et qu’elles nous quittent au commencement de l’automne. Toutes les espèces n’arrivent ni ne s’en vont en même temps : l’hirondelle de fenêtre se montre la première, puis vient
Martin - chasseur.
l’hirondelle de cheminée; le martinet les suit à quelque distance. L’hirondelle de cheminée reste la dernière. Le départ a lieu par bandes, au commencement ou au milieu d’octobre, selon que la saison rigoureuse est plus ou moins hâtive. On assure même que ces oiseaux pressentent le froid et la disette, et que leur instinct les avertit de hâter leur départ pour n’être pas pris au dépourvu. Quoi qu’il en soit, les climats tempérés septentrionaux sont la vraie patrie des hirondelles. Si chaque année elles émigrent en Afrique, ce n’est pas là pour elles un changement de résidence : c’est seulement une absence de quelques mois; absence nécessaire, mais pénible, qu’elles abrégeraient si elles le pouvaient.
Adanson les a observées au Sénégal, et il a constaté qu’elles n’y forment qu’une installation provisoire; elles y bivouaquent, passent les nuits sur les toits des maisons, au dans le sable, près du bord de la mer; et dès que la saison le permet elles regagnent leur foyer chéri, toujours le même tant qu’il subsiste.
« Où la mère a niché, dit Michelet, nichent la fdle et la petite-fille. Elles y re-