TROISIÈME PARTIE
sons et en petits reptiles. Son congénère d’Afrique, récemment découvert, le balœniceps-roi, échassier de grande taille, aux larges pieds, aux jambes robustes, au bec énorme, tranchant et crochu, a, dit-on, un goût particulier pour les petits crocodiles. En détruisant ces monstres dès leur jeune âge, il rend aux habitants de la côte occidentale un service beaucoup plus réel que celui dont les anciens Egyptiens se croyaient redevables à leur ibis sacré , et en reconnaissance duquel ils rendaient à cet oiseau un culte fervent. L’ibis, disaient-ils, arrêtait
Ibis sacré.
et exterminait aux frontières les légions de serpents qui, sans lui, eussent envahi le royaume. Une légende populaire assurait d’autre part que le grand Hermès, pour descendre sur la terre et enseigner aux hommes les arts et le commerce, avait pris la forme d’un ibis. Aussi cet animal jouissait-il en Égypte d’une inviolabilité absolue : le tuer était un crime affreux, un sacrilège exécrable que le meurtrier ne pouvait expier qu’au prix de sa vie. L’ibis mort était embaumé et inhumé avec autant de soin que le plus glorieux monarque, et l’on a trouvé dans les cryptes beaucoup de momies d’ibis parfaitement conservées sous leurs bandelettes goudronnées.
Les hérons, les grues, les jacanas, les savacous, les balœniceps ont les doigts longs et libres. Chez la cicogne, l’ibis, le marabou, les pattes sont à demi palmées; elles le sont entièrement chez les spatules et les phénicoptères. Cette transformation ne s’observe point chez les autres oiseaux marcheurs, les gallinacés, qui sont tout à fait terrestres, et qui évitent l’eau beaucoup plus volontiers qu’ils ne la cherchent.
LE MONDE AERIEN
11 est néanmoins difficile de tracer une ligne de démarcation bien nette entre les gallinacés et les échassiers. Les outardes, rangées naguère sans conteste parmi les premiers, ont été ensuite annexées aux seconds par ce seul motif, d’une valeur peut-être contestable, que leurs jambes sont dégarnies de plumes au-dessus de l’articulation tibio-tarsienne. 11 existe en Europe plusieurs espèces d’outardes, qui,
Outarde - kori.
malgré cela, ressemblent certainement beaucoup plus a de grandes poules ou à des pintades qu’à des cigognes ou à des marabous. Leur corps est massif, leur bec court, leur cou médiocrement long, leurs jambes grosses, leur démarche lourde. Elles se servent de leurs ailes bien moins pour voler que pour accélérer leur course.
La plus grande espèce du genre est X outarde-kori , du cap de Bonne-Espérance. La variété albine, dont il existe un exemplaire aux galeries du muséum, est blanche, striée de gris sur le cou et sur la poitrine. Sa taille est d environ un mètre quarante centimètres. Ses jambes hautes et robustes, terminées par des
doigts puissants, rappellent moins les échassiers, auxquels on l’a associée, que les