‹ L'air et le monde aérienChapitre 196 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

On sait qu’avant l’invention des plumes métalliques il se faisait, dans tout l’univers écrivant, une immense consommation de plumes d’oie. Ces plumes sont celles des ailes (rémiges). L’oie donne aussi un duvet excellent, bien qu’inférieur, sous le rapport de la finesse, à celui des canards eider et tadorne. Sa chair est, avec celle du dindon et celle du poulet, d’un usage général pour l’alimentation

Oie frisée de Hongrie.

des classes aisées. Toutefois c’est un aliment dont on se lasse assez vite. La graisse de cet oiseau est plus estimée que sa chair. Enfin, en soumettant l’oie à la réclusion et à l’immobilité complètes, en même temps qu’à une nourriture très abondante, on développe chez elle une hypertrophie cancéreuse du foie, qui donne à cet organe une saveur délicieuse. La production du foie gras et la confection des pâtés dont il est T aliment fondamental, constituent une industrie fort lucrative, qui se pratique particulièrement en Alsace. Les pâtés de foie gras de Strasbourg sont renommés dans le monde entier.

Le cygne doit à sa beauté d’échapper au sort cruel de sa cousine l’oie et de son cousin le canard. Peut-être aussi sa chair n’est-elle pas aussi bonne à manger. Celle du cygne sauvage cependant n’est pas désagréable, et les chasseurs ne se

font point scrupule de tirer sur cet oiseau , lorsque en hiver il émigre des mers septentrionales vers des climats moins rigoureux.

Buffon a fait du cygne, dans le style pompeux dont il a plus d’une fois abusé, un portrait qui ressemble fort à un panégyrique. Non seulement il vante la grâce de cet oiseau, la beauté de ses formes et de son plumage; mais il lui attribue les

Cygne à tête et à cou noirs.

plus nobles qualités; et comme il se plaît à trouver toujours, parmi les animaux, des princes et des sujets, il fait du cygne le roi des fleuves, des lacs et des étangs; mais un roi généreux, libéral, plein de mansuétude, de justice; un roi idéal, en un mot, et tel qu’on n’en vit jamais, hélas! parmi les hommes. Après avoir flétri du nom de tyrans le lion (dont ailleurs il fait pourtant aussi le plus magnanime de tous les monarques), le tigre, l’aigle et le vautour, il ajoute : « Le cygne règne sur les eaux à tous les titres qui fondent un empire de paix : la grandeur, la majesté, la douceur, avec des puissances, du courage, des forces, et la volonté de n’en pas abuser... Il vit en ami plutôt qu’en roi au milieu des nombreuses peuplades des oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger sous sa loi; il n’est que le chef, le premier habitant d’une république tranquille, où

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