‹ L'air et le monde aérienChapitre 197 sur 210 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

les citoyens n’ont rien à craindre d’un maître qui ne demande qu’autant qu’il leur accorde, et ne veut que calme et liberté. » La vérité est que le cygne est un animal inoffensif, mais capable de déployer un grand courage, surtout lorsqu’il s’agit de défendre sa femelle et ses petits. Ses ailes deviennent, dans ce cas, des armes redoutables, dont les coups vigoureux mettent souvent l’agresseur hors de combat. On assure qu’un de ces coups d’ailes peut rompre la jambe d’un homme. Si le cygne n’est pas le plus rapide, c’est au moins, sans contredit, le plus élégant des oiseaux nageurs; ce n’est pas seulement, dirons-nous avec Buffon, le premier des navigateurs ailés : c’est le plus beau modèle que la nature nous ait offert de l’art de la navigation.

La blancheur du cygne d’Europe est proverbiale; mais le plumage. des autres espèces offre des nuances plus ou moins accusées de gris et de noir. Ainsi le cygne à bec noir, improprement appelé aussi cygne chanteur, est teinté de gris jaunâtre. Le cygne canadien est d’un brun obscur qui devient plus foncé sur le cou, où il est interrompu par une bande transversale blanche. Le cygne du Paraguay a la tête et le cou noirs; enfin on a découvert à la Nouvelle-Hollande un cygne entièrement noir. L’étonnement fut général lorsque pour la première fois cet oiseau fut apporté en Europe. Il y est aujourd’hui devenu assez commun, surtout en Angleterre. Le muséum de Paris en a possédé plusieurs exemplaires.

J’ai donné le pigeon et le tourne-pierre comme les deux types les plus élevés de la série des oiseaux terrestres. Nous savons quelle est la puissance du vol du premier : c’est cependant un gallinacé; à terre, il marche, non en sautillant, comme font les passereaux, mais en levant et en avançant successivement les deux pieds. De même, le tourne-pierre, malgré ses longues ailes aiguës et ses jambes assez courtes, est un échassier. Il est donc voisin des hérons, des grues, des cigognes, et se relie par ces dernières aux échassiers à pieds palmés, qui établissent la transition entre les marcheurs et les nageurs.

Le héron est un excellent voilier. Poursuivi par un oiseau de proie, c’est en s’élevant plus haut que lui qu’il cherche à lui échapper, et qu’il y réussit quelquefois. Il habite les bords des rivières, des étangs et des marais, et se nourrit de poissons, de grenouilles et, faute de mieux, d’insectes et de limaçons. Il se tient souvent immobile sur le rivage pendant des heures entières, attendant une proie qu’il saisit en un clin d’œil, dès quelle se présente à portée de son « long bec emmanché d’un long cou ».

Les grues sont des oiseaux migrateurs, qui ont pourtant des habitudes plus terrestres que celles des hérons. Leur nourriture est aussi plus végétale, et consiste principalement en graines et herbes aquatiques; toutefois elles y ajoutent volontiers, de temps en temps, des insectes, des mollusques, des vers, des grenouilles. Il en est même qui n’épargnent pas les lézards et les petits mammifères rongeurs. Les grues sont de grande taille; leurs formes sont élégantes, leurs allures vives, capricieuses, quelquefois très comiques. Leur plumage est fort beau, sans offrir

LE MONDE AERIEN

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pour l’ordinaire des nuances très vives. On peut citer toutefois la grue couronnée, ou oiseau royal, pour le luxe de sa parure.

La grue cendrée, qui est le type de cette famille, a plus d’un mètre trente centimètres de haut. Son plumage est d’un gris lustré qui devient noir sur le cou et sur les côtés de la tète. Sa croupe est ornée de longues plumes redressées, contournées, et en partie noires. Cet oiseau est originaire des contrées septentrionales, qu’il quitte en hiver pour gagner le Midi. Il voyage la nuit, en troupes

Jacana d’Afrique.

nombreuses formant un triangle dont le sommet est occupé par un chef. Celui-ci fait entendre de moment en moment un cri d’appel auquel ses compagnons répondent aussitôt. Les anciens Grecs tiraient de ces cris éclatants, aux inflexions variées, des présages relatifs aux changements de temps. Ils avaient d’ailleurs pour les grues une grande vénération, fondée sur les vertus qu’ils leur attribuaient, et aussi sur un événement dans lequel une troupe de ces oiseaux aurait, d’après le récit d’Hérodote, joué un rôle providentiel, en servant à faire reconnaître les meurtriers du poète Ibiscus.

Les échassiers étant presque tous, comme les hérons et les grues, des oiseaux de rivage ou de marais, qui doivent pêcher leur nourriture, la nature leur a donné, outre de très longues jambes, de longs doigts, tantôt libres, tantôt réunis entre eux par des membranes, et qui les empêchent de s’enfoncer trop profondément dans la vase ou dans le sable humide. Chez les jacanas, les doigts sont d’une longueur démesurée, et terminés par des ongles acérés dont l’animal peut

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